La section de la semaine Emor s’adresse aux Cohanim chargés du service Divin. Certaines règles énoncées dans ce texte nous posent question et nous amènent à réfléchir sur le divorce, le handicap, la souffrance des animaux et le vengeance.

Commençons par le statut de la femme divorcée.

Nos décisionnaires doivent changer dans un futur proche changer  la loi sur le guet           

Chap. 21, V. 7 : « Une femme prostituée ou profanée, ils n’épouseront pas et une femme qui a été répudiée par son mari ils n’épouseront pas ; car chacun est saint pour son Dieu »

Je dois le dire, l’expression « femme répudiée » me choque énormément. Une femme répudiée est dans le judaïsme une femme qui a divorcé. Cela m’amène à réfléchir avec vous sur le problème du divorce, du guet au sein de notre communauté.

Nous connaissons tous des cas de maris qui refusent de donner le divorce à leur femme. Pour des raisons qui me semblent incompréhensibles, le rabbinat ne veut pas faire évoluer la loi car pour lui la loi est gravée dans la pierre, donc immuable. Nous verrons qu’à la fin de cette section il est écrit au chap. 24 V.16 : « Et celui qui prononcera le Nom de Hachem pour blasphémer sera mis à mort. » Heureusement, la loi hébraïque a évolué et aucun rabbin n’approuvera la mise à mort d’un individu pour un tel motif. Si la loi a pu être changée sur ce point alors pourquoi ne pourrait-elle pas changer sur le divorce ?

Les tribunaux français civils se sont déjà prononcés à plusieurs reprises sur cette problématique.

C’est ainsi que la Cour d’appel de Versailles confirme, dans un arrêt du 16 février 2012, que la responsabilité délictuelle d’un ex-mari peut être engagée par une épouse à qui il refuse de délivrer un guet. Dans certaines espèces, les parties invoquaient ainsi le principe de laïcité, celui-ci interdisant aux juges, selon elles, de se prononcer sur ce type de contentieux (Civ. 2ème, 12 décembre 1994: Bull. civ. II, n° 262 ; Paris, 7 mai 2002, Juris-Data n° 177358). L’argument a été rejeté lorsque le conflit concerne l’après-divorce.

La Cour considère que le refus de l’ex-mari de délivrer le guet, sans motif légitime et laissant ainsi subsister le lien religieux entre les époux, est fautif. Ce refus restreint la liberté que la femme est en droit d’attendre du divorce civil et constitue dès lors un abus de droit engageant la responsabilité et condamne le mari à 8000 euros de dommages-intérêts à l’ex-épouse sur le fondement de l’article 1382 du Code civil.

Les juges considèrent que « le divorce civil d’entre les époux étant devenu définitif, les liens du mariage se trouvaient dissous » et que l’ex-époux « ne pouvait légitimement refuser la délivrance du guet en opposant l’absence de liquidation de la communauté des biens ».

J’espère que ce petit commentaire de droit pourra aider nombre de femmes à sortir de cette prison qui est le divorce religieux mais nos décisionnaires devront dans un futur proche changer cette loi qui est plus que primitive.

Arrêtons-nous maintenant sur le statut de la personne handicapée.

Nous devons tout faire pour intégrer les personnes handicapées

En continuant à lire cette section, je me questionne sur l’attitude du judaïsme orthodoxe envers les handicapés. Chap. 21 V. 18 à 20 : « Car tout homme chez lequel il y a un défaut de s’approchera pas : un homme aveugle ou boiteux ou au nez plat ou qui a un membre plus grand que l’autre ; ou un homme qui aura une jambe cassée ou un bras cassé ; ou des sourcils anormalement longs ou une membrane sur l’œil ou un défaut dans son œil ou une éruption cutanée sèche, ou une éruption cutanée humide ou les testicules broyées. »

Ces versets interdisent à un Cohen affecté d’un défaut physique d’accomplir le service. Maïmonide, dans le Guide des égarés,   chapitre 3 nous explique que « c’est pour honorer le temple qu’on a prescrit d’honorer ses desservants…On ne devait point admettre au service celui qui avait un défaut corporel, et ici il ne s’agit pas seulement de celui qui était affligé d’une infirmité, mais les difformités aussi rendaient les prêtres impropres au service ; car le vulgaire n’apprécie pas l’homme par ce qui est sa valeur véritable, mais par la perfection de ses membres et la beauté de ses vêtements. »

Ainsi la dictature du paraître existait déjà à cette époque. Notre société a compris depuis peu l’importance de l’intégration des handicapés dans la vie de tous les jours. Malheureusement nombre de nos synagogues n’ont pas d’accès pour les personnes à mobilité réduite et beaucoup de femmes ne peuvent monter au premier étage pour prier car soit elles sont trop âgées soit elles ont un handicap qui ne leur permet de prendre les escaliers. Nos Instances doivent tout faire pour intégrer les handicapés dans notre communauté et ils ont le droit comme tous les juifs de prier en toute sérénité.

