À l’approche du jour du Pardon, qui pour la plupart d’entre nous revêt une importance majeure, demeurant pour certains la dernière muraille de leur forteresse juive détruite. J’ai donc décidé de mettre à profit cette opportunité et de vous présenter mes excuses.

Excusez-moi de m’être ingéré dans votre vie communautaire, excusez-moi d’avoir été alarmiste, de vous avoir fait paniquer, excusez-moi d’avoir cru savoir mieux que vous ce qu’il se trame dans vos quartiers, à dire vrai je ne sais pas grand chose, cela fait 13 ans que j’ai quitté l’Europe.

Excusez-moi de vous avoir parlé de politique israélienne, excusez-moi de mes prises de positions hasardeuses, parfois même houleuses. Excusez-moi d’avoir souvent déclenché la polémique en ne répondant pas aux attentes que vous espériez légitimement du fervent amoureux de Sion que je suis. Je n’aurais pas du importer la politique israélienne, je me suis sali rien qu’en la mentionnant.

Excusez-moi d’avoir défendu Obama, excusez-moi d’avoir incendié Trump, excusez-moi d’avoir cru un seul instant m’y connaître en politique étrangère, la vérité est que je ne dois pas avoir une grande idée en la matière. De plus, les Etats-Unis ne m’intéressent que trop peu pour que je ne m’aventure sur ces terres lointaines.

Excusez-moi si mes idées vous ont semblées gauchisantes, sionistes, messianiques, moralisatrices, délirantes, mystiques, illogiques, infondées, insensées, révoltantes, dégoûtantes, insultantes, excusez-moi. Ces dernières n’engagent que moi et sont assez difficiles à concilier pour que vous ne m’en teniez pas rigueur d’avantage.

Excusez aussi mon style, ni scolaire ni académique, souvent improvisé voir décousu ou carrément rapiécé, j’aurais pu vous épargner certaines lectures, sans l’ombre d’un doute. Ces tournures de phrases biscornues, cette syntaxe boiteuse, ce vocabulaire occasionnellement incongru. Excusez-moi pour tous ceux-là, ou tout cela, je ne sais même plus.

Excusez aussi mon manque de clarté, mes ambiguïtés, mes contradictions, mes complexes, mes incohérences, mes imprécisions, mes incertitudes, ces paradoxes qui vous sembles inaccordables.

Excusez aussi cette langue parfois fourchue et incorrigible qui pense qu’avec des mots on peut guérir tant de maux, alors que quelquefois elle les aggrave. Cette langue que je devrais tourner sept fois dans ma bouche, au risque qu’au vinaigre mes textes ne finissent par tourner.

Vous risqueriez alors de ne plus me lire, je n’aurais plus alors à qui dire, ces litotes, qu’on lit tant que l’auteur nous semble à la hauteur.

J’espère donc que vous me pardonnerez, que vous comprendrez que j’ai fauté par manque de sens ou de décence mais aucunement par manque d’essences.

Faut-il encore que ses excuses soit sincères. Ça sert à quoi sinon ? Elles le sont, et je retiendrai d’ailleurs la leçon.

Après vous avoir fait toutes ces confessions, j’ose croire qu’aucune rancœur ne persiste dans mon cœur, je lave, essore et sors toutes vos erreurs dans l’espoir de voir les miennes aussi blanchies par la clarté de votre esprit.

Avant de nous quitter, qui t’es ? Telle est la question que vendredi soir je me poserai. Pour rester droit les baskets que je porterai ce soir-là, je dois me rendre à l’évidence et reconnaitre que pour une seule chose je ne peux vous demander le pardon, pour mon amour inconditionnel et fusionnel avec Israël.

Je ne pourrais pas non plus m’excuser de ma conviction profonde que la place de tout Juif se trouve ici et nulle part ailleurs, faut-il encore s’en montrer les nobles héritiers.

Par don cette terre nous a été transmise, et de pardon il n’y aura guère à ceux qui le dénieront.

Puissions-nous tous être inscrits dans le livre de la vie et très vite réunis dans notre unique pays.

Hatima Tova