Quand j’étais jeune enfant, ma mère me prenait souvent pour de longues promenades à Bnei Brak. Nous vivions a Givatayim, pas loin de la ville orthodoxe et ma mère aimait faire des courses là-bas car vous pouvez trouver une bonne affaire dans le très religieux mais pas si riche Bnei Brak.

Ma mère a dit que je posais des questions à voix haute sur le code vestimentaire des hommes que je voyais autour de nous. Elle m’a pris une fois, dans les années 70, pour voir le célèbre film CuniLemel (les aventures d’un Juif ultra-orthodoxe à New York) et j’étais très étonné de voir qu’il y a tant de CuniLemels dans la vie réelle.

J’étais  évidemment très impressionnée par les chapeaux des hommes, la façon dont ils se couvraient la tête et les papillotes : cool ! Je suis une fille curieuse mais je ne demandais pas pourquoi s’habillent-ils de cette façon mais pourquoi nous ne disposons pas des mêmes chapeaux à la maison. Plus tard, en tant que femme orientée vers la mode, et éducatrice, je cherchais plus en profondeur.

Se couvrir la tête à Givatayim pendant mon enfance c’était surtout d’une kippa tricotée, portée par les hommes d’une petite communauté religieuse qui vivait à proximité des synagogues. Surtout dans « la rue Tsahal ». Il y avait aussi la kippa occasionnel que l’on met sur la tête pour aller à la synagogue. Ma grand-mère maternelle avait l’habitude d’aller avec un foulard sur la tête chaque Shabbat. La plupart des membres de ma famille étant laïque, ne discutant pas beaucoup les questions religieuses ou les coutumes traditionnelles.

J’ai grandi dans l’ignorance comme la plupart des enfants de ma ville et de Tel-Aviv. Ce ne fut pas un objet quotidien dans notre vie, et en remarquant un ami, qui n’était pas religieux en porter une, il était un signe que quelqu’un est mort dans sa famille. En dehors de la synagogue je n’avais pas vu beaucoup d’hommes en portait une.

A l’âge de 30 ans quand un ami proche a commencé à porter une kippa je me souviens que je me sentais mal à l’aise. Est-ce que cela signifie maintenant qu’il est de plus en plus religieux? Oui il l’était. Pourquoi je me sentais si mal avec le fait qu’il porte une kippa, plus que le fait qu’il mangeait casher et se rendait à la synagogue chaque shabbat?

Les différentes versions de la kippa représentaient clairement le niveau religieux de celui qui la porte. La kippa plus large dans un style hippie, Laune kippa noire plus orthodoxe, la kippa tricoté des religieux au service de l’armée, la kippa blanche avec le nom d’un bar-mitsva, la kippa de ceux qui l’ont gardé dans leur poche pour l’utilisation occasionnelle.

Des années plus tard, dans la diaspora, j’étais toujours étonnée par la diversité des tête couvertes pour les hommes et les femmes. Les lois de la modestie et les déclarations du statut personnel s’expriment à travers  les différents choix. Chapeau à plumes de fantaisie pour la mère de la mariée, un foulard non-coloré et simple pour une dame âgée pas si riche. Une barrette à la mode pour une jeune femme, une casquette de baseball ou un chapeau laineux, un grand shtreimel en fourrure, une petite, minuscule kippa qui se cache derrière les cheveux pleins et jeunes, la kippa qui se trouve exactement sur la calvitie que l’on souhaite couvrir. Tant d’histoires différentes, autant de raisons différentes qui expliquent la tradition classique.

Le mot  kippa, partage sa racine hébraïque avec tant d’autres mots. On peut ouvrir un incroyable débat avec l’orthographe  de ce mot. La kippa, Kaf ,Youd, Peh, Heh, tout simplement symbolise une structure ronde, un dôme, convenablement rond pour reposer parfaitement sur le sommet (parfois avec l’aide de petite épingle). La kippa est rond comme le « Kaf Youd » la paume.

Les deux mots partagent les mêmes lettres KAF et Peh et les deux comprendent des détails personnels qui changent d’une personne à une autre. Notre histoire de vie, certains disent, est racontée dans les nombreuses lignes de la paume. La kippa porte aussi beaucoup de détails et d’informations à propos de celui qui la porte. Je l’ai vu dans des situations urgentes ceux qui mettent leurs mains sur la tête pour la couvrir et l’oncle avec une serviette sur la tête quand une prière est lue autour de la table de Pessa’h.

Il est assez incroyable qu’un petit morceau de tissu a réussi à obtenir l’attention des médias et des hommes politiques, plus que l’assassinat d’un Juif à Créteil cette semaine en France ou les attaques à Marseille. Il est clair que le tissu de cette histoire est beaucoup plus large. Il y a une histoire qui implique plus que les traditions et les lois, mais la compréhension de ce que le judaïsme représente pour chaque personne, homme ou femme, Juifs et non-Juifs.

Couvrir la tête comme un acte symbolique de respect de la présence divine, un statut social pour les adultes mariés, un symbole de richesse par exemple. Son absence est ainsi une autre sorte de présentation  d’une identité. Je pense qu’il est important de parler des racines de cette tradition qui n’a pas été prise dans les temps bibliques comme une obligation, en dehors du temps de prière.

Chaque communauté a développé sa propre identité à travers leurs lois, le développement social et les observations de la mode. Il est également essentiel de discuter des déclarations de peur et leur sources, de la communauté de Marseille, plutôt que seulement les traditions et les coutumes et les obligations de porter ou non, une kippa.

La Kippa ne doit pas être utilisée comme un « Alé Teena » une feuille de figuier pour couvrir nos peurs, ou la honte ou notre ignorance. Même Adam et Eve ont compris cette vérité. La kippa représente beaucoup plus qu’un tissu symbolique pour la synagogue; elle couvre et découvre notre identité, notre histoire de la vie, nos choix.

Il est important de rire aussi. Yair Nitzani explique ce qu’est un Juif.