Trois semaines. Trois semaines et déjà le chagrin s’est éclipsé, l’émotion s’est dissipée, la tristesse s’est évaporée.

Les affiches JE SUIS CHARLIE ont été peu à peu retirées.

Trois semaines après, la France des Lumières, celle que j’appelais de mes vœux en juillet 2014, la France sereine, amicale, solidaire, vivante, unie, enfin ressuscitée par une onde de choc sans précédent, unie par le désespoir et le refus des ennemis de la liberté, se réveille peu à peu de son cauchemar.

La réflexion, elle, ne doit pas s’échapper. Surtout ne pas s’échapper. Elle doit être menée avec sérénité et sincérité. Avec courage et lucidité. Avec vérité et insistance. Sans confusion.

La mémoire collective doit être le fer de lance de la nécessaire poursuite de cette réflexion bâtie sur le recul et l’analyse des évènements ; fondée obligatoirement sur l’étude des responsabilités, de toutes les responsabilités, de celles notamment qui ont engendré et laissé s’installer la Haine au cœur de la Cité. Afin d’éviter, encore une fois, le retour de la Bête Immonde.

Responsabilité d’abord de mes amis musulmans

Enfin. J’ai enfin entendu nombre de musulmans s’exprimer publiquement sur leur attachement à l’esprit républicain, aux valeurs républicaines de tolérance, de liberté, d’égalité et de fraternité. Il était temps. Mis à part quelques rarissimes personnalités comme l’Imam de Drancy, il manquait clairement de journalistes, de philosophes, d’écrivains, d’intellectuels, mais aussi de simples citoyens musulmans dénonçant cet islamisme dévoyé et sectaire. A la faveur des attentats ils ont rappelé, à juste titre, que l’Islam n’est pas une religion qui serait « par nature » violente et radicale.

Et pourtant.

L’Islam et les musulmans ne peuvent se dédouaner de la responsabilité qui est la leur. Aucune tergiversation n’est envisageable. Aucune excuse non plus. Les tueurs « au nom d’Allah » ne sont en aucun cas des déséquilibrés mentaux. Ils ne sont pas non plus « victimes » de la société ni des pouvoirs publics. Ni des boucs émissaires. Ils sont entièrement responsables de leur choix délibéré de devenir des assassins de flics, de journalistes et de juifs.

S’enferrer dans une posture victimaire est la pire chose qui puisse arriver aux musulmans, qui ont tout à perdre à s’exonérer de leur part de responsabilité, en tentant d’accuser « l’Autre ».

Le philosophe Abdenour Bidar (L’Islam sans soumission. Pour un existentialisme musulman. Albin Michel) explique parfaitement que si « la barbarie se lève du côté de la civilisation islamique, c’est que celle-ci est déjà souffrante de bien des maux qui la fragilisent, qui la déstabilisent très dangereusement, ce qui chez ses enfants les plus fragiles va entraîner le basculement dans le fanatisme meurtrier ».

Ces maux sont, toujours selon ce philosophe musulman éclairé, tous les « ismes » de l’obscurantisme : autoritarismes politiques et religieux dans la plupart des sociétés musulmanes, de l’Indonésie au Maroc, et du côté de la religion « le dogmatisme, le littéralisme, le machisme, l’ostracisme, la persécution des minorités religieuses, l’incapacité à déclarer caducs les versets violents du Coran ».

Sauf à faire preuve d’une singulière mauvaise foi ou d’un déni de la réalité, il est grand temps pour les musulmans de France d’entreprendre leur autocritique sincère, de cesser de se chercher des excuses, de dénoncer avec force tous les archaïsmes de l’Islam et du Monde musulman, de se mobiliser en nombre pour tous les crimes commis en son nom, de lutter contre la radicalisation, de se manifester quand un juif est tué, de faire d’une priorité absolue l’éducation des enfants à la tolérance et à la fraternité, de revendiquer leur attachement à la démocratie, et pourquoi pas, d’intégrer dans les mosquées une prière « Pour la République Française » à l’instar de celle qui est lue chaque semaine dans les synagogues depuis plus de vingt décennies.

Ce qui est condamnable, c’est un comportement, pas la couleur de peau ou l’appartenance à telle ou telle communauté. Peu importe que l’on soit noir, blanc, jaune ou gris, si on fait montre d’incivilité, de violence, de provocation ou d’irrespect, il faut être sanctionné.

