Quel est le mot le plus à la mode en ce moment, que cela soit en France ou en Israël ? Aliyah ! Vous dire que ce terme commence à me saouler est assez faible. Non pas que je ne souhaite pas que mes sœurs et mes frères nous rejoignent en Israël mais parce que je pense que la démarche n’est pas en adéquation avec l’objectif.

En ces moments difficiles pour la communauté juive de France, il m’a été donné l’occasion de lire des choses effarantes et dont le sens m’a laissé pantois.

Certains prônent l’Aliyah d’urgence, face au danger djihadiste, d’autres fustigent le Premier ministre israélien pour avoir osé leur conseiller de quitter ce beau pays “où ils sont nés et qui représente toutes leurs valeurs et leur culture”.

D’abord, lire ces textes a été douloureux pour moi, amoureux fou d’Israël et de la France. Et oui, n’en déplaise, après 17 ans passés ici, je ne me dépare pas de tout ce que j’ai vécu pendant les 40 premières années de ma vie. Et je ne le souhaite pas non plus. Je suis simplement devenu différent.

Urgence il y a, personne ne peut le contester. Et ceux qui prennent au bond la balle de l’islamisme barbare pour fuir la France ne peuvent être mis au ban des accusés.

Il est toutefois dommage qu’ils aient pris leur décision poussés par un sentiment d’insécurité permanente et donc la peur de se retrouver un jour enfermés dans un frigo… si tant est qu’ils aient la chance d’en trouver un à portée de main à ce moment là.

Et puis il y a les autres… Ceux qui veulent se battre parce que ‘il n’est pas question que l’on revienne aux jours sombre de l’Histoire. Cette fois-ci, on ne laissera pas faire, etc.’ Leur pays c’est la France, ils y sont nés, ils y vivent, ils y travaillent, ils y ont toutes leurs attaches… Comment recréer tout cela ailleurs, fusse en Israël ?

Fin des schémas réducteurs ! Essayons à présent de comprendre ce qu’est Israël, ce que peut ou doit représenter la Aliyah et quels sont les moyens pour y arriver.

C’est donc en toute humilité que je vous livre le fruit de mes réflexions, en précisant bien que ce que je dis n’engage que moi et que je ne donne de leçons à personne et surtout pas aux organismes officiels qui remplissent leur mission avec tant de cœur.

Alors Israël, c’est quoi ?

La Terre Promise ? Le pays des Juifs ? Un état démocratique, comme les autres, mais peuplé principalement de Juifs ? Un chancre posé sur le derrière de l’humanité qui nécessite une extraction purificatrice immédiate ?

Voui messieurs dames, un peu de tout cela… mais aussi rien de tout cela. Israël est certainement l’élément de plus complexe de la Création, entre spiritualité et matérialité, qui nécessite un juste équilibre entre des forces contradictoires. Ainsi est conçue toute la création, la chose et son contraire… (Blanc et noir, haut et bas, bien et mal…) Et c’est ce qu’est Israël, le contraire du reste… Tenter de cerner Israël dans une définition est réducteur car par essence, Israël est au-delà du terrestre même si la Terre est aussi sa composante.

‘Alors quoi, voudriez-vous que l’on se promène tous avec des papillotes, des redingotes noires ou des perruques et des jupes longues pour nos chères moitiés, c’est ça pour vous être en Israël’ ? Hé bien non, ne vous en déplaise… A titre personnel, je me fous de savoir si les gens sont religieux ou pas, s’ils pratiquent ou pas. Car je ne suis pas juge sur cette terre. Il y a un Patron pour cela, que chacun se débrouille avec Lui…

D’autant qu’il est fort possible que des dizaines de personnes dans le monde aient été sauvées d’un mauvais décret parce qu’un Juif “profanateur endurci” a fait une action donnée à un moment précis.

Qui peut dire comment Il gère Son monde ? Qui serait assez présomptueux pour Lui donner des conseils de gestion ou pour incriminer ses sœurs et frères du peu de cas qu’ils font de Sa Torah ? Nous devons juste nous respecter, nous aider, nous aimer, nous soutenir etc… Le reste je Lui laisse, c’est son boulot pas le mien.

