Une crise gouvernementale est-elle imminente en Israël ? Trop d’inconnues laissent la question en suspens face au tollé soulevé au sein de la classe politique par une récente décision du gouvernement.

Il s’agit d’une vieille controverse de principe sur la définition et la qualification de l’Etat d’Israël. Il ne s’agit pas forcement de controverses politiques, mais plutôt du caractère moderne et démocratique dont les Israéliens sont fiers.

C’est l’un des rares sujets sur lequel une partie des Israéliens, notamment les jeunes, reste perplexe : La qualification de « juif » pour un Etat principalement laïque incommode une bonne partie de l’opinion publique, y compris le président d’Etat Rubi Rivlin, pourtant vieux et fidèle homme de la droite, ainsi que son prédécesseur Shimon Pérès. Tous les deux, ainsi que des juristes et des intellectuels, affirment qu’une telle qualification est superflue.

Un argument soulevé affirme que cette exigence soit un obstacle à un accord éventuel avec les Palestiniens, ayant toujours opposé une fin de non-recevoir à reconnaître une telle définition.

Mais cet argument est, selon moi, secondaire en comparaison avec le malaise de principe.

Or, personnellement, moi aussi je suis perplexe. L’athée que je suis, la religion, toute religion, me laisse froid. Je respecte toute croyance sur le plan individuel, mais poser sur un Etat moderne, libre et démocratique cette étiquette est problématique.

Ceci dit, je dois admettre que les arguments avancés en faveur de cette qualification ne sont pas négligeables. En fin de compte, c’est un problème de terminologie.

Le judaïsme n’est pas conçu uniquement comme religion mais aussi comme appartenance à une nation, la nation juive. Et ceci depuis toujours, lorsque les juifs furent éparpillés aux quatre coins du monde.

Sur les cartes d’identité israéliennes figure sous la rubrique « nationalité » la mention « juif ». Un groupe de jeunes s’est adressé jadis à la Cour Suprême afin de faire remplacer cette mention par « Israélien ». La demande a été rejetée avec l’argument que ce terme n’est pas valable dans ce cas.

Or, dans la charte fondamentale de la création de l’Etat en 1948 il est précisé: « Nous déclarons par la présente la création d’un Etat juif en Eretz Israël, qui est l’Etat d’Israël ».

Le premier Ministre Netanyahu, apparemment sous la pression des faucons de son camp, a qualifié cette définition d’Etat Juif comme la « racine » de tout le conflit.

« La racine n’est ni les colonies, ni l’absence d’un Etat Palestinien, mais plutôt le refus obstiné d’accepter l’existence d’un Etat national indépendant du peuple juif ». Et d’expliquer que les Israéliens n’ont pas besoin de cette reconnaissance en soi, mais plutôt pour examiner le sérieux des intentions palestiniennes.

Or, des esprits cyniques affirment que cette décision gouvernementale, soumise à l’approbation de la Knesset, serait volontairement destinée à torpiller un consentement Palestinien à tout accord.

On pourrait se poser la question de savoir si telle qualification n’est pas contraire aux principes démocratiques, puisqu’en Israël existent des minorités religieuses non-juives.

En effet, la minorité musulmane est imbriquée dans les effets du conflit interminable, ce qui risque de leur poser le problème de la double allégeance.

Mais ils bénéficient de pleine liberté de culte et de tradition. Tout comme, pour ne prendre qu’un seul exemple, les italiens d’origine autrichienne habitant le nord d’Italie, lesquels n’estiment pas faire partie de la nation autrichienne. Ce qui ne met guère en doute le caractère démocratique de l’Italie.

Alors, la question subsiste donc: pourquoi faire et à quoi bon ?