Le système électoral israélien est un scrutin proportionnel à un tour, et à la fin, c’est Netanyahou qui gagne.

C’est comme ça, il faut s’y faire, il n’y a personne en mesure de lui ravir le leadership de la droite, et il n’y a pas de bloc d’opposition à gauche ou au centre. Gantz a eu beau réunir autour de lui deux autres chefs d’état-major, il a eu beau vampiriser Avoda et Meretz, il n’est pas en mesure de monter une coalition.

Il aurait dû savoir, pourtant, dès le départ, que s’allier avec Lapid serait un handicap mortel dans l’éventualité où il aurait ensuite voulu faire entrer les H’aredim dans sa coalition. En plus d’être électoralement très disciplinés, ceux-ci ont la mémoire longue et une rancune tenace. Gantz aurait dû savoir que jamais ils ne pardonneront la loi d’incorporation obligatoire pour les H’aredim, qu’il a voulu faire passer en force en 2013. Il n’a pas su sentir que Kah’lon, issu du Likoud, resterait fidèle à Netanyahou. Il n’aurait pas du compter sur Lieberman. Et Feiglin n’a pas tenu les promesses d’une campagne pourtant très efficace.

Mais plus que tout, il n’a pas pu se mesurer à Netanyahou. Animal politique pareil à nul autre, Netanyahou, mieux que quiconque, sait comment l’électeur israélien fonctionne, et sait sur quels boutons appuyer au moment opportun. Publiez tous les sondages d’opinion que vous voulez indiquant que les israéliens en ont marre de lui (et ils sont légion).

Rappelez autant que vous voulez qu’il est sous la menace de trois inculpations de corruption. Parlez de changement. Sentez le souffle monter. Mais n’espérez rien dans une course électorale face à Netanyahou. Son « appel au secours de dernière minute, houspillant les plagistes qui bronzent au lieu d’aller voter, mettant ainsi la droite au danger », aussi incroyable que cela puisse paraître, marche à tous les coups. Macron est un amateur du « en même temps ». Netanyahou est le vrai Roi du « en même temps ». Il sait que les israéliens, en très grande partie, peut-être même en majorité, le détestent, ou en tous cas voudraient le voir partir. Mais il sait aussi, que, en même temps, ils ont peur d’imaginer un Israël sans lui.

C’est tout le paradoxe, avec Netanyahou. Sderot peut recevoir 500 roquettes en deux jours au mois de novembre sans la moindre réponse significative de Netanyahou, et en même temps, voter à 45% pour lui. Il peut être acculé par la justice, mais en même temps apparaître comme le seul, le dernier recours. Il peut transgresser toutes ses promesses de campagne, et en même temps rester le champion incontesté de son camp. Il n’y a rien de rationnel dans le vote Netanyahou. C’est physique, c’est tribal.

Mais que cette nouvelle victoire de Netanyahou ne masque pas une autre réalité politique, que beaucoup refusent de voir ou de comprendre : Il n’y a pas, en Israël, de bloc politique de gauche ou de centre gauche suffisamment conséquent pour exister en tant qu’alternance politique.

D’abord parce qu’à droite et au centre, personne ne propose rien d’autre que « tout sauf Bibi « , et ensuite parce que la gauche israélienne est morte, elle n’existe simplement plus. 6 mandats pour Avoda, 4 pour Meretz (sur le fil). Tout juste autant que les partis arabes. Le « débat » politique israélien aujourd’hui se résume uniquement à la question « pour ou contre Netanyahou ? ». Mais cela ne veut pas dire « pour ou contre la droite ? ». Il s’agit juste de savoir si Bibi est toujours Roi d’Israël.

Et pour l’instant, il l’est. Pour le vrai débat politique, il faudra encore attendre.