Pendant de nombreuses années mon activité professionnelle a été d’expliquer Israël, de décoder les us et coutumes juifs. Non pas pour convaincre ou rallier à la cause sioniste. Non, juste pour enrayer toute montée d’antisémitisme. Car l’on sait combien les Juifs et Israël peuvent nourrir les fantasmes des complotistes et des racistes de tout poil et de toute origine.

Alors expliquer demeure la seule option pour combattre les préjugés. Mais il suffit de lire les nouvelles pour perdre espoir.
A l’occasion des célébrations en honneur des 70 ans de l’Etat d’Israël on a ainsi pu lire et entendre toutes sortes de commentaires condescendants, haineux, agressifs.

Pourtant chaque jour ce pays m’émerveille, me surprend par ses contradictions, ses paradoxes, sa résilience, sa détermination à s’inscrire dans l’universel. En dépit de toutes les résolutions et motions.
Partout des grues s’élèvent, des tours se hissent, des routes se dessinent, les enfants rois prennent d’assaut les rues à la sortie des écoles, et la fameuse économie de l’innovation ne cesse de croître.

Idyllique ? Non. Certainement pas. Des inégalités subsistent entre citoyens, des écarts de richesse contraignent certains à prendre plusieurs emplois, la situation de certains retraités est préoccupante, certaines régions plus excentrées se sentent abandonnées par l’élite du nord de Tel Aviv, l’intégration des immigrés du monde entier ne se fait pas sans difficultés, le rythme est intense. Et ma liste n’est pas exhaustive.

Et puis nos voisins tentent par tous les moyens de nous faire partir de notre terre. En tentant de nous terroriser, faisant constamment planer une menace, en voulant pénétrer sur notre territoire « pour nous arracher le cœur » (appel à la « marche du retour » par les dirigeants du Hamas) en construisant des tunnels dont les sorties donnent sur des kiboutz, des jardins d’enfants…

Et je ne parle pas des menaces génocidaires de l’Iran et de la guerre sanglante qui fait rage au nord.
Certes. Pourtant.

La démocratie israélienne se porte bien merci et l’impression de vivre en campagne électorale permanente conduit à la tenue de débats constants, confère à chaque journaliste ou citoyen la sensation d’être un expert à même de régler une bonne fois pour toutes un conflit régional dont les origines sont aussi multiples que complexes. Après tout, pourquoi pas, les stars hollywoodiennes se piquent bien de politique et d’action sociale alors les israéliens ont peut-être une avance sur elles par leur connaissance réelle du terrain. Eux.

Les menaces pèsent sur l’Etat, pourtant l’anniversaire de l’Indépendance de l’Etat d’Israël a été l’occasion de danser dans les rues, de tenir des concerts et des spectacles dans chaque ville, chaque village, sans aucun incident.
Et ce jour-là dans ma ville où travaillent de nombreux arabes israéliens venant des villages avoisinants, certains sont restés le soir, dans une ambiance bon enfant, loin des postures condescendantes et péremptoires des donneurs de leçon vivant en dehors de notre pays.

Oui, des arabes israéliens ont dansé aussi dans la rue avec un groupe de jeunes juifs portant kippa et proches des mouvements en faveur des implantations. Ils ont dansé ensemble parce qu’ici on peut encore danser dans la rue, sans craindre que sa grand-mère ne se fasse jeter par la fenêtre ou que notre chef de l’Etat décide de nous asperger de gaz mortel. Parce qu’en dépit de tout il fait bon vivre ici.

Et c’est pourquoi, avec la même condescendance en retour, je regarde et je lis ces appels indignés au boycott de mon pays, j’écoute les donneurs de leçons nous dire comment nous comporter. Et je me dis qu’ils mériteraient peut-être qu’on leur explique un point qu’ils ne semblent pas vouloir entendre.

Cela fait 70 ans que nous sommes retournés sur notre terre et nous n’en bougerons plus, nous ne savons que trop ce que c’est de vivre sans. Israël n’a pas l’intention de disparaître, quelles que soient vos condamnations de notre existence même, quelles que soient nos imperfections.

De même que l’antisémitisme est le problème des antisémites, l’antisionisme ou anti Israël est le problème de ceux qui nient notre droit à l’émancipation. Ce n’est pas le problème d’Israël.
Nous, nous préparons déjà les festivités du centenaire…