Le nœud gordien des alliances, mésalliances et contre-alliances se complique toujours plus au Moyen-Orient.

La Grèce a emprunté 400 milliards de dollars à l’Union Européenne et a grande difficulté à les rembourser. Une partie de cet argent a servi à des acquisitions d’armes. La Grèce a des relations tendues avec la Turquie : elle a connu l’assujettissement ottoman et en a conservé un souvenir traumatisant ; les échanges de population qui se tinrent après le traité de Lausanne en 1923 résultèrent en près d’un million et demi de Grecs qui ont quitté la Turquie et d’un demi-million de Turcs qui ont quitté la Grèce.

En outre, l’occupation de la partie orientale de Chypre par la Turquie n’a pas été reconnue par la Grèce. Néanmoins, la Grèce et la Turquie sont en principe des alliés car tous deux sont membres de l’Alliance atlantique.

La Turquie entretient une armée de près de trois quart de million de soldats, la sixième en importance dans le monde, dotée d’une très grande panoplie d’armements sophistiqués. Beaucoup trop pour contrer la Grèce aimait souligner l’ancien ministre des Affaires étrangères de l’Union soviétique André Gromyko, mais trop peu pour contrer l’Union soviétique.

La Turquie a soutenu fermement le printemps arabe et s’est lancée avec fougue dans l’attaque visant à démettre le président Kadhafi de Libye. Or, la Turquie entretient des rapports tendus avec les pays sunnites et l’OTAN en raison de son aide en catimini à l’État islamique. La Turquie a négocié avec l’Union européenne le contrôle du passage des réfugiés du Proche-Orient vers l’Europe en échange de six milliards de dollars.

Avec le Qatar, la Turquie du président Erdogan veut jouer la carte des Frères musulmans spécialement à Gaza, mais Israël et l’Égypte ne veulent rien savoir d’une mainmise de la Turquie sur Gaza. Les relations diplomatiques entre Israël et la Turquie sont enfin renouées, malgré les diatribes féroces du président Erdogan contre Israël, car elles sont dictées par les intérêts nationaux mutuels.

La guerre civile en Syrie a fait plus de 280 000 morts et un nombre trois à quatre fois plus grand de blessés et de mutilés. Le nombre de Syriens qui se sont réfugiés en Turquie, au Liban et en Jordanie dépasse quatre millions. Le nombre de personnes déplacées en Syrie même atteint 7,6 millions soit près du tiers de la population syrienne de 22 millions d’âmes. Quant à l’État libanais, il est paralysé par le Hezbollah d’obédience iranienne lequel est en possession de plus de 100 000 missiles prêts à être lancés sur Israël.

Israël a une armée sophistiquée et bien entrainée. La paix avec l’Égypte et la Jordanie soulage grandement la pression militaire extérieure et la menace imminente émane de groupements militaires non étatiques et de l’Iran. La crainte d’une hégémonie iranienne allant de l’Irak à la Syrie et au Liban rapproche l’Arabie et les États du Golfe d’Israël et les relations entre ces pays sont de moins en moins discrètes.

Un plus grand rapprochement entre la Grèce et Israël est en cours : d’une part, la collaboration entre Israël et la Turquie n’est plus aussi bonne que ce qu’elle était il y a une décennie; de l’autre, la Grèce aimerait être associée au transport vers l’Europe des hydrocarbures des nouveaux champs gaziers maritimes israéliens.

La collaboration militaire entre l’Égypte et Israël est très serrée. L’Égypte a une armée importante sur laquelle l’Arabie compte et un pont sur la Mer rouge est prévu pour pouvoir faciliter la communication entre ces deux pays. L’Arabie saoudite finance les achats d’armes égyptiens et l’Égypte a hérité d’un porte-hélicoptères initialement construit par la France pour la Russie, mais que ce dernier pays ne peut se permettre présentement en raison de ses difficultés économiques.

Ces nouvelles réalités créent des rapprochements inattendus. Ainsi Israël va faire des exercices militaires conjoints avec la Russie, pays qui fournit les technologies nucléaires à l’Iran qui se promet d’anéantir Israël. La Russie va devenir partenaire de l’exploitation des champs gaziers dans les eaux territoriales israéliennes et dont une partie des hydrocarbures vont être traités en Égypte. Ainsi, qui osera s’attaquer aux champs gaziers devra avoir affaire à la Russie qui n’y va pas du dos de la cuiller pour défendre ses intérêts et qui considère avoir carte blanche du fait de l’absence d’intérêt marquée des États-Unis du Proche-Orient.