Je n’ai pas visité cette page depuis un moment. Le temps me semble passer, cette année, encore plus vite que d’habitude et en particulier pour ceux qui, comme moi, travaillent dans l’éducation et qui suivent avec beaucoup d’attention les manœuvres sociales de notre monde. Juif et non-juif !

En tant que juive libérale, femme israélienne, ici à Paris, mon travail tourne toujours autour des différentes définitions de l’identité. Dans le cas de la plupart de nos élèves du Talmud Torah au MJLF, c’est aussi une recherche qui englobe de nombreuses questions personnelles qu’ils se posent lorsqu’ils sont adolescents.

Beaucoup d’entre eux arrivent pour la première fois avec leurs parents et la première question que je leur pose est simple mais profonde, elle concerne leur identité juive.

Pourquoi êtes-vous ici ? 

Ils font tous une grande découverte, qui, comme le conte biblique commence par la création, le début. En tant qu’élèves débutants, nous commençons bien sûr par les questions de base qui concourent à notre patrimoine, les élèves rencontrent parfois pour la première fois le Aleph-Bet hébraïque et les noms de nos pères et mères bibliques

C’est la première étape d’un long parcours, les pierres fondatrices de leur voyage personnel. La deuxième partie du voyage passe à la question : voulez-vous célébrer votre Bar/Bat Mitsvah ?. Et ici, la transformation bibilique est claire, du niveau des débutants, en lisant Bereshit, nous atteignons le deuxième niveau de lecture, les contes de Moïse et le peuple d’Israël.

A ce moment, nos élèves sont prêts à s’interroger sur leur choix de religion. Ils sont préparés maintenant, à faire un long voyage (dans de meilleures conditions) avec leurs professeurs et leurs amis, et surtout avec leur famille, vers leur Bar/Bat Mitsvah et la déclaration de leur identité juive.

Je compatis toujours beaucoup avec nos élèves car ces questions nous concernent tous, en tant qu’adultes, de nombreuses années après que nous ayons quitté l’Egypte.

Je souhaite que nos élèves sentent et sachent que nous, les éducateurs, comme leurs parents, les comprennent. Lorsque nous discutons de ces questions d’identité, je partage avec eux toujours ma propre histoire, en particulier mes 7 années en France.

J’ai pris une résolution, lorsque je suis arrivée en France, c’est apprendre le français, ça a eu un grand impact sur mon identité, concernant la langue. Mon défi, apprendre le français, était une grande question pour mon avenir : la capacité de communiquer dans une autre langue et les défis que j’avais au début alors qu’en tant qu’adulte, je n’étais pas toujours capable de m’exprimer.

Depuis cette première année, chaque année je relève un défi linguistique supplémentaire, par exemple il y a, 2 ans j’ai commencé à écrire pour le Time of Israël, en français…

L’année dernière, j’ai écrit de nombreux poèmes, en découvrant aussi ma route poétique en français au côté de ma langue maternelle – l’hébreu.

J’ai commencé aussi un petit projet sur Facebook, chaque semaine, j’écris un petit commentaire, poétique et court sur le Parasha de la semaine. Les commentaires, 12 semaines de Bereshit, qui termine ce shabat, toujours autour d’un court verset, évoque une émotion ou une idée, un geste, enfin, comme la communication qui est dans le cœur de notre travail pédagogique.

Ce shabbat VaYehi, un passage entre Bereshit et Shemot, entre Jacob et Moise, de la Genèse à l’exode est aussi un passage entre 2 années civiles.

כא נַפְתָּלִי, אַיָּלָה שְׁלֻחָה–הַנֹּתֵן, אִמְרֵי-שָׁפֶר. La fin du début 
21 Nephtali est une biche qui s’élance; il apporte d’heureux messages. Bereshit 49 21

שיר * איילה : יונה וולך – Un poème : ( Ayala) Yona Wallach

בְּנָקִיק נִסְתָּר בְּצוּקִים
אַיָּלָה שוֹתָה מַיִם 

מַה לִי וְלָהּ

אֶלָּא צוּקֵי לִבִּי

אֶלָּא מַעְיָן חַיַּי
אֶלָּא נִסְתָּר
אַיָּלָה
מַה לִי וְלָהּ
אֶלָּא אַהֲבָתִי

Shir / Poème / Yona Wallach

Dans un ravin caché dans les falaises
une biche boit de l’eau

Quoi ? Entre moi et elle ?
Que les falaises de mon cœur
Que la fontaine de ma vie
Que le caché
Une biche
Quoi? Entre moi et elle ?
Que mon amour. Yona Wallach

Dans la parasha de cette semaine, nous disons au revoir à Jacob. L’homme qui avait une vie pleine d’aventures et de défis, qui, à la fin de sa vie, n’a pas quitté ce monde sans rien faire. Il a bénit chacun de ses enfants dans un rituel spécial. Chacun a reçu une dédicace personnelle, adaptée à son avenir, partie du peuple d’Israël.

Les défis de Jacob, je les ai trouvés comme les paroles de Yona Wallach, se sont des cadeaux cachés, comme les trésors de la nature, entre les pierres, en privé ou a l’intérieure de nous-mêmes en face de notre spiritualité, ou bien même parfois de la divinité.

Nous avons tous besoin de nouveaux défis qui nous portent vers l’avenir : apprendre une nouvelle langue, apprendre sur notre identité, mieux comprendre qui nous sommes, parfois voyager vers un horizon inconnu, découvrir des nouvelles cultures. Le défi de Jacob nous prépare pour le « next great challenge », la naissance de Moise et la sortie d’Egypte 

Dans la parasha VaYehi, en arrivant à la tribu de Nephtali, j’ai trouvé le verset 21 déjà assez poétique sans besoin d’une interprétation poétique supplémentaire. Mais le mot Ayala en hébreu = Biche, m’a rappelé ce très court et très beau poème de Yona Wallach ZL appelé simplement Shir = poème. Elle parle sur la beauté de la nature et notre ressemblance avec cette nature, les choses en commun en parlant de l’identité et une question simple, qu’avons nous en commun, dans ce cas les qualités en commun pour elle et la biche.

Les qualités en commun entre les hommes et la nature, entre les hommes et les femmes, entre un peuple à l’autre, peuvent mieux nous expliquer notre identité. Nous pouvons mieux comprendre nos origines mais aussi les origines de l’autre.

Nous avons tous besoin d’entendre de bonnes nouvelles et d’entendre de mots gentils. J’aime le rôle de cette tribu Nephtali, en apportant de gentils mots, des messages positives envers l’autre à travers l’écriture, le dialogue, dans la vie quotidienne, vers ma famille ; mes amis, mes élevés, toujours avec l’espoir poétique et paisible comme les messages d’une colombe (Yona) 

Voici les liens vers ce texte

Chanté par Alma https://www.youtube.com/watch?v=qDww6OINlPg

La lecture émouvante de Yona Wallach  https://www.youtube.com/watch?v=orJeO_xRlAQ

Yona Wallach (יונה וולך) est une poétesse israélienne née à Tel Aviv le 10 juin 1944, morte le 29 septembre 1985.