« La méditation m’aide à vivre plus pleinement mon Judaïsme. » Charles Smrodyni

Né en Palestine, ses parents sont arrivés de Pologne en 1921, mais c’est en 1936 sur Rehov Hamelekh George à Tel Aviv que Charles naitra.

Pourtant tout n’était pas gagné pour le père de Charles, un sioniste religieux, mais sans “métier”, une expertise, nécessaire pour faire son Aliyah à une époque ou les nouveaux immigrants avaient besoin d’une main d’oeuvre experte et d’artisans rodés pour construire leurs communautés.

Son père apprend donc la charpenterie, tandis que sa mère apprend la broderie, ce qui leur permet d’obtenir l’approbation de la communauté juive de Varsovie de se rendre en Palestine, à l’époque ou il n’y avait, là où se trouve Tel Aviv aujourd’hui, que le fort et la communauté Arabe de Jaffa.

C’est dans le dos des anglais que le père de Charles construit les premiers Tzrifs. En effet la loi anglaise telle qu’elle était appliquée en Palestine interdisait de démolir des maisons déjà construites, c’est donc de nuit que les charpentiers se retrouvaient pour construire des maisons que les anglais ne pouvaient pas démolir le matin.

Avec l’organisation progressive de la communauté, des pressions commencèrent pour syndiquer les ouvriers, à l’initiative du futur Premier Ministre Ben Gourion, mais le père de Charles refusait de syndiquer, et le climat en Palestine était dur pour sa santé, ils repartirent donc en France, à Paris ou naquit la sœur de Charles en 1927.

Mais en 1935, la Palestine leur manque, et ils retournent s’installer à Tel Aviv, où ils ont ouvert un commerce de fruits et légumes, et ou Charles naquit en 1936.

Les années qui suivirent marquèrent une dégradation de la situation pour la communauté juive, des incidents dramatiques d’attaques contre les juifs par les palestiniens arabes, la sœur de Charles ne pouvait plus aller à l’école. Ce sont les années où l’Irgoun prendra de l’ampleur et les tensions montent en flèche entre immigrés Juifs et résidents Arabes.

C’est donc en 1938, contre toute attente, que la famille Smrodyni rentre s’installer à Paris, dans une Europe en pleine explosion du nazisme, et la question que Charles, avec le recul, aurait voulu poser a son père: Mais pourquoi vous êtes vous jetés dans la gueule du loup?

Toute la guerre est vécue en France. Son oncle souhaite les faire venir en Uruguay, mais alors qu’ils s’apprêtent à aborder un navire à Bordeaux, le rideau tombe, et la ville devient également Zone Occupée.

Franco laissait passer les juifs par l’Espagne, mais pour la famille de Charles, c’est des années de maquis en Zone Libre, dans le Vercors, cachés dans des grottes, dans des forêts, et chez trois Justes qui ont été reconnus comme tel.

Sur l’ensemble de la guerre, Charles aura été scolarisé quatre mois.

La paix revient, Charles devient scout. C’est le scoutisme qui l’a sauvé dit il, en effet, l’isolation forcée de son enfance lui a laissé des séquelles, un sentiment de ne pas appartenir, de ne pas savoir s’intégrer. En effet toute la guerre est vécue dans le secret, sans amis, ni compagnons au risque d’une délation, ou dans le jeu des enfants une information qui s’échappe naïvement, et la famille qui est arrêtée.

Il avait cependant l’envie inconsciente de donner aux autres, et malgré une envie de rentrer en Palestine devenue Israël, il suit sa famille en Uruguay à ses 17 ans où il s’engage dans des mouvements de jeunesse, similaire à Taglit aujourd’hui, visant à encadrer les jeunes juifs désireux de s’installer en Israël.

Il retourne sur sa terre natale à Arziv, qu’il visite régulièrement depuis, où les chefs de mouvements de jeunesse voient son potentiel et où il prend une part plus active avec les jeunes.

Il vit maintenant à Paris, et sa sœur à Jérusalem, ses parents retournés en France ont finalement été enterrés en Israël.

