La douleur que nous ressentons à la mort d’Elie Wiesel est vive. Elle l’est en réalité pour chaque survivant qui a témoigné. Ceux connus comme ceux qui le sont moins.

Ces survivants de la Shoah qui débordent d’une énergie que nous ne pouvons saisir ou comprendre et qui témoignent. Ceux qui au pas de course arpentent les allées et les blocs d’Auschwitz pour nous dire l’horreur. Ceux qui vont dans les écoles les plus reculées de France, pyjama rayé à la main pour dire que « ça » a existé. Ceux qui relèvent la chemise sur leur avant bras gauche laissant apparaître les numéros de la mort qui témoignent d’une horreur que l’on ne peut réaliser.

Elie Wiesel en était l’emblème. Non pas qu’il y ait une hiérarchie dans la souffrance, non pas qu’il ait souffert plus que d’autres mais parce qu’il a su dans des ouvrages essentiels porter témoignage. Il était une figure charismatique avec un accent unique, une voix douce qui savait se faire plus forte toutefois pour être entendue. Il avait l’oreille de tous les puissants et savait mieux que quiconque porter la cause du judaïsme contemporain. Lorsque l’on parle de vigilance face à l’antisémitisme, lui savait en dépasser le simple concept pour dire que ce qu’il avait vu pouvait revenir.

Il était un homme élégant et charismatique. Sa présence imposait le silence et le respect. Son sourire était le plus généreux que j’ai eu à connaître. Quand je pense à Elie Wiesel je pense à l’OSE et sa « maison du bonheur » à Taverny qui l’aura recueilli au sortir des camps. Ce lieu et ses équipes lui auront donné foi en une humanité qui pouvait être reconstruite.

Là où Primo Levi n’aura pu survivre à la folie et à l’horreur, Elie Wiesel lui aura trouvé le chemin de la vie. C’est aussi cela qui nous attriste dans cette fin de vie lui qui lui avait donné un sens et dont on savait que la parole portait encore. Mais à l’instar des prophètes, il en était un, sa parole demeurera, essentielle, éternelle. Que son souvenir nous soit une bénédiction.