Le 18 décembre 2016, M6 diffusait un documentaire sur Jérusalem et les extrêmes. Sous un angle journalistique racoleur prisé par la chaîne de télévision pour faire grimper l’audimat à peu de frais, ce reportage a révélé la prodigieuse incompétence ou mauvaise foi de l’équipe éditoriale de l’émission « Enquête Exclusive ».

Peu importe l’éventuel positionnement politique des journalistes qui ont bien le droit d’avoir des opinions, les erreurs factuelles ou historiques se sont succédées tout au long de l’émission passant au travers de tout contrôle, si tant est qu’il y en ait eu un.

Huit jours plus tard, M. de la Villardière était invité sur la chaine i24 News pour une confrontation amicale avec Michaël Bar-Zvi, professeur de philosophie politique israélien. Le présentateur d’Enquête Exclusive ne sera pas venu pour rien et aura bénéficié d’une remise à niveau gratuite du programme d’histoire du secondaire.

Morceaux choisis.

Le narrateur de l’émission présente la création de l’État d’Israël comme suit :

« En 1947 pour apaiser les tensions, les Nations unies ont séparé la région en deux, Israël voit alors le jour. La Jordanie, elle, cède un bout de son territoire la Cisjordanie, cela doit devenir le futur État Palestinien. Mais en 1967, Israël entre en guerre contre ses voisins et annexe la Cisjordanie, c’est le début de l’occupation des territoires palestiniens. »

60 mots pour trois erreurs majeures. Soit une erreur tous les 20 mots. Record à battre.

Non, Israël n’a pas vu le jour en 1947. Non, la Jordanie n’a pas « cédé un bout de son territoire, la Cisjordanie » pour en faire le futur Etat Palestinien. Non, Israël n’a pas annexé la Cisjordanie, ni en 1967, ni plus tard d’ailleurs.

La « Cisjordanie » faisait partie du Mandat sur la Palestine confié à la Grande-Bretagne par la Société des Nations à la conférence de San Remo en 1922. Ce mandat devait mettre à exécution la Déclaration Balfour du 2 novembre 1917 reconnaissant les « liens historiques du peuple juif avec la Palestine et les raisons de la reconstitution de son foyer national en ce pays » et prévoyait également « l’établissement intensif des Juifs sur les terres du pays».

Ce foyer national juif sera finalement limité aux territoires situés à l’ouest du Jourdain (Judée-Samarie incluses) tandis que les territoires à l’est du Jourdain deviendront l’Emirat de Transjordanie.

Le 29 novembre 1947, l’ONU vote un plan de partage de la Palestine mandataire entre un Etat juif et un Etat arabe – et non palestinien (la résolution 181). Tandis que les dirigeants de la communauté juive acceptent et déclarent l’indépendance d’Israël le 14 mai 1948 (et non en 1947), le Haut Comité arabe palestinien et les Etats de la Ligue arabe refusent, déclarent la guerre au nouvel Etat et la perdent. La Transjordanie occupera puis annexera la Judée-Samarie de 1949 à 1967.

La « Cisjordanie » n’a donc pas été cédée par le Royaume de Jordanie pour créer un État Palestinien. Au contraire, la Jordanie a annexé et occupé militairement la Judée-Samarie pendant 18 ans et n’en fera jamais un État Palestinien. Et pour cause, le concept de « sentiment national palestinien » n’a été théorisé qu’après 1967 en réaction à la victoire israélienne lors de la Guerre des 6 jours. Ce n’est qu’en 1988 que la Jordanie a finalement renoncé à sa souveraineté sur la Judée-Samarie.

Quant à Israël, il n’a jamais annexé la Judée-Samarie (Cisjordanie) ni en 1967 ni depuis lors.

Le reportage évoque aussi la barrière de protection érigée par Israël, et toujours en cours de construction, dont elle estime la longueur à 750 kilomètres. C’est faux. Elle en fera 708 quand elle sera achevée. A ce jour, environ 500 kilomètres ont été construits.

Le reportage chiffre à 110 000 le nombre des victimes du conflit israélo-palestinien depuis 1948. C’est faux. La réalité se situe aux environs de la moitié avec près de 55 000 morts – dont 39 000 arabes/palestiniens – en près de 70 ans. Pour important et regrettable qu’il soit, ce nombre est deux fois moins élevé que ce que prétend le reportage.

Qu’à cela ne tienne, M. de la Villardière répondra que ce chiffre représente le nombre des victimes de « toutes les guerres israélo-arabes et tous les conflits dans la région car on sait bien que ce conflit a produit effectivement des guerres et des drames qui vont avec » et de souligner « la dimension de ce conflit qui est structurant de pas mal de choses aujourd’hui qui se passent sur la planète » !

Que n’y avait-on pensé plus tôt ! Après l’effet papillon d’Edward Lorenz, l’effet israélo-palestinien de Bernard de la Villardière. Probablement ce qui a motivé la révolution islamique en Iran ou l’invasion du Koweit par Saddam Hussein. Consternant.

En résumé, on regrettera l’incapacité de M. de la Villardière à se remettre en question et à répondre à celles posées par M. Bar-Zvi. Le présentateur d’Enquête Exclusive a non seulement fait un mauvais travail de journaliste mais n’a pas eu le courage de reconnaître les erreurs commises, qu’il s’agisse des siennes ou celles de son équipe.

Qu’il se console, il n’est pas le premier. Mais prendre la posture de la victime indignée par des prétendus procès d’intention n’est jamais une bonne stratégie. Elle est perçue soit comme du mépris soit comme de la lâcheté. Dans les deux cas, elle abaisse celui qui l’adopte et décrédibilise ses propos.