La France et Israël mènent une lutte feutrée pour se hisser à la quatrième place des exportateurs d’armes dans le monde pour l’année 2013.

La concurrence est rude car, s’ils ne proposent pas les mêmes types d’armement, ils interviennent souvent dans les mêmes théâtres d’opération, en Asie en particulier.

La France progresse de 31 %

Après une année difficile en 2012 avec 4,8 milliards d’euros de commandes, la France les a augmentées de 31 % en 2013 pour atteindre 6,3 milliards d’euros. À noter que l’absence de commandes fermes de Rafale aurait pu faire craindre le pire.

La France occupe ainsi la quatrième place des exportateurs d’armement avec 7 % du marché mondial derrière les États-Unis (30 %), la Russie (26 %) et la Grande-Bretagne (8 %) juste devant Israël qui avait dégringolé à la septième place à la suite de l’arrêt des fournitures d’armement à la Turquie.

Israël a donc réintégré sa position de challenger après avoir exporté pour 5,8 milliards d’euros (7,5 milliards de dollars) d’armement.

Mais les deux pays n’interviennent pas sur la même gamme de matériel ce qui rend la concurrence moins sauvage. Les groupes MBDA, constructeur de missiles, et Thales ont assuré chacun 1,5 milliard de prises de commandes.

Certes l’Arabie saoudite est le meilleur client de la France avec le contrat LEX portant sur la modernisation des frégates saoudiennes Sawari-I pour 570 millions d’euros et le programme Mark-3 adjugé pour 4 milliards de dollars à Thales.

Singapour est le deuxième client avec la vente de six avions ravitailleurs MRTT et de missiles Aster-30. Le Moyen Orient, avec l’Arabie saoudite et les Émirats arabes Unis, reste la zone où la France réalise sa meilleure pénétration expliquant ainsi sa frilosité de collaborer avec l’État juif.

Les Français se distinguent par les satellites d’observation Hélios et Pléiades et par les hélicoptères Airbus.

Haute technologie

Israël vend ses armes au Pakistan, en Asie, en Amérique latine, en Europe et paradoxalement à quelques pays arabes qui ne craignent pas les conséquences de relations avec l’ennemi.

Mais il s’agit surtout de produits de haute technologie distribués par quatre groupes qui réalisent 80 % de leurs ventes à l’export : IAI, Elbit Systems, Rafael et IMI.

Les produits industriels bénéficient de l’expérience acquise sur le terrain par l’armée israélienne qui en fait directement leur promotion.

Ainsi, Israël est réputé pour ses drones Heron et Hermes, pour ses missiles et depuis quelques mois pour son bouclier anti-missiles Dôme de fer qui a montré son efficacité en interceptant plus de 90 % des roquettes lancées depuis Gaza.

Mais un nouveau prototype vient d’apparaître sur le marché israélien : l’Airmule, sorte de voiture volante d’une tonne dont les rotors sont intégrés au châssis pour une protection totale et pour diminuer sa vulnérabilité.

Cet engin a été conçu au départ pour évacuer les soldats blessés dans des zones où les hélicoptères ne peuvent pas passer.

Il a été étendu au transport de matériel et même à la livraison de colis à l’intérieur des résidences. Il est susceptible de devenir le best-seller d’un nouveau type de transport militaire et civil par son avance technologique.

Israël a pris une grande avance dans l’industrie du drone qui paradoxalement a été négligée par la France. Trois modèles de drones existent sur le marché.

Le micro-drone Butterfly parfait pour la surveillance des bâtiments puisqu’il peut s’y introduire. Le Héron qui pèse 5 tonnes et qui peut embarquer des bombes et des missiles.

Enfin le drone Harop qui peut tourner pendant des heures pour surveiller une région ou fondre sur une cible donnée.

Dans un domaine exclusif et fort de l’expérience de son aviation, Israël a développé des casques de pilotes pour tous types de chasseurs F-35 américains, Mig-21 russes ou Mirage 2000 français. Il a ainsi arraché le projet au britannique BAE Systems. Plus de 11 000 casques ont déjà été vendus soit 85 % du marché mondial.

Le casque HMDS permet de transmettre des ordres par simple mouvement de la tête et de recevoir en temps réel sur la visière du casque les informations indispensables à sa mission.

Joint-venture

Mais toutes ces réalisations sont faites avec les aides américaines au développement, d’un montant de 3 milliards de dollars par an, sous réserve qu’Israël se positionne dans la réalisation de matériels que les États-Unis n’exportent pas.

Si la France n’était pas obnubilée par la crainte de la perte du marché arabe, elle aurait pu organiser des joint-ventures avec Israël puisque les domaines d’activité des deux pays sont distincts et non concurrentiels.

La co-production de drones, pour lesquels la France a raté le coche en ne croyant pas à l’avenir d’avions sans pilote, aurait pu générer des projets communs grâce à l’expertise française acquise dans le domaine de l’aviation.

Le rafale aurait pu facilement s’intégrer dans la gamme de produits offerte par la France. Mais c’est parfois ce que les experts appellent une vision à courte vue de la politique étrangère de la France.