Il est temps pour les musulmans de France de retrouver la grande tradition humaniste, le Génie Arabe, qui a fait, dans l’Histoire, la grandeur de l’Islam.

Responsabilité des politiques ensuite

Il ne sert à rien d’avoir été Charlie, si le monde politique accepte à nouveau de se taire face à ces irresponsables qui, depuis des années, font mentir les faits pour nourrir la Haine, soufflent sur les braises de l’antisémitisme, pour se désoler ensuite de l’incendie qu’ils ont provoqué, voire intensifié.

La Gauche radicale, EELV, le NPA, les altermondialistes sectaires et d’autres encore, légitiment depuis des années la détestation obsessionnelle d’Israël en général et celle des juifs en particulier. Refusent catégoriquement par idéologie exaltée, de faire le lien entre antisémitisme et antisionisme, comme si le rapport entre les deux n’avait pas été démontré et prouvé par nombre de crimes abjects depuis tellement d’années.

Ces hypocrites agissent toujours, perversité extrême, au nom d’un antiracisme dévoyé. L’antiracisme est devenu antisionisme. L’antisionisme, antisémitisme. Donc l’antiraciste, antisémite. Certains l’ont dénoncé, peu l’ont relayé ou même compris.

Dans le même temps, cette gauche extrême, obnubilée par la posture victimaire, passe son temps à louvoyer, au nom de la contestation radicale, en cherchant obligatoirement une cause extérieure et souvent sociétale à la montée de l’islamisme s’excusant par avance, faiblesse impardonnable, de propos déplacés qui viendraient simplement nommer un totalitarisme inacceptable en France, de peur de « stigmatiser » l’Autre.

Ceux-là même qui s’insurgeaient contre Charlie Hebdo et ses caricatures, contre la loi sur le voile ou qui participaient sans vergogne aux manifestations de l’été 2014 qui étaient suivies de pogroms où était crié « Mort aux Juifs », qui n’hésitent pas dans certaines communes de France à ériger en citoyens d’honneurs des terroristes palestiniens tueurs de juifs, ne peuvent impunément déclarer avoir été Charlie sans effectuer leur mea culpa, en reprenant leur litanie permissive du politiquement correct, sans être montré du doigt pour leur infamie par la classe politique dans son ensemble, y compris par les socialistes.

Le déshonneur de ces politiques a fait le déshonneur de la France et son désaveu démocratique de l’Etat de droit. Il participe aussi à l’émergence du Front National.

D’autres politiques ont aussi cruellement manqué de courage. Courage de réagir. Courage de nommer les choses telles qu’elles sont, à l’instar de notre Premier Ministre l’a fait avec détermination. Qui d’autre ?

Laurent Fabius frissonnait encore, après l’horreur commise, devant les gros yeux des islamistes qui veulent modifier les règles du jeu démocratique, en refusant de les désigner comme tels de peur de se faire taxer d’islamophobe, pour « éviter les amalgames ».

La compassion ne sert à rien si on ne tire pas les leçons politiques de ce que représente aujourd’hui l’islam radical.

La responsabilité politique passe également par le contrôle des prisons, la lutte absolue et sans relâche ni concessions de l’antisémitisme, la restauration d’une laïcité sans compromis, le contrôle de l’enseignement des valeurs républicaines à l’école, la fermeture de certains lieux de prières qui diffusent un message de haine, mais aussi le renoncement à certains partenariats internationaux (Qatar, Turquie, Arabie Saoudite, Yemen …).

C’est à ces conditions que l’on pourra peut-être contenir l’avancée effrayante de la droite extrême, autre ennemie de la République et du vivre ensemble ….

Responsabilité de la société civile bien sûr

La société civile s’est tue.

Durant des années elle s’est tue. Devant l’antisémitisme, ce mal qui la rongeait en profondeur, elle s’est tue.

Elle s’est tue après le meurtre barbare d’Ilan Halimi.

Elle ne s’est pas manifestée après l’assassinat abominable d’enfants dans une école par Mohamed Merah.

Elle n’a pas bougé après l’attentat du Musée juif de Bruxelles.

Elle a gardé le silence après les manifestations « pogromistes » de l’été dernier.

Le crime de Créteil aux domiciles même de juifs n’a suscité qu’une indignation résignée.

Si les morts de l’Hypercasher n’avaient pas suivis ceux de Charlie Hebdo, la quasi-indifférence rencontrée face à la résurgence de l’antisémitisme en France aurait bien entendu été de mise. Seuls les juifs auraient, une fois de plus, marqué leur effroi.

