En l’espace de quelques jours, un ange passe sur la région du Maghreb.Les deux pays qui composent son ossature politique et démographique et qui entretiennent entre eux une éternelle rivalité ont donné cette vague et inédite impression de tirer dans la même direction.Terrain de cette nouvelle entente qui devient de plus en plus visible et médiatique, la crise libyenne.

Les deux pays se livrent à une alternance dans l’organisation des rounds de négociations entre les forces antagonistes libyennes sans que cela ne révèle les anicroches traditionnelles de leur féroce compétition.

Même sans l’existence d’un quelconque lien politique  entre les deux pays sur ce dossier, les chefs de diplomatie de Rabat et d’Alger, Salaheddine Mezouar et Ramatane Lamamra ont donné cette solide impression de mâcher les même éléments de la langage sur la crise libyenne.Il est extrêmement vital pour l’ensemble de la région que les deux tendances qui se disputent le pouvoir et l’héritage de Mouamar Khaddafi, le parlement de Toubrouk qui vient de s’offrir un leader militaire en la personne de Khalifa Haftar et celui de Tripoli sous la houlette de la coalition hétéroclite et radicale « Aube de Libye », parviennent à un accord politique.Les rounds de négociations sous parapluie onusien se transportent allègrement entre Skhirat dans la banlieue de Rabat et Jnane Al Mitaq, sur les hauteurs d’Alger. Sans le moindre grincement de dents apparents, sans couacs visibles.

C’est que les deux pays ont fini par parvenir au même constat concernant la thérapie à appliquer à la crise libyenne.
Alors que la Libye s’enfonce dans le chaos et devient un refuge pour les mouvements terroristes tels qu’Al Qaida et Daesh, et une menace sécuritaire sérieuse pour le Sahel et le Maghreb, de nombreuses voix européennes, arabes et africaines s’étaient élevées pour exiger une intervention militaire internationale, avec l’objectif annoncé d’éradiquer ces groupes terroristes et démanteler leurs réseaux sur le territoire libyen.
Dans l’ensemble de la région, cet appel n’a eu que la bénédiction souvent frénétique du voisin égyptien.
Le leadership égyptien, en la personne de Abdelfatah Sissi, craint depuis longtemps la naissance et la formation à ses frontières d’un éventuel noyau « d’une armée égyptienne libre » qui aura pour agenda d’exploiter les frustrations politiques en Egypte et de répliquer l’exemple syrien pour tenter de déstabiliser le pays.
L’Algérie, Le Maroc et la Tunisie se sont toujours opposés à une seconde intervention militaire internationale en Libye.
Avec deux arguments chocs. Le premier provient de la solide conviction qu’il est possible d’atteindre un compromis politique entre les différentes forces antagonistes libyennes. Le second est que toute intervention militaire pourra favoriser davantage le chaos et l’insécurité au lieu de créer les conditions d’une stabilisation.
Cette musique commune entre Alger et Rabat sur la Libye n’est pas que le fruit du long processus que les Nations Unies ont mis en route pour tenter de trouver un solution politique à l’imbroglio Libyen. Elle est aussi le constat que la menace déstabilisatrice produite par le Libye d’aujourd’hui ne fait pas de distinction régionale. L’ambition de ces groupes implantés dans ce pays est de semer le chaos dans le voisinage.
Durant ces négociations maghrébines sur la Libye, les Nations unies et l’Union européenne n’ont pas lésiné sur la dramatisation.
Pour l’émissaire de l’ONU Bertrand Leon  : « Il y a deux options : l’accord politique ou la destruction ».
Tandis que pour Frederica Mogherini, devant une crise qui s’aggrave et qui pousse des milliers de migrants à prendre la mer et devant le risque que l’Etat Islamique ne puisse étendre son influence, « Il faut remettre le pays sur pied et il reste peu de temps ».Cette angoisse est telle que le ministère des affaires étrangères Français confirme que « La Libye,sera à l’ordre du jour de la réunion des ministres français et italiens des affaires étrangères et de la défense qui se tiendra le 21 mars prochain.L’inquiétude européennes provient en grande partie de l’expansion du phénomène migratoire. Ainsi  l’agence européenne pour la surveillance des  frontières Frontex, dont le siège est à Varsovie, le nombre des immigrés entrés

illégalement dans l’Union européenne a presque triplé en 2014 par rapport à 2013. Cette angoisse a été multipliée par la menace proférée par Deash récemment  depuis la Libye d’ouvrir grand les vannes et de lancer sur les côtes européens un demi million de candidats à l’immigration clandestine à destination de l’Europe.
En s’inscrivant dans cette recherche effrénée de solution diplomatique à la crise libyenne, les pays du Maghreb révèlent par la même occasion leur stratégie de lutte contre l’expansion de l’Etat Islamique. Cette organisation exerce une attractivité de plus en plus inquiétante sur la jeunesse maghrébine.
Les Tunisiens arrivent en tête avec 2000 à 3000 jeunes partis adhérer à Daesh tandis que le chiffre des marocains tournent autour de 1500. L’ampleur de la participation algérienne à ce mouvement djihadiste reste pour le moment difficile à évaluer.
La guerre contre est de nature à fluidifier les rapports entre des pays comme le Maroc et L’Algérie connus pour leurs hostilités latentes et réciproque.
La crise libyenne, si elle parvient à sortir du tunnel à travers ce mode de négociations entre Rabat et Alger aura de fortes chances d’installer une nouvelle atmosphère entre les deux pays qui pourra briser la glace et favoriser le rapprochement.
Leurs divergences stratégiques sur un dossier comme le Sahara pourraient s’en trouver altérées dans un sens positif et souple …