Les résultats des élections législatives du 7 juin en Turquie, constituent un sérieux revers pour l’AKP, le Parti de la justice et du développement, islamo-conservateur, qui, pour la première fois depuis 2002, perd la majorité absolue au Parlement.

C’est une grave défaite personnelle pour M. Erdogan, chef de l’état, qui s’était fortement investi dans la campagne et se voyait déjà en «sultan» omnipotent.

En mettant son projet au centre des législatives, il en a fait pratiquement un référendum sur sa personne pour modifier la constitution, renforcer son pouvoir et islamiser davantage le pays.

La réponse de l’électorat est un « non » sans appel dont il sort fortement diminué.

« C’est le triomphe de la paix sur la guerre, de la modestie sur l’arrogance, de la responsabilité sur l’irresponsabilité », a déclaré Sirri Süreyya Önder, député du HDP,

Depuis son élection, Erdogan s’était installé dans un immense palais à Ankara, pratiquait un autoritarisme sans limites, plaçait sous son étroit contrôle la presse, la justice et la police et n’hésitait pas à reconnaitre que pour lui, « la démocratie est un train que vous quittez quand vous êtes arrivés à destination »

On ne peut pas être plus clair !

Et lui, se croyait presque arrivé à destination et remarque Michael Rubin, cité par le Jérusalem post, il a quitté le train de la démocratie depuis plusieurs années et Daniel Pipes rajoute ; « il l’a quitté à une station proche de la dictature ».

Il a goutté au pouvoir absolu, il l’aime et le voilà maintenant obligé, humiliation suprême pour un homme à l’ego surdimensionné, de le partager avec d’autres , de former un gouvernement de coalition, peut-être avec des Kurdes qui sont 20% de la population du pays, hier rebelles en armes avec le PKK, qui se présentent maintenant comme défenseurs de la démocratie et des minorités, la leur, celle des Alévis et d’autres encore, dont la petite communauté juive qui compte près de 25.000 âmes et vit actuellement dans la crainte face à la montée de l’antisémitisme dans le pays, consécutif à la politique violemment anti-israélienne d’Erdogan qui en quelques années a mis un terme à la solide alliance qui liait la Turquie à Israël, dont beneficiaient les deux pays et a fait preuve d’une agressivité et d’une hostilité croissantes.

Que va-t-il faire maintenant ?

Son premier ministre lui a remis sa démission et sera probablement chargé de former le nouveau gouvernement.

L’AKP n’ayant obtenu que 258 sièges sur les 550 que compte le parlement, ne peut gouverner qu’avec l’appui de l’un des trois autres partis, soit le parti nationaliste MHP avec ses 80 sièges, soit le pro-kurde HDP ( parti démocratique du peuple) qui obtient 80 ,soit, mais c’est peu probable, les sociaux-démocrates du CHP qui en disposent de 132.

Si au bout de 45 jours, un gouvernement n’a pu être constitué, il faudra voter de nouveau.

Erdogan le souhaite-t-il ?

Va-t-il tenter de reprendre la main, ou sommes-nous en train d’assister au commencement de sa fin et à la victoire de la démocratie ?