C’est par le biais de sa femme que Charles a découvert la méditation et pratique régulièrement le Vipasana. Charles était un gestionnaire rigoureux et pragmatique, très éloigné pensait il, de la sphère spirituelle, mais il avait déjà ce qu’il appelle des “graines de positivité”, dans son travail il essayait d’insuffler des valeurs à ses employés, le respect de soi, d’autrui de son et de leur travail, la collaboration, la réflexion, des choses qui lui semblaient parfaitement naturelles en tant qu’être humain.

La spiritualité est plus importante que la religion pour Charles, même si il se définit comme pratiquant, la méditation permet de se connaitre soi même et de prendre les enseignements qui nous touchent dans une religion sans nécessairement en appliquer les dogmes, les rituels et les interdits.

Il y a deux manières pour Charles d’aborder une religion, la première est celle de l’héritage identitaire. Je lui ai dit ce qu’une amie Israélienne m’a dit le jour de mon emménagement à Tel Aviv : « Je suis juive ok ! Mais je ne vais pas laisser un livre vieux de 6000 ans me dire qui je suis », ce à quoi Charles réponds que justement l’histoire du judaïsme te permet de te demander qui tu es, et te remets face à toi même, et par le biais de la méditation on a une meilleur compréhension du soi.

La deuxième est celle du choix, de la conversion, Charles à un plus grand respect pour un non juif qui s’est convertit, car ses interrogations sont plus profondes.

Pour lui avec un héritage identitaire juif, et issu d’un famille religieuse et pratiquante, la méditation lui a permis de prendre conscience de ce qui lui enseignait la religion et de sa manière de la vivre. On sort du rituel, la répétition donne lieu au questionnement. Avec la méditation, rien n’est incompatible.

L’observateur détaché a une force, une réaction honnête par rapport aux évènements et êtres que l’on côtoie.

Interrogé sur la situation actuelle en France, il avoue la vivre plutôt mal. L’antisémitisme il l’a vécu et le connaît, et a conscience que le problème perdure en France depuis très longtemps, et voit aujourd’hui deux types d’antisémitisme en France, celui susmentionné, et celui plus moderne lié a l’existence et parfois les politiques d’Israël.

Mais il ne se fait pas d’illusion, l’extrême droite comme gauche contribuent tous deux à cet antisémitisme, et c’est d’ailleurs pour cela qu’il ne s’est pas rendu à République pour manifester suite à la tuerie de Charlie Hebdo. Tout d’abord parce que si ça n’avait été que l’Hyper Casher, il n’y aurait jamais eu de manifestation, ni d’élan national, et qu’il était hors de question pour lui, de marcher avec une classe politique qui a attisé les flammes de l’antisémitisme.

Quand il voit les synagogues protégées, il salut et donne du soutien aux jeunes soldats, mais Charles se demande bien, compte tenu de l’attaque à l’arme blanche de Nice, si éventuellement à force d’être ciblés parce qu’ils protègent des juifs, ces soldats non-juifs ne développeraient pas un ressentit envers la communauté Juive qu’ils défendent et pour laquelle ils subissent des attaques alors qu’ils n’en font pas partie. Peut être, suggère t-il, que le Juifs devraient se défendre eux mêmes.

Par contre il est critique de Netanyahu et de son ingérence à demander aux Juifs Français de « rentrer » en Israël. Peu importe où tu es implanté, selon Charles, en tant que Juif, tu auras toujours à rendre compte.

Il cite le Makhalal de Prague qui dit que le peuple Juif en exil n’a pas d’obligation de retour en Israël, et que le peuple Juif a justement pour vocation de circuler partout sur la planète et ne pas se renfermer sur une terre.

Charles rappelle alors la politique de Franco, une fois qu’on donne une terre à quelqu’un il ne vit plus que pour elle, il ne se rebelle pas, ne questionne pas, et commence à voir ses voisins comme des ennemis. Diviser par la terre pour mieux régner en somme.

Pour Charles, la richesse du peuple Juif a été enrichie par sa diversité. C’est en n’appartenant à personne que l’on s’enrichit, dit Charles, sans attaches et sans œillères.