Le 7 novembre était l’anniversaire du décès de Hannah Senesh, héroïne nationale israélienne, exécutée en Hongrie le 7 novembre 1944 après avoir été parachutée pour venir en aide à la résistance juive. Dans les extraits qui suivent de son Journal, elle relate le début de son engagement sioniste.

Budapest, 27.10.1938

Je ne me souviens plus si j’ai déjà raconté que j’étais sioniste. Ce mot veut dire beaucoup. Je vais tenter de résumer sa signification pour moi : j’ai le sentiment d’être désormais une Juive consciente, de tout mon être.

Je suis fière d’être juive, et mon objectif est de monter en Eretz-Israël et de participer à son édification. On comprendra facilement que cette idée n’est pas née en un jour.

Il y a trois ans, quand j’ai entendu pour la première fois parler de sionisme, j’y étais opposée de toutes mes forces. Mais les événements et l’époque à laquelle nous vivons m’ont rapprochée de cette idée. Je suis tellement heureuse d’y être arrivée.

A présent, je sens un sol sous mes pieds et je vois devant moi un but pour lequel il vaut la peine de peiner. Je vais commencer à apprendre l’hébreu. Je vais rejoindre un cercle qui s’y consacre – en un mot : je veux agir avec courage.

J’ai beaucoup changé, et cela est bien. La croyance est nécessaire à l’homme, et il est essentiel qu’il ait le sentiment que sa vie n’est pas inutile, qu’elle ne s’écoule pas vainement, qu’il remplit un but. Le sionisme m’apporte tout cela.

Et peu m’importe d’entendre de nombreuses voix opposées. L’essentiel pour moi est de croire dans la réalisation du sionisme. Ma conviction claire est que c’est l’unique solution au problème juif, et que l’entreprise merveilleuse qui est réalisée en Eretz-Israël repose sur un fondement solide. Je sais que cela sera difficile, mais cela vaut la peine.

20.11.1938

Une seule idée m’occupe sans cesse : Eretz-Israël. Tout ce qui a trait à cette question parle à mon coeur – et tout le reste ne m’importe peu.

Bien sûr, j’apprends systématiquement une chose unique – l’hébreu. Je poursuis mon apprentissage de manière intensive. Je sais déjà un peu. Voici par exemple quelques mots : “Gam yodat katan ivrit”. Ava me l’enseigne.

Elle est tellement gentille. Elle ne veut pas recevoir de paiement pour son travail. Je me “creuse” la tête pour savoir comment lui exprimer ma reconnaissance.

Je participe aussi à un club d’étude de l’hébreu par correspondance. C’est pas mal non plus. Je suis déjà certaine de choisir un métier lié à l’agriculture, je pourrai apprendre à travailler dans la production laitière ou dans l’industrie du fromage. Une jeune fille, qui a déjà été en Eretz-Israël, me l’a conseillé.

Elle m’a raconté avec beaucoup d’enthousiasme la vie en Israël. Combien il était agréable d’entendre ses paroles ! Tout ce qui peut nous apporter à nous, en tant que Juifs, une consolation, la joie et un peu de beauté – vient de là-bas, d’Eretz-Israël.

(Extraits du Journal d’Hannah Senesh, traduction française Pierre Lurçat ©)