Convenons de partir de cette date, même si d’autres peuples ou religions sont en avance sur elles ou derrière, ce qui importe c’est bien d’avoir un point de repère temporel compréhensible et en fait sinon partagé du moins admis par la grande majorité des humains organisés en État-Nation.

Commençons par le Proche Orient, en particulier la dernière attaque djihadiste sur le Golan : comment la lire ? Peut-être ainsi : il manque au djihadisme, au-delà de ses divisions, une légitimité ultime, celle de s’affronter avec Israël cache-sexe selon lui du diable croisé américain, l’UE comptant pour du beurre (Poutine fait la même analyse). C’est ce que pense aussi Al Qaïda de plus en plus concurrencé par l’EI et qui a besoin d’un coup d’éclat. Les saoudiens et les qataris, bien que ne partageant pas les ambitions d’une Al Qaïda de toutes façons affaiblie, veulent également une zone tampon, le sud de la Syrie, pour amoindrir les capacités de l’EI

Donc une pierre deux coups : cela rehausse le prestige dans ladite « Oumma » (EI ne lutte pas contre Israël) et contrecarre les ambitions de l’EI sauf que cela veut dire, puisque l’armée de Assad est de plus en plus H.S, un affrontement avec le Hezbollah donc l’Iran. Reste à savoir si ces derniers n’auraient pas intérêt à chercher un front commun avec Al Qaïda contre l’EI la base théologico-politique est prête, c’est le panislamisme, le khomeynisme, qui a été à la fois rejeté et en même temps régénéré l’idée du Califat.

Israël, voyant le coup venir, a préféré faire des concessions à l’armée égyptienne en lâchant du lest sur Gaza qui va de toute façon repasser, officieusement, sous la houlette égyptienne (et donc saoudienne) tant le Hamas ne peut compter sur un soutien franc et massif de la Turquie sans faire de l’ombre au sein de l’OTAN aux USA, tandis que le Qatar met de l’eau dans son thé et l’a prouvé en faisant pression sur Al Qaïda pour libérer le journaliste américain que la « base » détenait.

En Libye, l’Égypte et les Émirats font le ménage tant ils ne veulent pas d’abcès djihadiste sur leur flanc Ouest.

Observons également que les armées/juntes algériennes et tunisiennes ne tentent en fin de compte plus rien contre les Berbères libyens de plus en plus organisés tant elles ont besoin d’une zone tampon contre la montée djihadiste, surtout quand elle est de moins en moins dominée par des groupes contrôlables tant sans doute la vente de pétrole en contrebande remplit sa fonction financière et donc évite à ces groupes de faire allégeance. Idem au Mali où il semble bien qu’un modus vivendi ait émergé et qu’Aqmi soit mise en standby depuis sa double défaite dans le complexe pétrolier et par l’armée française.

En Irak, l’aggravation tragique de l’erreur stratégique américaine de laisser faire, sur la base d’un coup de tête idéologique réitérant les erreurs au Vietnam, a été stoppée faute de mieux tant l’avancée djihadiste non contrôlée étatiquement par les États saoudiens et qataris (mais par des forces concurrentes en leur sein) pouvait mettre en danger à terme ces mêmes États.

Cet atermoiement américain que d’aucuns mettent faussement sur le compte d’un réajustement stratégique en direction de l’Asie, indique plutôt que les USA sont sans doctrine cohérente tant ils veulent tout et son contraire, pensant par exemple qu’il suffisait d’affirmer sa conversion au multiculturalisme et donc au multilatéralisme pour que les autres forces en présence l’admettent et l’acceptent.

Peu de pays en réalité sont prêts à renoncer à leur propre domination au nom d’un relativisme universaliste prétendant paradoxalement contrôler de manière encore plus insidieuse que naguère les comportements y compris les moeurs désormais parties prenantes desdits « droits de l’Homme ». Cette position a permis que Poutine puisse revenir en force sur le plan déjà idéologique, historique, renouant avec la mystique slave, tout en l’armant, ce qui lui avait fait défaut contre l’islam turc.

