Le président français a-t-il finalement trouvé sa vraie vocation ? Non celle de transformateur de la France à coups de réformes de structures, ni celle de barrage imperméable aux vents populistes ascendants mais bien celle de sauveur de l’Europe. Au moment crucial où cette dernière, à force de douter, commence à bouger sur ses fondations et ses murs porteurs.

La crise migratoire a offert à Emmanuel Macron ce rôle inédit. Et à Bruxelles il a su déployer l’ensemble des ses talents d’agitateurs de convictions pour persuader ses pairs qu’une solution européenne commune à une crise inédite et aiguë est possible et envisageable.

Quand il s’est confié à la presse au bout d’un marathon nocturne de négociations, Emmanuel Macron s’était réjoui que les solutions nationales exiguës prônées par certains comme la seule issue à la crise ont fait long feu et n’ont donné lieu à aucune grande fracture susceptible de remettre en cause la maison commune européenne.

Il faut dire que, face à la prise de maquis des pays de l’Europe de l’Est, face à la rébellion italienne, face aux possibles blocages allemands, le risque que les européens réunis à Bruxelles puissent sortir de leur conclaves en affichant des divergences qui enclencheraient les mécanismes de la remise en causes l’esprit unitaire européen était réel.

Emmanuel Macron peut se targuer d’avoir évité à l’Europe ce spectacle désolant de divisions. Ses laudateurs peuvent pointer la force de sa conviction en un destin européen commun et la contagion de son enthousiasme. Mais ses adversaires peuvent souligner une victoire en trompe l’œil. Une illusion d’optique destiné à vendre un mirage là où les blocages et les contradictions sont impossibles à dépasser.

Les 28 sont parvenus à un accord qui satisfait tout le monde sans régler le noeud du problème. Les Européens de l’Est ont réalisé cet exploit d’éviter le mécanisme des quotas obligatoires, au cœur d’une solidarité équitable entre européens. Les Italiens sont parvenus à attirer l’attention sur leurs fardeaux, la résultante de leur proximité avec les pays de départs des vagues migratoires.

Et la France et l’Allemagne ont eu une signature collective pour signifier à leurs opinions la validité du projet européen. Ce qui n’est pas une mince affaire quand Angela Merkel voit tanguer sa coalition et son mandat et quand Emmanuel Macron doit affronter un scrutin européen où les populistes français rêvent de réitérer l’exploit italien de la ligue et du mouvement cinq étoiles.

L’idée centrale de cet accord européen sur la crise migratoire est la possibilité d’installer des centres d’accueil et de tri fermés et sous contrôle pour pouvoir gérer les flux et répartir les charges. L’installation de ces centres n’est pas obligatoire et dépend de la volonté des pays européens.

Et il semble déjà que ces pays ne se bousculent pas pour les installer. Certains craignent les complications morales et politiques qui peuvent se contredire avec leur état de droit. D’autres n’y voient qu’une machine à trier et à expulser qui peuvent vite atteindre ses limites si parmi les candidats à l’immigration économique, il s’avère une impossibilité à atteindre les pays d’origines.

L’autre idée qui circule dans l’air mais qui n’a pas  encore trouvé ni avocats persuasifs ni pays preneurs est celle qui consiste à installer des plates-formes régionales de débarquement dans les pays d’Afrique du nord. L’idée est séduisante sur le papier et a le mérite de déplacer les Frontieres de l’Europe au-delà de le Méditéranée. Elle délocalise la problématique migratoire et impose une implication des organisations internationales chargées dès questions de la migration de plus en plus accrue.

Les pays concernés, Maroc, Algérie, Tunisie Libye, ont unanimement refusé cette démarche, y voyant sans aucun doute une trop grande responsabilité pour leurs Etats via une sous-traitance abusive de leurs compétences en la matière. Certains diront que la non réalisation d’une telle stratégie serait le fruit du maigre et inégalé dialogue politique que les pays européens entretiennent avec les pays d’Afrique au nord qui à la fois acte leurs divergences d’interets et ne permet donc pas d’envisager une vision et une solution commune pour cette crise migratoire.

De tout ce maelström, Emmanuel Macron est sorti provisoirement gagnant. Il était seul sur la photo qui défend et anime le projet européenne face aux sceptiques et aux europhobes. Angela Merkel qui devait partager avec lui le rôle-titre de la défense de l’Europe est restée en retrait, dans l’ombre comme plombée par ses contradictions internes. Ce qui a ouvert un boulevard devant le président français pour s’imposer à tous comme le grand et inconstatable avocat du rêve européen.