On pourrait penser qu’il s’agit là d’un simple jeu de mots, pourtant cela recouvre une triste réalité qui risque de conduire ce petit pays à l’équilibre instable vers une nouvelle guerre civile dont on se souvient que la précédente fut ravageuse et très meurtrière. Inutile de relater les choses par le menu.

Tenons nous en aux tout derniers développements : le jeune Premier ministre Hariri est convoqué à Ryad par ses protecteurs saoudiens, furieux de découvrir que le Hezbollah est actif aux côtés des rebelles yéménites et qu’il leur a prêté main forte pour tirer un redoutable missile contre l’aéroport de la capitale saoudienne.

Le jeune prince héritier veut impressionner son protégé et le retient envers et contre tout sur place.

Il le convint même de donner sa démission depuis Ryad et lui fait prononcer un discours où il reprend mot pour mot les accusations de ses protecteurs saoudiens : l’Iran et son bras armé au Liban, le Hezbollah, menace la souveraineté libanaise, il se conduit comme en terrain conquis et il force les autorités libanaises légitimes à accepter ce que Léonid Brejnev avait jadis appelé la souveraineté limitée, parlant des états du glacis soviétique.

En clair : leur divine protectrice l’ancienne URSS s’arrogeait le droit d’intervenir chez eux chaque fois que les conquêtes du socialisme (sic) seraient menacées…

Au Liban, depuis plusieurs années et notamment depuis l’élection à la présidence du général maronite Aoun, c’est le Hezbollah qui mène la danse.

Il se permet de provoquer Israël, il fait la guerre au nom de l’Iran tant en Syrie qu’en Irak, voire même au Yémen. Bref, il mène sa propre politique étrangère et de défense comme bon lui semble.

La dernière fois, lors de sa confrontation avec Israël, déclenchée à l’instigation de son maître iranien, le Hezbollah a précipité le Liban dans une guerre avec Israël, occasionnant au Liban dont il s’autoproclame le bras armé et la divinité tutélaire de lourdes pertes.

Or, que l’on sache, personne ne lui a rien demandé. C’est la lâcheté du général-président qui a avalisé cette tendance au motif de
faire face à une éventuelle agression israélienne.

Au fond, ce n’est plus le gouvernement libanais qui décide pour lui et pour son pays, c’est la milice chiite armée, parfaitement illégale. Qu’à cela ne tienne : le Hezbollah décide quand et si il doit entraîner le Liban tout entier dans sa petite guerre personnelle contre Israël, sur les ordres de ses maîtres iraniens.

Alors que vient faire l’Arabie dans cette affaire ? C’est elle qui est visée, bien plus qu’Israël. Les Iraniens veulent occuper la place de l’Arabie et font tout pour miner sa puissance…

Au Yémen et à Bahreïn, les Mollahs soutiennent et arment les rebelles qui luttent contre les alliés des Saoudiens. Ce qui explique le rapprochement avec Israël et la timide rétractation télévisuelle du ministre saoudien des affaires étrangères ne change rien au fond du problème.

L’alliance, déclarée ou réservée, avec Israël fait partie de ce qu’on nomme une tendance lourde car elle est dictée par des réalités stratégiques.

On sait que la logique au Proche Orient est assez élastique : entre le oui, d’un côté, et le non, de l’autre, il n’a pas assez de place pour la tête d’une épingle…

On comprend mieux, dès lors, l’exaspération saoudienne qui a donné un coup de pied dans la fourmilière libanaise la privant de son gouvernement pour précipiter la chute du Hezbollah, qui concentre sur lui toutes les attaques, en sa fonction de perturbateur du jeu politique libanais.

On est stupéfait de découvrir qu’un président chrétien remet à une milice chiite armée, donc illégale, les clés du camion, si l’on ose dire. Il imagine une attaque israélienne hypothétique et remet sa défense entre les mains des chiites.

Or, lors de la pacification de la vie politique libanaise, toutes les milices avaient remis leurs armes aux autorités, hormis le Hezbollah qui a même menacé d’user de la force armée si l’on voulait le désarmer
de force…

A quoi sert l’armée libanaise ? Là à nouveau, nous retrouvons l’Arabie. L’analyse de cette dernière est la suivante : l’armée libanaise doit être rééquipée, car elle n’a pas la parité avec la milice qui défie le pouvoir.

Les Saoudiens ont donc accepté de payer la facture de gros contrats d’armement français au bénéfice des Libanais afin que les soldats du pays du Cèdre puissent se mesurer à la milice chiite qui nargue tout le monde et peut déclencher le chaos du jour au lendemain.

Mais quel pays pourrait bien vivre avec cette épée de Damoclès au-dessus de sa tête ? Aucun. D’autant que les Saoudiens ont décidé d’extirper la main mise iranienne sur le Liban. Et cela n’augure rien de bon.

Ce qui frappe, par ailleurs, l’observateur attentif, c’est la montée en puissance de Poutine au Proche Orient et l’évanescence de Trump. On se défend mal de l’impression que les USA ne s’intéressent plus au Proche-Orient ni au monde arabe.

C’est l’Asie et ses énormes marchés qui retient toute leur attention. Mais un autre foyer se déclare au Liban et le Hezbollah, condamné avant hier par la Ligue arabe comme mouvement terroriste, est la cible de toutes les critiques et de toutes les attaques.

Une majorité de Libanais refuse de se voir entraîner dans une guerre qui n’est pas la leur. Ils demandent l’exécution d’une résolution de l’ONU exigeant le désarmement du Hezbollah que l’Iran alimente en armes et en munitions.

Décidément, l’Orient nous étonnera toujours. Le général Aoun s’est entretenu avec son premier ministre démissionnaire et l’a convaincu de suspendre sa démission.

Une manœuvre se cache là-derrière : si le Hezbollah est acculé par d’autres que par le président Aoun, celui-ci pourra sauver son gouvernement, sa tête et celle de son Premier Ministre.

Mais ce n’est pas sûr, car les astuces ne durent jamais très longtemps… L’heure décisive approche à grands pas car Hariri exigera, pour rester en poste, des changements importants.

Et qui dit que ses ennemis ne recourront pas à la même méthode qui a définitivement neutralisé son père Rafic ? Golda Méir avait raison : Le Moyen-Orient est un endroit dangereux, parmi les plus instables du monde.