Je suis là, devant mon ordinateur à essayer de travailler. J’ai un roman à rendre pour la fin novembre. La télé est allumée, une fenêtre FB est ouverte sur mon écran… Impossible de me concentrer.

Je suis là à pleurer en écoutant les témoignages à la télé des rescapés du Bataclan.

Des vies, des images de vie, des histoires de vie de gens qui ont frôlé la mort et qui ne comprennent pas pourquoi eux s’en sont sortis et pas les gens tombés autour d’eux, sur eux…

Ces gens, à jamais, garderont à l’esprit les images de l’horreur.

C’est si fragile le bonheur !

Si ténu qu’il peut basculer en cauchemar en une seule fraction de seconde.

Si jalousé par ces fanatiques qu’ils n’ont de cesse de vouloir l’éradiquer de nos vies du bout de leurs fusils.

Peu à peu, on découvre qu’on a tous quelqu’un qui connaît quelqu’un qui a perdu quelqu’un.

Les visages des disparus s’affichent sur les réseaux, des jeunes vies, des jeunes sourires, des yeux qui pétillent. Une petit fille, même…

Des hommes lobotomisés ont froidement abattu ces jeunes garçons et filles, cette enfant, du bout de leur Kalach.

Que de courage, que d’héroïsme !

Quand très bientôt je repartirai à la rencontre des collégiens, je connais d’ores et déjà la question que je leur poserai :

« Il se situe où pour vous l’héroïsme ? »

A-t-il le visage de celui qui tue lâchement, aveuglément, au nom d’une idéologie de merde ?

Celui de ceux qui ne se sentent pas Charlie parce que Charlie est moqueur, frondeur, et que son humour n’est pas le leur ?

Celui de ceux qui voilent leurs femmes ? Les vendent comme esclaves sexuelles ?

Celui de ceux qui décapitent, pendent, massacrent ?

Ou plutôt celui de ceux qui prônent la paix, l’entente, la fraternité, le respect ?

Celui de ceux qui veulent vivre libres. Libres de penser, de chanter, de s’aimer.

Je leur dirai également ; vous, les collégiens, qui ferez le monde de demain, rebellez-vous, résistez, refusez de rejoindre les rangs de ceux qui vous transforment en tueurs. Mais surtout lisez ! Parce que comme le disaient les frères Goncourt :

« Un enfant qu’on ne voit jamais lire est destiné par avance à une carrière seulement de mouvement et d’action. Il sera quoi ? … un soldat. »

Et, ainsi que l’écrivait Chateaubriand dans ses Mémoires d’outre-tombe :

«Jamais, le meurtre ne sera à mes yeux un objet d’admiration et un argument de liberté. Je ne connais rien de plus servile, de plus méprisable, de plus lâche, de plus borné qu’un terroriste.»