L’attribution du Booker Prize à l’écrivain David Grossmann est l’occasion de se pencher sur un phénomène important dans l’histoire politique et intellectuelle d’Israël ; la manière dont les médias et les jurys littéraires, en Israël et plus encore à l’étranger, encensent certains écrivains israéliens, et la fonction que ces derniers occupent dans le discours politique et médiatique contre Israël.

Il ne s’agit pas de remettre ici en question la valeur de l’oeuvre de Grossmann ou d’Amos Oz, mais bien plutôt de porter un regard critique sur la posture intellectuelle qu’ils assument et qui leur est assignée par les médias internationaux.

Dans mon livre La trahison des clercs d’Israël, j’analyse cette posture, à travers ce que j’appelle le “mythe de l’écrivain israélien engagé”, mythe que je déconstruis en me servant de prises de position d’autres écrivains israéliens.

Ces écrivains, tout aussi connus et appréciés sur le plan littéraire qu’Oz ou Grossmann, ont cependant refusé d’assumer une fonction politique dans le débat autour d’Israël.

Zeruya Shalev, Etgar Keret ou Meïr Shalev (auxquels on pourrait ajouter les noms d’Aharon Appelfeld ou de David Shahar) ont, chacun à leur manière, critiqué la posture morale incarnée par Oz et Grossmann et l’imposture qui consiste, selon eux, à vouloir que les écrivains assument un “magistère moral”.

Prix littéraires ou prix politiques ?

La double fonction des “prix littéraires” est apparue au grand jour lorsque la traductrice de David Grossman, Jessica Cohen, a déclaré publiquement son intention de reverser la moitié du prix à B’tselem, l’association israélienne d’extrême-gauche qui utilise des fonds étrangers pour ternir l’image de Tsahal dans les médias internationaux.

Ainsi, les fonds considérables du prix “littéraire”, versés à l’écrivain et à sa traductrice, sont partiellement reversés à une association politique, qui est publiquement défendue et soutenue par Grossmann, en dépit des controverses qu’elle suscite régulièrement en Israël.

B’tselem, est-il besoin de le rappeler, mène son travail de sape contre Tsahal avec le financement d’Etats et de groupements étrangers qui poursuivent un agenda anti-israélien bien établi, visant à affaiblir l’Etat juif dans sa guerre contre le terrorisme du Hamas et des autres ennemis.

La boucle est ainsi bouclée : le “prix” décerné à Grossmann récompense, tout autant que l’écrivain, le porte-parole d’un discours critique envers son pays dans lequel se reconnaissent les médias et les dirigeants des pays d’Europe (et d’ailleurs), qui financent le discours anti-israélien de B’tselem, de Yesh Din ou de Chalom Archav.

Ce prix, par ailleurs, encourage Grossmann à poursuivre ses attaques contre le gouvernement d’Israël (ce qui ne l’empêche pas, dans de rares moments de franchise, de reconnaître que ce dernier a parfois raison).

Comme je l’écris dans un chapitre consacré au mythe de “l’écrivain israélien engagé”, on peut se demander si les prises de position d’Amos Oz ou de David Grossman – comme l’opposition de ce dernier à une attaque israélienne contre l’Iran – ne sont pas en définitive la contrepartie, ou le tribut versé par ceux-ci, pour « mériter » les prix reçus en Europe.

Car les dons reçus, en tant que Prix, de la Fondation Günter Grass et d’autres organismes allemands, sont à titre onéreux : le prix à payer, pour David Grossman comme pour les autres écrivains-pacifistes adulés des médias européens, est de continuer encore et toujours à accuser le gouvernement et l’Etat d’Israël, et à s’opposer à toute action militaire de Tsahal, à Gaza ou en Iran.