Elle s’appelait Solica elle n’avait pas quinze ans
Sa vie c’était la mer des rires et des chants
Elle avait les yeux noirs et la robe bleu azur
Elle aimait les promenades avec ses amies dans la nature

Il n’y a pas de photos mais tous les témoignages concordent
Solica était belle prodigieusement belle d’une beauté plus rare que l’or
Lorsqu’elle allait au souk pour faire les courses avec sa mère le jeudi
Les hommes retenaient leur souffle sur son passage éblouis

Née dans une modeste famille juive du Maroc à Tanger
Sa mère Simha était femme au foyer et son père Haim petit commerçant
Elle parlait judéo-espagnol à la maison et arabe avec ses voisins musulmans
Elle parlait surtout le langage du cœur avec toujours une douce piété

Un jour Solica jouait chez son amie et voisine Tahra
Lorsque le frère est entré et l’a regardée pour la première fois
Comme frappé par la foudre il a succombé à sa beauté et l’a suppliée
De se convertir à l’islam pour pouvoir l’épouser

Repoussant ses avances Solica ne pouvait se douter
Qu’il allait se venger et lancer des calomnies
Elle lui répondit que pour rien au monde elle ne quitterait
La foi de Jacob de Moise de ses aïeux de sa famille

Le soupirant amer raconta partout qu’elle s’était convertie
Malgré les dénégations éperdues de la pauvre enfant salie
La méchante rumeur prit de l’ampleur – on le croyait lui
Sans doute par jalousie on accusa l’enfant du crime d’apostasie

L’affaire fut portée devant le Gouverneur de Tanger
Qui lui aussi tomba amoureux de Solica et voulut l’épouser
Il lui proposa fortune et gloire mais elle refusa d’abandonner son Dieu
Elle fut transportée à Fez emprisonnée dans un cachot crasseux

Des délégués juifs furent envoyés pour la convaincre d’accepter
Mieux valait sauver sa vie et embrasser l’islam
Mais la jeune fille portait en elle une voix une flamme
« Juive je suis née, juive je veux mourir » répondit-elle sans hésiter

Malgré les tentatives de séduction les pressions viles
Solica « petit soleil » en espagnol n’accordait pas de valeur
A ces promesses de richesse ni à tout ce qui brille
Sol la martyre Sol la belle Sol une âme pure Sol la douceur

La foule se réunit sur la grande place de Fez
Pour assister à l’exécution de l’effrontée
Et lorsque son cou fut tranché
Eclatèrent les cris de joie la jubilation la liesse

C’était il y a longtemps et les temps ont changé
Depuis cette époque tant de drames ont frappé
Et puis Israël ressuscité a rendu impossibles ces horreurs d’antan
Mais faut-il oublier cette enfant pour autant ?

Ma petite sœur tu t’appelles aussi Solica en deuxième prénom hérité
D’une grand-tante marocaine nommée en souvenir de la tsadika
J’ai écrit ces quelques mots spécialement pour te raconter
L’histoire de cette héroïne juive qui n’est pas née libre comme toi

Te dire aussi que tu pouvais être fière de Sol la lumineuse
Que son nom te soit source de vie et te rende heureuse !

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En photo : le mausolée de Solica Hatchouel z.l. assassinée en 1834, dans le cimetière juif de Fez au Maroc.
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