Cette section nous parle aussi de la souffrance des animaux. Chap. 22 V. 28 : «  Mais un bovin ou un ovin, lui et son petit, vous ne les abattrez pas le même jour. »

Maïmonide écrit au sujet de cette loi un plaidoyer pour les animaux et nous comprenons par son explication que les animaux ressentent des émotions. Guide des égarés, chap. 3 : «  Il a été défendu d’égorger le même jour la mère et son petit, afin que nous eussions soin de ne pas égorger le petit sous les yeux de sa mère ; car l’animal éprouverait, dans ce cas, une trop grande douleur. En effet, il n’y a pas, sous ce rapport, de différence entre la douleur qu’éprouverait l’homme et celle des animaux ; car, l’amour et la tendresse d’une mère pour un enfant ne dépendent pas de la raison, mais de l’action de la faculté imaginative, que la plupart des animaux possèdent aussi bien que l’homme. »

Voici une très belle leçon d’humanité envers les animaux.

Nous terminerons ce commentaire par deux versets très connus et souvent mal compris que nous lisons cette semaine.

« Œil pour œil » : Une compensation financière à un préjudice

Chap. 24 V. 19 et 20 : « Et un homme, lorsqu’il infligera une blessure à son prochain, comme il a fait, ainsi lui sera-t-il fait : une fracture pour une fracture, un œil pour un œil, une dent pour une dent ; selon la lésion qu’il aura faite à une personne, ainsi lui sera-t-il infligé. »

« Œil pour œil, dent pour dent ». Cette expression provient de la loi du Talion qui apparait en 1730 avant notre ère dans le Code d’Hammourabi, alors roi de Babylone. Cette loi incitait à la vengeance personnelle, à condition que la peine soit identique au crime commis.

La loi juive ne prend pas cette expression au sens littéral mais lui prête le sens d’une compensation financière à un préjudice.

On trouve trois fois dans l’Ancien Testament le commandement «œil pour œil, dent pour dent ».

Exode 21:24 : « Œil pour œil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied. » Lévitique 24:20 : «  Fracture pour fracture, œil pour œil, dent pour dent, il lui sera faite la même blessure qu’il a faite à son prochain. » Deutéronome 19:21 : « Tu ne jetteras aucun regard de pitié, œil pour œil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied. » Le texte de l’Exode provient des premières lois civiles que Dieu a données à Israël dans le désert du Sinaï, juste après son départ d’Egypte, comme suite pratique aux Dix commandements. Ces lois règlent les relations de maître à esclave (Exode 21:1-11); les lois en cas de dommages corporels, versets 12-36. D’autres cas sont examinés aux chapitres 22 et 23.

Ce texte n’a pas pour but d’exiger une réparation « œil pour œil, dent pour dent », mais de limiter la rétribution à ce qui est juste. Trop souvent, pour une offense légère, un homme puissant exigeait une réparation exagérée.

Dans le Lévitique, le texte de l’Exode est repris et complété. L’intention reste la même: une compensation juste.

Dans le Deutéronome, l’application pratique est précisée. Ainsi au verset 15: « Un seul témoin ne suffira pas contre un homme pour constater un crime ou un péché, quel qu’il soit ; un fait ne pourra s’établir que sur la déposition de deux ou de trois témoins. » Une nouvelle fois, ces lois empêchent une application injuste ou une demande d’indemnité démesurée.

Si la Loi permet d’obtenir une juste compensation pour un préjudice, cette demande d’indemnisation n’est pas obligatoire. Il est écrit dans le Lévitique 19:18 : « Tu ne te vengeras point, et tu ne garderas point de rancune contre les enfants de ton peuple. Tu aimeras ton prochain comme toi–même. Je suis l’Eternel. » et dans les Proverbes 25:21  « Si ton ennemi a faim, donne–lui du pain à manger; s’il a soif, donne–lui de l’eau à boire. » Ainsi nous pouvons comprendre que celui qui aime son prochain ne demandera pas une indemnisation exagérée.