En réaction aux tueries de Charlie Hebdo et du supermarché Hyper Casher, Elio Di Rupo, président du Parti Socialiste belge déclarait le 14 janvier 2015 : « Je suis Charlie. Je suis Juif. Je suis Palestinien. Je suis victime de Boko Haram. Je suis victime de tous les actes de violence et de haine ».

Dans un article publié par le Centre Communautaire Laïque Juif de Belgique (CCLJ), Guy Wolf réagissait à cette énumération saugrenue :

« Je ne comprends pas pourquoi Monsieur Di Rupo s’identifie, à cette occasion bien précise, à un Palestinien. A ce jour, dans les rues de Belgique et de France, on tue des Juifs parce qu’ils sont juifs. Aucun Palestinien n’a été tué, ici, pour ce qu’il était, ni en aucune autre circonstance, bien heureusement. Alors pourquoi cette identification ? Parce que l’on ne peut pas reconnaître que l’antisémitisme existe, ici et aujourd’hui, sans penser que ce serait offenser les musulmans ? Qu’une fois avoir eu une pensée pour les victimes juives (assassinées uniquement parce qu’elles sont juives et il nous faut le rappeler puisque le PS se refuse à le faire), il faut obligatoirement y mêler la cause palestinienne qui n’a pourtant rien à y voir, de peur de se mettre à dos un électorat auquel on prête certaines intentions ? »

Dans un droit de réponse au CCLJ, le président du PS regrette que ses propos « aient pu susciter une incompréhension et blesser » :

« A travers mes propos, j’ai voulu exprimer qu’à l’inverse de ce que professent certains semeurs de haine, il n’y a aucune contradiction à condamner durement l’antisémitisme ET à être partisan de la création d’un Etat palestinien coexistant de manière pacifique avec l’Etat
d’Israël. » 

Les semeurs de haine

Di Rupo n’a voulu blesser personne. Dont acte. Tout est-il pardonné pour autant ? Pas certain, car ses excuses sont un peu sibyllines. Le caractère incongru du slogan « Je suis Palestinien » persiste dans le contexte des tueries de Paris. Di Rupo l’explique en se démarquant de
« certains semeurs de haine », sans préciser à qui il faisait allusion.

Que représente cet élément de langage (« semeurs de haine ») fréquent dans la rhétorique socialiste ?

Logiquement il s’agit de ceux qui voient une contradiction entre la lutte contre l’antisémitisme et la lutte pour un Etat palestinien. Deux cas de figures possibles :

  • Ceux qui défendent les Juifs mais s’opposent à la création d’un Etat palestinien, autrement dit les « ultranationalistes » juifs.
  • Les partisans d’un État palestinien qui sont antisémites. On en trouve de nombreux exemples au sein des mouvements pro-palestiniens.

Le président du Parti Socialiste visait-il ces deux catégories ? Il semble que seule la première était visée.

Comme le rappelait pertinemment Guy Wolf, aucun Palestinien n’a été tué à Paris. Quoi qu’en disent leurs auteurs, les meurtres de Charlie et du supermarché Casher n’avaient rien à voir avec le conflit israélo-palestinien. Par conséquent l’amalgame « Je Suis Juif, je suis Palestinien » signifie dans ce contexte: « Je m’identifie aux Juifs ET aux victimes des Juifs (les Palestiniens) ».

Ceci exprime une opposition à l’antisémitisme qui n’est pas inconditionnelle, mais modulée, freinée, par « l’antisionisme ».

Autrement dit, « Je suis Juif, à condition que ces derniers soient favorables à la création un Etat palestinien ». Manière d’entretenir une confusion trop fréquente entre « antisionisme » et antisémitisme.

Depuis la deuxième Infifada (2001), beaucoup de gens manifestent une attitude antisémite à l’égard des Juifs accusés, globalement ou individuellement, d’être « sionistes ».

Un comportement qui reflète celui des terroristes et combattants palestiniens, qui s’attaquent indistinctement aux militaires et aux civils, aux adultes et aux enfants israéliens.

Si Di Rupo avait voulu se démarquer également de la deuxième catégorie de « semeurs de haine » (pro-palestiniens antisémites), il aurait dû compléter son énumération de la manière suivante.

