Il y a plusieurs façons de voir l’histoire juive, selon le contexte et selon le message que l’on veut faire passer. Mais si l’on se penche sur l’histoire de la haine envers les juifs du point de vue de leurs ennemis, plutôt que de celui des juifs, un nouveau concept émerge. Sous cet angle, non seulement l’antisémitisme résulte de la conduite des juifs, mais de plus, il n’en tient qu’à eux de l’atténuer ou de l’éradiquer complètement.

Pour comprendre comment cela est possible, il faut remonter le cours du temps jusqu’aux premiers jours du judaïsme tel que nous le connaissons.

Après la destruction du Temple, les juifs exilés ont commencé à se disperser à travers le monde. La majorité d’entre eux ont vécu un scénario similaire dans leur pays-hôtes, où ils ont d’abord été accueillis, ensuite haïs, et finalement expulsés ou assassinés. L’historien grec, Flavius Josèphe, écrit que «la nation juive est très dispersée sur toute la terre habitable [la Syrie et le Proche et Moyen-Orient] … où les rois, après Antioches, leur ont accordé de vivre en toute tranquillité sans être dérangés. »

Plus tard, ils ont été expulsés de là et ont fui vers l’Europe. En Espagne particulièrement, les juifs ont été traités avec tant d’affection qu’un terme spécial a été utilisé pour décrire leurs relations avec les chrétiens: convivencia [qui signifie à peu près « vivre ensemble dans l’affinité »]. Et pourtant, malgré des siècles d’affection mutuelle, en 1492 le verdict a été rendu d’expulser les Juifs, ou de les tuer s’ils ne se convertissaient pas au christianisme.

Des scénarios similaires se sont déroulés partout en Europe, mais la preuve la plus  flagrante de ce processus est évidemment l’effondrement de la convivencia en Allemagne, entre Allemands et juifs allemands, qui s’est terminée par l’extermination de presque toute la communauté juive européenne.

Depuis, les juifs sont retournés en Europe mais, de toute évidence, les Européens les tolèrent tout au plus; il n’y a pas de convivencia. Et si nous regardons ce qui se passe aujourd’hui en Europe occidentale, il est clair que l’antisémitisme augmente à nouveau, et il ne faut pas s’attendre logiquement à ce que cela se termine autrement qu’auparavant.

Les deux «havres de paix» qui  pourraient attirer les juifs européens sont les Etats-Unis et Israël. Mais aujourd’hui, aucun des deux n’est sécuritaire. Aux États-Unis, les similarités entre la communauté juive allemande de pré Seconde Guerre mondiale, et la communauté juive américaine d’aujourd’hui sont tellement évidentes qu’il est très difficile de les ignorer et de garder son calme. Mais il n’est pas conseillé de rester calme en temps d’antisémitisme.

Quant à Israël, si on demandait aujourd’hui à l’Assemblée générale des Nations Unies de voter  pour la création de l’état d’Israël, le résultat serait sans aucun doute très différent de celui du vote de 1947. Quand Israël a été créé, il était défavorisé, la victime en lutte pour sa survie contre six armées, et le monde a applaudi quand Israël a gagné. Depuis 1967, tout cela a commencé à changer, et aujourd’hui, la grande majorité des états membres de l’ONU préféreraient que l’état d’Israël n’existe pas.

Cependant, la similitude entre la juiverie allemande pré-guerre et la communauté juive américaine d’aujourd’hui n’implique pas nécessairement le même sort. De même, le rapport entre amour et haine,  en regard de ses relations internationales, n’implique pas qu’Israël subira le même sort que celui de la communauté juive allemande. Le facteur décisif n’est pas la montée de l’antisémitisme, mais la source qui le suscite et l’alimente.

Nous devons d’abord comprendre pourquoi l’antisémitisme existe, car toutes les raisons présentées n’expliquent pas pourquoi il a persisté tant de siècles, sous des masques différents, et le plus important, comment faire pour finalement  l’éradiquer.

Tout d’abord, au risque d’être traité de sectaire, je pense que nous devons reconnaître un fait: les juifs ne ressemblent pas aux autres nations.

La disproportion énorme entre leur infime pourcentage de la population mondiale et leur immense contribution aux arts et à la culture, à la science, à l’économie et, bien sûr, à l’éthique et à la religion, en est une preuve.

L’autre preuve est l’attention que les nations du monde portent aux juifs et à Israël. Tout au long de l’histoire, aucune autre croyance n’a retenu autant d’attention, en grande partie négative, de la part de gens célèbres, en passant par des généraux d’armées, jusqu’à l’ONU. Aucune autre foi n’a été blâmée de tant de défauts, par tant de peuples et de nations, et durant tant de siècles.

Je propose donc que nous arrêtions de nous justifier pour un instant, et que nous réfléchissions à la situation sous un angle différent: celui des accusateurs.

