Avant de commenter en détails sur l’important accord du 2 avril dernier entre le P5+1 et l’Iran, j’ai décidé de prendre le temps de bien lire le texte de l’accord, de même que les ‘fact sheets’ des pays impliqués, en particulier celles des États-Unis, de la France et de l’Iran.

Je pars de la prémisse que la diplomatie est la meilleure façon de régler les problèmes mondiaux. Non, ce n’est pas facile; non ça ne fonctionne pas toujours; oui, quelques fois le recours à la force est nécessaire. Mais, et de très loin, il est préférable de régler les différends de façon pacifique.
Cette – courte – analyse compare les objectifs annoncés avec les résultats obtenus.

1. Le but

L’accord intérimaire signé entre le P5+1 le 24 novembre 2013 établissait que « le but de ces négociations est d’obtenir une solution mutuellement convenue, complète et à long terme qui assurerait que le programme nucléaire iranien soit exclusivement pacifique. L’Iran réaffirme que sous aucune circonstance elle ne tenterait de développer des armes nucléaires. »

Or, avec l’entente signée le 2 avril dernier, l’Iran ne serait limitée dans ses actions d’enrichissement que pour une période de 10-15 ans, lui donnant la possibilité de reprendre ses activités nucléaires en 2025. Le président Obama lui-même a avoué qu’après, l’Iran pourra franchir le seuil de la production atomique militaire pratiquement immédiatement.

2. Le programme nucléaire iranien

Le président Obama a affirmé, le 22 octobre 2012, que « L’entente que nous accepterons est le suivant: ils (les Iraniens) doivent éliminer leur programme nucléaire. C’est très simple. »

Or, avec l’entente signée le 2 avril dernier, l’Iran continue d’enrichir de l’uranium en utilisant les 5 060 centrifuges à Natanz.

3. Les complexes nucléaires fortifiés

Le 7 décembre 2013, lors d’une allocution au Forum Saban, le président Obama a affirmé que les Iraniens « n’avaient pas besoin d’un complexe souterrain fortifié à Fordo pour un programme pacifique. »

Or, avec l’entente signée le 2 avril dernier, l’Iran réticent plus du tiers de ses centrifuges et ses infrastructures au complexe nucléaire de Fordo – qui est fortifié sous une montagne.

4. Le programme militaire iranien

Lors de son témoignage devant un Comité du Sénat américain le 4 février 2014, la négociatrice américaine Wendy Sherman affirmait que le programme iranien de missiles balistiques « devait être abordé et traité dans le cadre d’une entente complète. »

Or, l’entente signée le 2 avril dernier inclut seulement une promesse vague et inapplicable que l’Iran allait s’occuper (‘to address’) des
« inquiétudes de l’Agence internationale de l’énergie atomique concernant les possibles dimensions militaires de son programme. »

Le président Obama a admis plus tard que les inspecteurs allaient devoir demander la permission à l’Iran avant de pouvoir entrer sur les sites suspectés d’être des sites d’armes nucléaires.

Évidemment, cela permettrait à l’Iran de s’assurer d’enlever tout matériel illégal avant que l’inspection soit effectuée.

Des lacunes à combler

Il y a beaucoup d’autres lacunes avec cette entente, notamment le fait que les signataires ne s’entendent pas sur ce qu’ils ont signé ! Les sanctions seront-elles levées graduellement (version américaine) ou immédiatement (version iranienne) ?

Les négociateurs du P5+1 ont beaucoup de pain sur la planche s’ils veulent corriger le tir et faire en sorte que l’entente souhaitée avec l’Iran réponde aux objectifs qu’ils se sont eux-mêmes fixés.