Le livre de Camille Mifort, Vivre au Kef quand la Tunisie était française, paru au début de l’année 2008, est une heureuse contribution à la connaissance de la Tunisie du Nord.

Il se propose d’évoquer la vie des Keffois durant la période allant de la conquête française, en 1881, jusqu’à l’indépendance, en 1956 ; l’ouvrage s’achève en fait par l’évocation de la période 1956-1962, marquée tant par les soubresauts de la décolonisation progressive en Tunisie que par ceux du conflit voisin franco-algérien.

Le Kef est présenté par le biais d’écrits de savants des XIXe et XXe siècles mêlés aux témoignages d’anciens habitants de la ville. Le tout est agrémenté d’une riche documentation iconographique : cartes postales anciennes, photographies et gravures.

Le livre est suffisamment captivant pour se lire d’une traite ; quant aux illustrations, elles peuvent donner lieu à de longues observations, à l’affût de détails significatifs, par exemple l’architecture ou encore les pratiques vestimentaires.

Le mérite de ce livre, même s’il semble s’appuyer pour l’essentiel sur le témoignage des Keffois d’origine française ou italienne ainsi que de Keffois tunisiens juifs, est de parvenir à une esquisse suggestive de la vie de l’ensemble de la population.

Les récits oscillent entre nostalgie d’un bonheur perdu et lucidité sur un espace clair-obscur marqué par les inégalités sociales et les limites de la tolérance et de la compréhension des uns envers les autres.

À l’ombre immuable de la Kasbah et des remparts de la médina, les rares enfants tunisiens alors scolarisés suivaient les cours d’histoire française où « leurs ancêtres étaient gaulois », les Français et les Italiens vivaient leurs rapports au rythme de l’histoire politique agitée des deux métropoles, et le quartier juif était parfois mis à sac par des Keffois musulmans.

L’évocation de la Seconde Guerre mondiale montre comment les bonnes fortunes se faisaient et se défaisaient en peu de temps, à l’exemple de ces Italiens keffois soudainement valorisés par la victoire italo-allemande de 1940 puis déportés en Algérie suite à la Campagne de Tunisie qui ruinait leurs espoirs d’une Tunisie italienne plutôt que française.

Cette émission,comprenant 3 partie vous permettra de découvrir ou de re-découvrir la grande chanteuse keffoise de malouf, je veux parler de Saleha.

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