De toute évidence, toutes les contributions mentionnées ci-dessus n’impressionnent pas le monde. Nous n’entendons nul hourra pour nos contributions à l’économie, par exemple. Cependant, nous entendons les nombreuses accusations à l’effet que les Juifs utilisent leurs compétences financières pour manipuler et exploiter d’autres nations. Nous ne recevons pas non plus des éloges pour notre contribution à la technologie, mais sommes plutôt constamment réprimandés de l’utiliser pour améliorer les capacités militaires d’Israël.

Il y a néanmoins une chose que nous avons donnée au monde, et dont le monde a vraiment besoin: « Aime ton prochain comme toi-même ». Nous avons longtemps oublié ce précepte. Nous nous en moquons, mais c’est la seule chose que nous ayons conçue, et que le monde entier aimerait avoir.

Tout le monde en convient, l’amour des autres est une excellente idée, mais aucune nation ou religion ne peut la mettre en pratique. Il s’avère que nous avons donné au monde un cadeau qui peut rendre tout le monde heureux mais que personne ne peut utiliser.

Si vous étiez malade en phase terminale, et que quelqu’un vous ait donné une boîte verrouillée contenant un remède qui pourrait vous sauver la vie, mais sans vous en remettre la clé, que ressentiriez-vous à l’égard cette personne?

C’est ce que les nations ressentent envers nous.

Inconsciemment, ils sentent que nous avons la clé pour résoudre les problèmes du monde, et c’est pourquoi ils nous aiment d’abord, lorsque nous nous installons dans leur pays. Mais comme, par inadvertance, nous les empêchons d’avoir cette clé, ils finissent par nous détester et la marée se retourne contre nous. C’est alors qu’ils commencent à nous blâmer pour tout problème, parce que si l’on en détient la solution, mais qu’on empêche tout le monde d’y accéder, alors on est à blâmer pour l’existence et la persistance du problème.

La nation juive a été fondée sur le principe d’un profond amour fraternel. Nous ne sommes devenus une nation qu’au moment où nous nous sommes engagés à nous unir « comme un seul homme dans un seul cœur ». En conséquence de cet engagement, nous avons réussi à maintenir une société en plein essor, à travers ras et marées, en nous accrochant à la devise, « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ».

Alors que nous cultivions l’amour fraternel, le reste du monde apprenait à exalter et glorifier l’ego. Finalement, nous aussi y avons succombé et sommes tombés dans la haine sans fondement, que nous appelons maintenant l’égoïsme. Parce que nous avons perdu notre unité, nous avons aussi perdu notre capacité à garder notre souveraineté, et nous avons été exilés et dispersés à travers le monde.

Depuis lors, le monde est devenu de plus en plus autocentré. L’égocentrisme actuel est si intense qu’il devient du narcissisme, du fascisme et du fondamentalisme religieux. Aujourd’hui, même la structure de base de la société humaine, à savoir la famille, se désagrège. La majorité des familles dans les pays occidentaux sont soit des familles monoparentales, ou bien des familles où les enfants sont biologiquement soit ceux de la mère, soit ceux du père, parce que les parents se sont remariés. En outre, un nombre croissant d’adultes choisissent de ne pas avoir du tout d’enfants.

Comme l’extrémisme s’intensifie et que le chômage augmente, cela complique chaque année le maintien de l’ordre social, et il devient de plus en plus urgent  de trouver un moyen de consolider la société. Et plus les nations et les gouvernements sont frustrés, plus ils vont tourner leur colère contre les Juifs.

Et ce ne sera pas parce que les juifs sont des boucs émissaires. Ce sera parce qu’ils détiennent vraiment la clé, même s’ils n’en sont pas conscients. A un moment donné, le rapport entre amour et haine basculera au-delà du point de non-retour, et cela se retournera contre les juifs.  C’est alors qu’une autre catastrophe pourrait se produire.

C’est pourquoi notre seul espoir d’échapper à une autre épreuve est de rétablir l’unité que tous recherchent, et que nous détenions auparavant, et de montrer comment cela se réalise en en donnant l’exemple.

Le gouffre qui existe entre nous, les juifs, ne doit pas nous décourager car ce n’est qu’une brèche  qui attend d’être comblée. Nous ne devons pas cacher nos différends, mais nous devons montrer comment les surmonter en s’appliquant à l’amour fraternel.

Il se peut que nous ne ressentions pas cet amour entre nous pour le moment, mais dès que nous commencerons à le cultiver, la vision du  monde envers les juifs en général, et envers Israël en particulier,  changera, et nous recevrons tout l’encouragement nécessaire pour réussir. Si nous nous rappelons que nous ne le faisons pas pour nous-même, mais pour le monde, pour que notre société mondiale se développe et prospère, nous recevrons le support international et l’approbation du monde.

Nous possédons cette qualité d’unité latente dans nos « gènes ». Notre vocation  est de réactiver ces gènes et d’ouvrir la voie vers l’union pour le bien de l’humanité entière.