Est-il besoin de rappeler qu’après la profanation du cimetière de Carpentras, en mai 1990, la France toute entière s’était levée, Président de la République compris, alors même qu’aucune victime de tuerie n’était à déplorer ?

Le mutisme assourdissant de la société française de ces dernières années a été d’autant plus insupportable que les crimes se faisaient de plus en plus odieux et nombreux.

Les Français, prostrés dans un détachement intolérable avant-hier, ont enfin réagi hier. Beaucoup d’entre eux m’ont avoué leur honte passée. Pour combien de temps ?

La société civile n’a plus le choix pour l’avenir, si elle veut rester vivante.

Ce qui menace les juifs menace la France, ce qui menace Israël menace la France, le doute et les tergiversations ne sont plus de mise.

La société civile se doit de réagir. Toujours. Impérativement. Spontanément. Sincèrement. Avec détermination, intransigeance, empathie, en grand nombre, sans jamais trouver d’excuses à l’agresseur, dans une solidarité totale et absolue avec les Juifs de France, qui souffrent actuellement dans leur chair et dans leur âme.

C’est à cette condition que la destinée commune de la démocratie face au terrorisme et l’attachement indéfectible aux principes fondamentaux de l’Etat de droit pourront perdurer.

Responsabilité des médias enfin

Les mots et les images peuvent tuer. Ils peuvent légitimer un comportement.

Il est du devoir des médias de faire montre de lucidité, de nommer l’ennemi.

Privilégier l’émotion, l’image, au détriment de l’explication, de l’enquête contradictoire et de l’analyse peut conduire au pire.

Le désastre médiatique de « l’affaire d’Ahmed, 8 ans » prétendument entendu par les forces de police pour apologie du terrorisme, dont on a fait, avec engouement émotionnel précipité, la nouvel victime de l’Etat fasciste-français-islamophobe, montre à quel point certains journalistes, même des plus sérieux, se précipitent vers les « buzz » et la facilité idéologique de la bonne conscience avant que de travailler sérieusement et d’accomplir ce pour quoi nous sommes censés leur faire confiance …

Il a fallu 24 heures pour que la vérité soit rétablie et que l’on réalise un peu tard que c’était le père qui avait été convoqué au commissariat, et non l’enfant, qui n’a pas été victime de privation d’insuline, ni même de quelque brimade que ce soit …

Il est du rôle des médias de sortir de cette passion antiraciste irréfléchie, aveugle et dangereuse.

De toujours rappeler que les islamistes que l’on combat en France participent de la même idéologie que ceux qui sévissent au Nigéria (Boko Haram), en Syrie et en Irak (Al Quaeda, Etat Islamique), en Libye (Ansar al-Charia), au Yemen (Al Quaeda dans la péninsule arabique, Aqpa), au Liban (Hezbollah), à Gaza (Hamas), ou en Afghanistan et Pakistan (Al-Quaeda, Talibans).

D’éviter de donner une tribune au déni idéologique, de cesser de privilégier sur les plateaux les prédicateurs de haine (comme Tarik Ramadan, chantre du double-discours et fan absolu du « mais », quelques jours après les attentats) pour produire de l’audience, d’arrêter de parler d’affrontements communautaires lorsqu’il s’agit d’agressions antisémites, de ne plus accepter, à titre d’exemple, les propos inacceptables et haineux d’un Aymeric CARON, illustration de l’idéologie extrême de gauche et de la méchanceté gratuite, sur une chaîne publique.

Ce crétinisme audiovisuel doit cesser.

Et maintenant ?

La responsabilité est collective. Elle est la nôtre. Elle est celle de ne pas avoir peur.

De l’obscurité a jailli la clarté. De l’abomination est apparue l’Union. Le prix à payer a été celui du sang. Mais les consciences ont pu renaître.

La France libre que j’aime, à laquelle je suis profondément attachée, celle du courage, du refus des non-dits et des amalgames, celle de Voltaire, de Hugo ou de Zola s’est ranimée.

Celle qui est porteuse d’Histoire, porteuse d’espoir.

Tout n’est pas perdu. J’y crois et je veux y croire. J’ai rêvé de cette marche républicaine. Cette France ne démissionnera pas. Elle ne faillera pas. Et en sortira plus libre et plus haute.

Que cette espérance devienne réalité…