Qu’est ce qu’être juif en France ? C’est tout d’abord faire partie d’une minorité « invisible ».

Nous ressemblons un peu à tout le monde et, c’est à la fois notre chance — car nous pouvons passer inaperçus — et notre malheur — car nous sommes les acteurs du grand complot cosmopolite qui se cachent au sein du bon peuple. Il y a de nombreuses définitions possibles, religieuses et/ou culturelles, certaines semblant même être incompatibles avec d’autres.

Tant de livres ont été écrits sur le sujet que je ne me permettrais pas de trancher, cependant la plus simple, c’est de considérer qu’est juif celui qui se dit juif, c’est mon cas.

Mais, parmi toutes ces définitions, il y en a une qu’on aimerait oublier, celle où c’est l’antisémite qui définit le juif. Nous sommes aujourd’hui cernés par les antisémites d’extrême droite et l’anti-sionisme d’extrême gauche qui fait preuve d’une tolérance coupable à l’antisémitisme.

Je suis effaré par le nombre de bons citoyens français — de droite comme de gauche — qui ne faisant campagne que contre Macron, favorisent — consciemment ou inconsciemment — Marine Le Pen. Ils ont peut-être oublié qu’elle est l’héritière de la France de la collaboration, que son parti xénophobe abrite un grand nombre de racistes et d’antisémites.

Ou peut-être que cela ne les gêne pas vraiment, car au fond, qu’ont-ils à craindre ? Ils ne sont ni juifs, ni noirs, ni arabes.

Je tiens à les remercier parce qu’ils nous rappellent qu’il n’y a pas d’endroits sûrs où nous pouvons poser notre valise définitivement.

Que tôt ou tard, il faudra reprendre la route. Cette fois-ci, il aura fallu un peu plus d’une génération pour que cette tolérance — consciente ou inconsciente — à l’extrême droite nous indique qu’il est temps de partir.

Nous les juifs, les noirs, les arabes, les étrangers… Dans le meilleur des cas, Marine Le Pen ne sera peut-être pas élue, mais elle aura plus de 40 %, peut être 45 %, voire 48 % des suffrages exprimés (comme me l’ont expliqué des militants de gauche qui le souhaitent pour « combattre plus efficacement l’extrême-finance »).

Seulement cela sera un signal fort qui encouragera les violences racistes et antisémites des nervis de l’extrême droite. Mais tout cela ne sera pas bien grave, ce ne seront que des juifs, des noirs et des arabes qui en seront les victimes…

On me dira que je suis pessimiste, voire paranoïaque, que jamais cela ne se passera, qu’ils ne laisseront jamais faire cela. Je les crois, certains se battront, mais face au fascisme l’histoire nous montre que la majorité reste souvent silencieuse tant elle est terrorisée. Je préfère être un pessimiste vivant qu’un optimiste mort.