A l’heure où l’obscurité se fait grande et que le djihadisme se revendique les émissaires de dieu sur terre, faisant couler le sang dans la plus grande barbarie, analysons ensemble la personnalité d’un véritable homme de Dieu au dévouement inégalé envers les hommes !

Le calendrier juif nous invite sans cesse à nous réinventer car à peine la lecture de la Torah terminée, que nous voilà projetés vers son recommencement. Sans nous laisser le temps de l’oublier afin qu’elle retrouve sa fraîcheur, car c’est dans notre cœur qu’elle doit résonner différemment au rythme de son renouvellement pédagogique.

L’œil affiné reconnaît un signe particulier dans le dernier mot de la Torah qui est « Israël », avec le premier « Béréchit » (au commencement) : en associant la dernière lettre – Lamède – avec la première – Beth – le mot « Lev », le cœur, se forme automatiquement. Peut être que cela signifie que la Torah est avant tout une histoire de cœur, sans quoi elle ne serait qu’un corps sans âme.

Néanmoins il est étrange que ce mot se devine en prenant la Torah à l’envers ? Ne serait-il pas plus judicieux de la commencer avec un Lamède pour finir par un Beth ? Ainsi le mot « Lev » se formerait dans le bon ordre.

L’homme de Dieu

Cette dernière section de la Torah, Vézote Abera’ha, très riche en bénédictions, introduit ainsi les dernières paroles de Moïse: « et voici les bénédictions que Moïse, l’homme de Dieu, prononça avant sa mort ».

Dans sa légendaire modestie, Moïse refusa toute sa vie de voir un qualificatif adjoint à son nom. Tandis que de nos jours, n’importe qui court derrière les titres de Rabbin, Grand Rabbin, Docteur en religion, Grand Rabbin et Docteur etc. Moïse, lui, déclina ces honneurs !

Pourtant, juste avant de mourir, Dieu lui imposa d’ajouter « l’homme de Dieu » à côté de son nom, de peur qu’il ne soit trop tard pour faire savoir au monde sa véritable nature.

C’est ainsi que la Torah se conclut avec un hommage à Moïse dans ses derniers versets et plus particulièrement ses trois derniers mots, évoquant la grandeur d’un homme qui se révéla «aux yeux de tout Israël».

Quel est donc cet événement qui donna l’occasion à Moïse d’agir devant tout le peuple ?

L’homme de cœur

Rachi apporte sa lumière sur cette énigme et explique : « Son cœur le porta lors de l’épisode du veau d’or en cassant les Tables de la Loi, et Dieu approuva sa décision en lui disant ‘Je te félicite de les avoir cassées! ». Cet épisode s’était produit sous les yeux du peuple entier.

C’est donc cela qui plut particulièrement à l’Eternel ! Moïse fut même félicité d’avoir cassé les Tables de la Loi, comme si c’était l’illustration de sa grandeur d’âme. Mais en quoi la cassure, qui habituellement renvoie à la notion de faille, évoque-t-elle un signe de gloire ?

Osons un arrêt sur image sur la scène qui précède le bris des Tables de la loi. Quarante jours auparavant, Dieu S’exprima au Mont Sinaï devant tout le peuple en ces termes : « Je suis l’Eternel ton Dieu ; tu n’auras point d’autre dieu ». Moïse passa ensuite quarante jours à proximité de Dieu, qui lui enseigna la Torah et grava Ses commandements sur les Tables. Lorsque Moïse redescend du Mont Sinaï, il porte dans ses mains les Tables de l’alliance. Mais pendant ce temps, en bas, le peuple festoie autour d’un veau en or qui vient d’être déclaré le nouveau dieu d’Israël.

La scène est immonde, comment peut-on se laisser aller à une telle ignominie ?

Une telle vision aurait poussé n’importe quel leader à imposer sa loi au peuple rebelle et à punir sans aucune tolérance les infidèles à l’indigne comportement.

Mais Moïse en décida autrement : l’alliance qui scelle juridiquement les engagements du peuple envers Dieu est dangereuse à porter et risque d’impliquer trop de monde dans l’engrenage de la punition. C’est alors que jaillit de lui un élan d’amour envers ses frères, qui le poussa à briser l’acte juridique liant les deux parties et épargna ainsi le peuple d’un châtiment fatal.

La logique disait de faire appliquer la règle, tandis que le cœur demandait de briser la règle.

L’histoire lui donna raison, puisque dans Sa colère, Dieu voulut détruire le peuple. Or, dans son plaidoyer, Moïse profita de ce vice de forme pour atténuer la punition !

Moïse qui était un homme de tête, un parfait intellectuel, un esprit brillant doté d’un discernement sans faille, décida de faire taire sa raison pour laisser son cœur s’exprimer : à travers son geste, il déclara son amour pour le peuple juif plus fort que son amour pour la règle de la Torah.

L’homme du peuple de Dieu

C’est ainsi qu’à cet instant, la Torah témoigne que Moïse était un véritable homme de Dieu. Certes, il y a ceux qui se pensent investis d’une mission de représentant de Dieu sur terre, revendiquant parler en Son nom et appliquer Ses règles, comme s’Il était incapable de le faire Lui-même. Moïse au contraire démontra que le véritable homme de Dieu est celui qui prend la défense du peuple et n’a pas peur de prendre des initiatives pour lui éviter la déchéance, même au prix de la violation de la raison.

Pourtant, il semble évident qu’avoir du cœur sans faire preuve d’entendement ne peut qu’engendrer l’anarchie sentimentale et l’impulsivité ; en revanche avoir du cœur avec l’assise intellectuelle qui précède, c’est l’ultime conjugaison des forces qu’un homme peut atteindre.

Ainsi, la dernière lettre de la Torah est la première lettre du mot « Lev », nous inculquant qu’au cœur doit précéder l’esprit. Puis une fois que l’esprit est à son apogée, il est temps de recommencer la lecture de la Torah avec la deuxième lettre de « Lev » le Beth de Béréchit. Une relecture avec un cœur nouveau est une lecture qui saura parler non seulement à notre esprit mais aussi à nos sentiments.

En mettant en lumière ses qualités de cœur seulement après avoir témoigné de la grandeur de son esprit, Moïse incarne la perfection humaine vers laquelle chacun doit aspirer.

Car l’homme de Dieu n’est autre que celui qui sublime la condition humaine pour mieux la défendre auprès de Dieu.