En fait, le combat réellement libérateur, mettant en avant la nécessité d’édifier des principes communs sur la base d’une analyse objective des intérêts mutuels des peuples, a été écarté par Obama au profit d’un bricolage idéologique prétendant à la fois imposer une police des moeurs en matière de « théorie du genre », par exemple lors des derniers jeux olympiques d’hiver en Russie, et à la fois imposer une centralisation des décisions économiques et politiques par d’un côté l’ouverture inconsidérée en matière économique et migratoire, et de l’autre côté, par l’hégémonie militaire grandissante de l’OTAN au détriment d’une Europe de la défense, d’une Asie de la défense, et ainsi de suite.

Concernant par exemple l’Asie, il semble bien qu’il puisse être possible de proposer à la Corée du Nord d’entrer dans le jeu en lui proposant de participer aux diverses instances, ce qui peut d’ailleurs amortir la pression chinoise contre le Japon le Vietnam et la Corée du Sud, du moins si c’est bien fait.

Il est clair que les USA, de plus en plus sans direction, ne peuvent penser ainsi (on le voit bien en Ukraine) ; de même qu’ils refusent de poser la question du djihadisme au coeur de l’islam au lieu de le pousser à sa périphérie, ce qui est une vision fausse propagée depuis la fin de la seconde guerre mondiale par des heideggeriens du genre Corbin, ne voyant que le côté mystique (soufi du côté sunnite et millénariste du côté shiite), repris ensuite par des transfuges du communisme à la recherche d’une idée pure et parfaite (tels les Foucault, Deleuze, Derrida, aujourd’hui Badiou).

Les Suivantes de ces derniers sont cependant désormais capables de faire alliance, tacite, avec le(s) djihadisme(s), tant ils partagent avec « lui » la haine du régime démocratique pluraliste ; une haine qui travaille également les nationalistes de tous bords adeptes de la hiérarchie « naturelle » des êtres et des peuples ; ceux-ci sont certes en désaccord sur la couleur de l’ordre totalitaire à mettre en place, mais ils admettent tous qu’il faille se lever contre le nihilisme relativiste à la tête des États démocratiques et qui en effet fait paradoxalement leur lit tant sans doute à force de nier les limites, le désir d’en voir surgir une, fatale et définitive, à savoir la mort habillée en doctrine totalitaire, émerge en lieu et place de ce qui était censé devenir une jouissance sans entraves.

Les États démocratiques en dégénérescence accélérée du fait de la prégnance sans issue de cette idéologie relativiste nihiliste déploient en même temps un dogme technocratique aussi insidieusement totalitaire que les dogmes religieux non évolutifs tant de plus en plus ils enserrent la vie civile dans une toile d’interdits de plus en plus complexes et paradoxaux, permettant en fait l’avancée, pour s’en protéger, des pensées totalitaires traditionnelles n’allant pas en fait jusqu’à cette extrémité dans l’exigence. On ne peut pas expliquer autrement la montée en puissance de ces pensées traditionalistes.

En fait la pensée nihiliste relativiste toujours hégémonique en Occident et dans les instances internationales (sous les couverts des « droits humains ») a cru qu’il suffisait de s’adresser aux plus démunis et aux minorités morales pour organiser une société techno-urbaine de plus en plus organisée par le « mode de production urbain » (ou « Métropole »). Sauf que, ce faisant, se trouve négligé la majorité de la société civile désireuse de confort et de liberté (d’où l’erreur de celle-ci sur les « libéraux-libertaires ») ce qui se concrétise par des ponctions fiscales et des marginalisations multiformes qui produisent encore plus de démunis et de minorités morales (pas seulement « religieuses », également un underground ou l’émergence d’un nouveau « milieu » faits de contrebandes diverses). La seule issue de la majorité civile, qui a cru que la relativité, la tolérance, n’était pas le relativisme, le nihilisme, consiste alors à se réfugier soit dans le silence meurtri sur vidéo (et internet) des majorités silencieuses, soit dans le rejet « ras le bol » de plus en plus assourdissant qui balaie de plus en plus vite les équipes technocratiques aux commandes.

Il ne semble pas qu’il y ait de troisième force politique organisée en face des nihilistes technocrates et des totalitaires -les premiers étant autant absolutistes que les seconds mais de façon plus insidieuse : avec le sourire, celui de l’Homme qui rit.