Bernard-Henri Levi et Daniel Sibony sont contre, Elie Barnavi est pour, Alain Finkielkraut est pour et contre. La gauche israélienne est pour, la droite contre. L’ensemble de la population israélienne s’exprimera lors des prochaines élections en mars 2015.

Face à ces opinions contradictoires, certains ne savent plus quoi penser. Plutôt que d’observer qui pense quoi, ne vaut-il pas mieux se demander comment penser cette question? Existe-t-il une approche rationnelle du problème de l’Etat palestinien? La différence majeure entre l’approche scientifique et l’approche idéologique d’un problème, c’est que la première tient compte de faits que la seconde néglige, dans sa volonté d’atteindre un but préétabli.

Personne ne contestera que la sécurité est un besoin primordial -comme l’exprime la pyramide des besoins de Maslow – autant pour un individu que pour un Etat.

Les avis sur l’Etat palestinien qui tiennent compte de la sécurité d’Israël sont donc plus valables que ceux qui la négligent. Sur quelle base peut-on estimer que l’on se préoccupe on non de cette sécurité?

Un indice peut servir de repère. Les intervenants prennent-ils en compte les faits qui ont précédé l’offensive de l’été 2014 contre Gaza: le lancement de centaines de missiles et la constitution d’un réseau de tunnels.

Ce problème est directement lié à celui de la création d’un Etat palestinien, comme l’exprime Daniel Sibony : « Qui d’entre vous peut garantir que l’évacuation totale de la Cisjordanie ne transformerait pas cette région en une base djihad virulent, vu que le Hamas y dispose, d’après les sondages, de 65 % des voix ? Cela indique que cette majorité s’impatiente de faire comme ses frères de Gaza dès que possible; et que la Cisjordanie serait un foyer de djihad sans la présence israélienne »

A l’opposé – de manière surprenante – diverses tribunes publiées par Elie Barnavi, ancien ambassadeur d’Israël, qui encourage les pays européens à reconnaître d’emblée l’Etat palestinien, n’évoquent pas ce problème. Barnavi décrit l’offensive contre Gaza comme une « opération dont la brutalité a surpassé ce qu’on avait connu jusque là », sans même mentionner les agressions antérieures du Hamas. Ce discours évoque un univers idéal où l’adversaire a perdu sa substance réelle.

Si les territoires actuellement contrôlés par les Palestiniens de Cisjordanie évoquent des taches de léopard, c’est que le quadrillage israélien est indispensable pour déjouer des agressions incessantes. Même si le contrôle de ces territoires est réalisé grâce à une collaboration entre les services de sécurité israéliens et palestiniens (ce qui montre une possibilité d’entente), l’équilibre reste fragile tant qu’un accord politique global n’est pas atteint. L’annonce récente de l’Autorité Palestinienne sur la fin de sa coopération avec Israël dans le domaine de la sécurité en Cisjordanie, suite au décès d’un responsable palestinien (Ziad Abou Eïn), confirme la fragilité d’une telle entente.

Il est facile, à 3.000 km de distance, d’enjoindre Israël de négliger sa sécurité pour réaliser un idéal humaniste de paix et d’égalité. C’est moins facile lorsqu’on vit à côté d’adversaires qui semblent avoir des compte inextinguibles à régler.

A partir du moment où l’on tient compte du problème fondamental de la sécurité, il faut garantir la reconnaissance d’Israël par les Palestiniens (comme « Etat juif » ou non: c’est une question de politique intérieure), et le désarmement des terroristes.

Sans cela les conseils bienveillants de l’Europe sont aussi utiles que le manuel « Suicide, mode d’emploi« . Les Israéliens préfèrent qu’on crache sur eux plutôt que sur leur tombe, car dans le premier cas ils peuvent réagir.