Il y a toutefois une chose que je sais [grâce aux enseignements de Rav Yoel Benharrouche, que je remercie au passage] : Il y a en Israël une place unique qui est conçue pour chaque Juif. Cela n’oblige personne à venir mais la place est là, réservée à tout jamais. Pour les comiques qui voudraient détourner mes propos, je ne parle pas de cimetière…

Bien sûr, les premières objections sont d’ordre matériel, comment pourrait-il en être autrement. Donc, les Juifs s’interrogent sur leur avenir professionnel, la difficulté de la langue, du réseau pro et perso, de l’éloignement avec la famille, les amis etc…

Pour ceux qui me lisent depuis quelques années, j’avais écrit un article dans le Jerusalem Post en Français dont le titre était “de la chrysalide au papillon”. C’est toujours ce que je pense aujourd’hui. Israël vous entraîne dans un autre niveau, dans un autre espace-temps où les données sont totalement différentes.

Ce qui était important là-bas (peu importe où), ne l’est plus ici. La perception du ‘matériel’ est totalement différente parce qu’il y a une composante supplémentaire qui vient la modifier, c’est la spiritualité.

Que l’on se comprenne bien, cela ne requiert pas de vous des actes religieux, c’est ainsi que l’endroit est constitué, comme si une épice avait été ajouté sans que vous ne puissiez rien y changer.

Il y a un élément que je n’avais intégré alors (j’étais un olé tout frais moulu…), c’est la douleur et la souffrance. Je ne pensais pas que ce serait difficile. Certes l’on m’avait prévenu aux réunions de l’Agence juive mais qui peut expliquer un tel phénomène mutationniste ? Et puis tout à mon excitation du départ vers la Terre Promise, j’ai certainement zappé quelques conseils avisés…

Pourtant, l’explication m’a été donnée récemment (voir référence ci-dessus) : Lorsque l’on roule en voiture en 3e, il arrive un moment où le moteur ne peut pas aller plus loin. On est à fond… Pousser plus le moteur risque de le faire exploser. Si l’on veut évoluer il nous faut passer la quatrième.

Et ce passage se fait obligatoirement par le point mort. Hé oui, nous devons passer par cette phase où tout ce que l’on a acquis va devoir s’annuler, s’anéantir pour faire place à autre chose de plus élevé, de plus rapide, de mieux construit etc.

C’est la mutation de la chrysalide en papillon, véritable souffrance qui amène à la beauté et la grâce.

Voilà ce qu’est l’Aliyah. C’est ce passage vers une autre dimension, sorte d’ascension vers un monde différent mais pourtant si ressemblant à celui dont nous venons.

Voilà pourquoi notre Premier ministre vous dit de venir, parce que c’est là qu’il est prévu que vous soyez. Maintenant, c’est comme si l’on vous invitait au cinéma… Votre siège est réservé et si vous ne venez pas, il restera vide car personne d’autre que vous ne peut l’occuper. Et le film sera projeté sans vous.

Voilà ce qu’il faut dire à tout ceux qui sont Juifs de par le monde. Ne venez pas par obligation mais par nécessité d’être vous même.

Israël vous offre la chance unique de réaliser l’équilibre parfait entre ce que vous êtes et ce que vous devez être. Et cela ne peut se passer QUE sur la Terre d’Israël.

Tant que vous n’aurez pas intégré cette nécessité impétueuse qui sommeille en vous, ce besoin viscéral d’être totalement en adéquation avec les 6 éléments qui interagissent sur ce petit lopin de terre, je vous le dis avec tout mon amour pour vous : restez là où vous êtes.

Non pas que l’on ne veut pas de vous ici, au contraire. Mais l’on veut que vous veniez en ayant compris que c’est bon pour vous, point final.

Pour le reste, le travail, la langue, les réseaux, l’argent… et j’en passe… vous comprendrez quand vous y serez !

Je m’adresse donc à tous mes sœurs et frères de France et surtout à ceux qui se sentent si loin d’Israël, si loin de “vous les religieux”, et si proche de cette France qui a si peur de les voir partir. Je voudrais leur dire que le film a commencé mais que ce n’est pas grave, leur place est réservé à tout jamais, ils ont juste à venir et à s’asseoir.

Et surtout qu’ils ne se disent pas qu’il est inutile d’arriver au milieu du film, qu’ils ne vont rien comprendre… l’important n’est pas ce qui s’est passé avant vous mais ce qui va se passer avec vous. Car n’oubliez pas, une fois que vous serez assis dans la salle, le cinéma ne sera déjà plus le même qu’avant votre arrivée.

Et cela sera donc ma conclusion : Israël est différent si tu es là, et tu es différent si tu es en Israël. Toutes les autres considérations ne sont que poésie pour ceux qui veulent conserver leur fond de commerce…