L’hebdomadaire français Marianne publie dans son édition du 6 octobre 2016 un entretien avec Emmanuel Macron, ancien conseiller puis ministre de l’Economie du président de la République François Hollande.

Au cœur de l’entretien, Macron évoque «des écoles confessionnelles» «qui enseignent la haine de la République, professent des enseignements essentiellement en arabe ou, ailleurs, enseignent la Torah plus que les savoirs fondamentaux».

Au-delà de l’imprécision et de l’inexactitude des ses propos, il convient de rappeler à Macron ce qu’il paraît ignorer.

Les écoles confessionnelles juives françaises gèrent avec difficultés les flux des élèves juifs qui fuient les agressions et incidents antisémites enregistrés ou non par les autorités scolaires, judiciaires et de police. Les coupables sont d’autres enfants et parfois même des enseignants de l’enseignement public. Les rapports de police et de justice précisent que les méfaits se commettent dans le cadre et dans les locaux de l’enseignement public.

Contrairement aux allégations de Macron, la plupart des établissements scolaires confessionnels juifs sont contrôlés et sous contrat avec l’Etat. « L’enseignement de la Torah » ne dépasse d’aucune façon celui des « fondamentaux » républicains.

L’Histoire des Français juifs en général et celle des écoles juives de France en particulier illustre une légitimité républicaine telle qu’elle a parfois conduit à l’effacement des intérêts vitaux de cette communauté. Les plaques commémoratives des enfants déportés par l’autorité publique française de collaboration avec l’ennemi entre 1940 et 1945 sont là pour le rappeler à Macron comme à ceux qui «pensent» comme lui.

Enfin, et surtout, l’adjonction des écoles qui «enseignent la Torah» à celles qui «enseignent la haine de la république» est insupportable à la réalité, insultante à l’égard des enseignants des écoles juives et annonce la vacuité des assertions diffamantes de Macron envers eux.

Macron devrait s’intéresser aux véritables difficultés que connaît l’enseignement public en France. Parmi elles, la dégradante obligation sécuritaire des parents qui, pour garantir la sérénité et la sécurité de leurs enfants en milieu scolaire public, doivent – parfois même à la demande de chefs d’établissements publics- quitter certaines écoles publiques où l’antisémitisme ravage la vie civile des familles et celles de leurs enfants. Il devrait se rapprocher des statistiques du ministère de l’Intérieur relatives à l’antisémitisme en milieu scolaire public. Il devrait écouter l’indignation des parents français qui parce que juifs, doivent transférer leurs enfants de l’enseignement public à l’enseignement privé.

En opposant les « fondamentaux » de la république à « l’enseignement de la Torah » et en communiant l’enseignement confessionnel juif de France aux ennemis de la république, Macron manque à tous ses devoirs d’ancien ministre, stigmatise l’enseignement confessionnel d’une communauté déjà fortement visée par la haine antisémite et signe une méconnaissance intégrale des difficultés que vivent en France l’enseignement public comme l’enseignement confessionnel juif.

Pierre SABA
7octobre 2016