Après :

  • «  Je suis Juif » (victime des terroristes)
  • «  Je suis Palestinien » (= victime des extrémistes juifs), il aurait du ajouter
  • « Je suis victime du Hamas » (= des extrémistes palestiniens), transition logique vers l’énoncé suivant :
  • « Je suis victime de Boko Haram » (= des extrémistes musulmans).

Ces trois dernières affirmations sont déplacées par rapport aux attentats de Paris. La troisième n’a pas été prononcée, car Di Rupo n’avait aucune intention de dénoncer l’extrémisme palestinien. La deuxième et la quatrième ne visaient qu’à créer une certaine confusion pour atténuer la première.

Les « semeurs de haine » sont donc bien les Juifs, comme Philippe Moureaux, ancien bourgmestre socialiste de Molenbeek et Ministre d’Etat l’a confirmé dans une interview à Maghreb TV: « Il est évident qu’en Occident, c’est surtout essayer de répandre la haine de l’Arabe pour justifier la politique de l’Etat d’Israël, politique qui me paraît inacceptable »

Victimes ou bourreaux ?

En affirmant « Je suis Palestinien », Di Rupo veut montrer qu’il est « antisioniste » mais pas antisémite, ce qui est considéré comme politiquement correct.

Le terme « antisioniste » est lui-même une source de confusion, car le sionisme était un mouvement visant à créer un Etat juif – qui existe depuis près de 70 ans. « L’antisionisme » n’est donc plus qu’une idée dépassée, ou une volonté inavouée de revenir en arrière et de supprimer Israël.

L’ambiguïté du message de Di Rupo vient du fait que ses deux premières propositions sont contradictoires. La première présente, à juste titre, les Juifs comme victimes des attentats de Paris. La deuxième les présente comme bourreaux. Les Palestiniens apparaissent comme victimes de l’Etat d’Israël et, par extension, des Juifs en général, ce qui est de nature à entretenir l’antisémitisme.

Le combat des Palestiniens n’est pas conçu de manière réaliste, à savoir comme une lutte contre l’existence d’Israël, telle que l’expriment clairement la charte du Hamas et celle de l’OLP, qui n’a jamais été révisée, malgré des promesses datant de plus de 25 ans.
http://frblogs.timesofisrael.com/le-mythe-de-la-reconnaissance-disrael-par-lolp/

Raison pour laquelle ce conflit se perpétue, alors que sa solution était présente dès l’origine. La résolution 181 des Nations Unies de 1947 visait en effet à la création simultanée d’un Etat palestinien juif et d’un Etat palestinien arabe indépendants, avec un statut international pour Jérusalem.  Cette Résolution et l’Etat arabe proposé ont été unanimement refusés par les Etats arabes voisins d’Israël, qui ont entamé dès 1948 une guerre, que les Palestiniens perpétuent aujourd’hui.

Ces données géopolitques sont largement ignorées et occultées. La sortie de Di Rupo et sa lettre d’excuse au CCLJ ne sont pas des initiatives personnelles aberrantes.C’est l’expression de la ligne politique du Parti Socialiste belge, confirmée par Philippe Moureaux et d’autres intervenants.

Une ligne qui traduit un aveuglement profond et engendre un antisémitisme voilé « d’antisionisme », où Israël et les Juifs apparaissent comme sources du Mal, et les Palestiniens comme un peuple opprimé. Schéma qui correspond au moule chrétien, relayé par l’idéologie marxiste, où le faible est nécessairement bon.

Cette dérive était déjà apparue lorsque le PS avait fait usage d’une caricature antisémite pour inviter à un débat sur le conflit israélo-palestinien en mai 2013. Faux-pas attribué à un « manque de culture politique » dont l’extension apparaît plus tragique que jamais.

Tant que le Parti Socialiste belge et tant d’autres seront incapable d’une vision politique plus profonde du conflit israélo-palestinien, ils ne pourront offrir à la communauté juive autre chose que le baume superficiel d’excuses comme celles de Monsieur Di Rupo.

POST SCRIPTUM
Aux dernières nouvelles, Rudi Vervoort, ministre-Président socialiste de la Région Bruxelles-Capitale, a comparé le projet de déchéance de la nationalité belge aux binationaux condamnés pour terrorisme à celles prises par l’Allemagne nazie ou la France de Vichy contre les Juifs. Il a donc fait un parallèle entre la Belgique et l’Allemagne nazie et entre les Juifs et les terroristes islamistes. Peu après, il a sorti la pommade et déclaré : « Si j’ai blessé, j’en suis désolé… »