Enfants de là-bas, enfants d’ici

Najaf Karimov, (14 ans, originaire d’Azerbaïdjan), a été tué en Syrie le 10 janvier 2014 (rapport du MEMRI, n°1065, 7 fev 2014).

Abu Ubaidah, 10 ans tué en septembre 2014, était l’un des « lionceaux de Baghdadi » tué au combat .

Au nord de l’Irak, dans la plaine de Ninive, Cristina Hezr Azzo, enfant chrétienne de 3 ans, a été enlevée à Qaraqoch par l’EI. La ville serait sous contrôle de 200 combattants, dont beaucoup sont des adolescents de 16 à 17 ans.

Le 6 février 2013, un « lionceau de Jabhat Al-Nusra » surnommé ‘’Abu Islam’’, âgé de huit ans, originaire de Deir Al-Zour (450 km à l’est de Damas), est vu dans une vidéo en compagnie d’un combattant sur une moto, tenant un fusil dans le quartier de Huweika. Le garçonnet dit : « Nous avons des armes pour la victoire de la religion ». Il confirme qu’il se bat lui-même et utilise ces armes. On revoit le garçon sur d’autres sites, patrouillant dans la même ville (quartier de Jabila). Les forums jihadistes le prennent en exemple et l’exhibe avec fierté.

Oussama Chaara, marocain jihadiste de 13 ans, est originaire de Tanger. Il aurait rejoint son père en Syrie. Son nom de guerre est « Oussama Al Maghribi (Oussama le Marocain).

Farouq dit Al-Tunsi (‘’le Tunisien’’, 10 ans) a été tué en Syrie.

Nordin, 16 ans, originaire de Sebta, est aussi parti en Syrie en mars 2013. 1200 Marocains, enfants, adolescents et adultes, ont suivi le même chemin vers le jihad.

Des familles tunisiennes ont manifesté en nombre devant certaines mosquées intégristes du pays jugées responsables de la disparition d’enfants et d’adolescents qui réapparaissent en Syrie et disent vouloir faire le jihad sur les réseaux sociaux.

Un ancien fonctionnaire saoudien, Nasser al-Chayeka, est parti avec ses deux garçons, Abdullah et Ahmed, faire le jihad en Syrie aux côtés de l’Etat islamique. Les enfants ont probablement été tués (source journal Al-Hayat).

Trois lycéennes américaines de 17 ans et originaires de Denver (Etat du Colorado), se seraient radicalisées sur internet. Elles cherchaient à rejoindre l’Etat islamique en Syrie quand elles ont été arrêtées à temps.

Un Australien d’origine libanaise Khaled Sharrouf, né à Sydney, a posté sur internet la photo de l’un de ses fils âgé de 7 ans tenant la tête d’un soldat syrien décapité (The Daily Telegraph, 13 août 2014). La photo a été censurée par les médias français. Dommage, la meilleure façon de combattre l’horreur est de la regarder en face.

Un jeune irlandais du nom de Shams Al-Din Gheidhan, (16 ans), résident de Dublin, a été tué en Syrie où il serait entré avec un groupe de camarades libyens qu’il a rejoints lors d’un voyage d’été dans son pays natal, en 2012 (MEMRI, 30 avril 2013).

Deux jeunes filles autrichiennes, Samra Kesinovic (16 ans) et Sabina Selimovic (15 ans), se sont enfuies de Vienne en avril dernier en direction de la Syrie. Toutes les deux, enceintes, auraient expliqué au téléphone à leur famille qu’elles souhaitent rentrer chez elles, mais ne savent pas comment s’y prendre. Elles auraient ajouté : «Nous avons fait une grosse erreur (…) Nous sommes fatiguées de vivre ici, mais nous ne pouvons pas repartir ». Les deux adolescentes seraient détenues en ce moment même dans la province nord-est de Raqqa et l’une d’elle serait décédée.

Il y aurait 142 jihadistes autrichiens en Syrie. La moitié d’entre eux est originaire de la région du Caucase.

Le garçon de six ans interviewé dans le reportage américain de Vice News (voir plus haut), Abdullah dit Al-Belgian, a été reconnu par son ancienne institutrice de la ville de Saint-Josse-Ten-Noode située près de Bruxelles (selon Het Laatste Nieuws). « Plus tard, je veux être jihadiste » dit l’enfant qui ajoute en ne perdant pas son père des yeux : « les infidèles doivent être tués, car tous les infidèles tuent les musulmans. » Des agents de police belges ont retrouvé son domicile, laissé à l’abandon. Selon les voisins, toute la famille aurait déménagé vers l’étranger il y a quelques semaines (Le Vif.be, 14 août 2014).

Reporter de RFI, David Thomson, auteur du livre les français jihadistes (Edition Les Arènes, mars 2014) a réalisé près un an d’enquête auprès de ces Français auto-radicalisés. Il raconte « les motivations, les attentes, les espoirs et les déceptions de ces dizaines d’adolescents qui décident, un jour, d’abandonner la France pour mener une guerre sainte en territoire inconnu » (France 24, 12 mars 2014). « L’univers du cyber-jihad (…) en a changé l’image et l’a rendu accessible (…) Cela permet de toucher un nouveau public, plus jeune et plus large, alors que cela était autrefois réservé à une poignée d’initiés (Huffington Post Maghreb, 11 mars 2014).

Fin 2013, un enfant français de deux ans est enlevé par son père parti faire le jihad en Syrie.

Une courte vidéo de deux minutes, non identifiée et tournée récemment dans les rues de Raqqa, montre deux enfants français d’une dizaine d’années chacun, armés de kalachnikov. L’un est de Toulouse, l’autre de Strasbourg. Ils sont filmés par un homme parlant lui aussi français, présumé jihadiste, qui leur demande de donner « un petit message » pour ceux qui sont en France « comme ça je le mets sur Facebook » leur dit-il. Tout sourire, l’un des garçons répond sans se faire prier : « Déjà, il vaut mieux venir ici, car là où vous êtes, vous n’avez pas de chance. Ici on est des moudjahidines, on est en Syrie, c’est la guerre. On n’est pas des kouffars (infidèles). Viens ici voir comment ça se passe … tapette. »

On se souvient que deux lycéens toulousains âgés de 15 ans étaient partis vers la Syrie via la Turquie en janvier dernier avec la ferme intention de combattre. Le papa de l’un d’eux avait crié sa détresse dans les médias. Il affirmait que son fils, élève brillant et modèle, avait subi une telle manipulation sur internet qu’il avait fallu, semble-t-il, quelques semaines seulement pour précipiter son départ.

A propos d’un reportage diffusé sur M6 (Enquête exclusive, 23 novembre 2014), Bernard de la Villardière (journaliste) trouve « invraisemblable l’histoire de cette jeune fille de 15 ans (…) pourtant surveillée et signalée par les autorités françaises (…) qui a pu partir. (…)

Nous avons abandonné notre jeunesse faute de communication sur la morale républicaine.

Beaucoup ont perdu de vue le sens à donner à leur vie. Et quand ils tombent sur ce qui paraît une aventure collective dangereuse et exaltante, ils sont tentés. C’est ce que veut montrer ce film. Il nous interroge sur notre propre responsabilité. » (Le Plus de l’Obs, 23 novembre 2014).

Ces enfants de là-bas sont aussi des enfants d’ici.

Ils sont nés et vivent près de nous, fréquentent nos écoles, parlent nos langues. Mais ils choisissent de suivre leur instinct ou leurs parents, abandonnent, consciemment ou non, volontaires ou pas, nos valeurs, notre culture, et même nos libertés.

Ces enfants sont les nôtres.