Le pays est sous le choc. La tristesse entachée par la colère. Oui, tous s’y attendaient. Les jours s’écoulant inexorablement, sans aucune information, sans revendication, le silence pour écho aux prières et aux gémissements. Tous s’y attendaient, et pourtant, la douleur reste la même. Le pays immobilisé et engourdi dans une même torpeur. La nouvelle est tombée, les larmes ont coulés sur les joues des proches et des anonymes, des rassemblements spontanés organisés à travers le pays.

3 gamins, 3 gamins putain.

Le besoin de se recueillir se fait sentir, le besoin de pleurer simplement, sans analyse politique, sans penser à la suite, juste pleurer le sort de ces 3 jeunes. Mais c’est bien trop demander dans cette région hystérique où les faits d’horreur s’enchainent, s’alimentent, s’engraissent les uns les autres, fruits d’un jeu de dupes huilé au fil du temps.

Le Hamas promet d’ ‘’ouvrir les portes de l’enfer’’ sur Israël dans le cas d’une attaque contre Gaza, Netanyahu promet une vengeance que ‘’le diable en personne n’aurait pu imaginer’’. La rhétorique est dure, guerrière, extrême. Il faut impressionner l’ennemi, rendre coup pour coup. Non, rendre 10 coups pour 1. Rendre plus fort, si fort qu’il ne s’en relèvera pas. Oui mais voilà, il s’en relève, il s’en est toujours relevé.

Le Hamas – et le terrorisme dans son ensemble – est notre Hydre de Lerne, créature monstrueuse à multiples têtes se régénérant doublement lorsqu’elles sont tranchées. Qu’on me dise en quoi la stratégie de la réponse armée, et uniquement la réponse armée a été efficace jusqu’ici et en quoi elle peut prévenir ce type d’horreurs. Que quelqu’un me démontre en quoi les représailles de type ‘’œil pour œil – dent pour dent’’ se sont soldées par l’éradication du terrorisme.

Il est facile et accommodant pour les politiques de réagir avec force et violence. Populisme. Dispensé pour apaiser un public traumatisé en demande naturelle d’une vengeance, là, maintenant, dont les résultats sont tangibles, visibles. Démolir les maisons des familles des terroristes, frapper Gaza, construire des colonies supplémentaires. Comme si cela pouvait donner le moindre sens à toute cette absurdité.

Je crois qu’il demande beaucoup plus de courage de réagir à cette tragédie de façon raisonnable et raisonnée. L’émotion ne nous dispense pas de la réflexion. Une punition collective de la population palestinienne serait tout bonnement contreproductive. Israël a le droit et la légitimité de répondre à cette attaque abjecte mais cette réponse doit être pesée, prise en concertation avec les différentes factions politiques, en direction des terroristes et non aveugle.

J’entends qu’un nouvel avant-poste dans le Gush Etzion a été mis en place en réponse au meurtre des adolescents. En quoi cela peut-il être logique une seule seconde ? En quoi, tout faire pour qu’Israël ne dispose JAMAIS de frontières tangibles et jette des colons et des soldats pour protéger ces mêmes colons en pâture à des factions terroristes sanguinaires, peut-il être logique une seule seconde ?

Je ne prétends pas avoir de solution toute définie et je ne connais que trop bien les ramifications du conflit pour tomber dans la simplication. J’exprime néanmoins ici mon ressenti de civile, de citoyenne israélienne dont le jeune frère vient d’entrer à l’armée, de jeune femme dont les futurs enfants grandiront sans doute au sein de cette Terre-là et qui espère que leur réalité sera différente.