La semaine écoulée a été pour tous un cauchemar semblable à d’autres semaines en Israël. Trois enfants, Eyal, Gilad et Naftali ont été retrouvés morts, assassinés. Ils avaient entre 16 ans et 19 ans, l’âge de l’innocence mais aussi l’âge de tous les possibles. Leur meurtre est une déchirure pour tous car rien ne justifie que l’on tue froidement des enfants. Quelques jours après c’est un autre enfant, palestinien lui, Mohammad, que l’on retrouvait dans les faubourgs Est de Jérusalem, le corps calciné à 90%, laissé pour mort au bord d’une route. Dès lors ces quatre enfants issus de milieux si différents se trouvaient-ils bien malgré eux liés à tout jamais dans un drame commun. Chacune de ces vies arrachées compte de façon égale.

La simple évocation des « quatre enfants » me fait penser à la lecture de la Haggadah de Pessah. Le sage, le méchant, le simple d’esprit et celui qui ne sait pas questionner. Ces quatre enfants là sont si différents et pourtant tous assis ensemble autour d’une même table. Chacun est considéré et chacun reçoit une réponse. Israël aujourd’hui est semblable à cette table du Seder de Pessah. Le simple fait de s’y trouver lie les uns aux autres. Le destin des Israéliens dépend de celui des Palestiniens et réciproquement. Rien ne peut et ne pourra se faire sans considérer ensemble ces deux peuples.

Ce quadruple assassinat est une brèche de plus dans un règlement du conflit, mais ce drame nous oblige aussi paradoxalement. Face à la colère qui s’empare de nous la vengeance est la dernière des options car non seulement elle conduirait inexorablement à une macabre escalade dans l’horreur mais aussi et surtout parce que la vengeance est l’antithèse de la justice. Ces derniers jours des idiots se sont joints à des extrémistes (ce sont souvent les mêmes) pour en appeler à la vengeance. Certains pensaient qu’évoquer la loi du talion était une façon de légitimer, à travers la parole divine contenue dans la Torah, les pulsions les plus viles et bestiales. Ces personnes doivent savoir que la loi du talion n’est en aucune façon un appel à la vengeance en rendant de façon égale les coups. Elle en appelle au contraire à la justice qui doit apprécier les dommages, la peine, la souffrance en condamnant les auteurs de ces meurtres.

Le Seder de Pessah nous fait passer par toutes les phases, de la descente en Egypte jusqu’à la servitude et finalement la libération avec au final une espérance messianique de se trouver l’an prochain à Jérusalem. Jérusalem est aujourd’hui à feux et à sang. Les hommes ont cette faculté de pouvoir apaiser les cœurs et les consciences. Cela demandera bien du courage et des efforts. Nous le devons à la mémoire de nos enfants.