Les élections israéliennes auront lieu le 17 mars prochain. Elles entrent donc dans le dernier droit. Comme elles seront couvertes par nos médias, j’ai pensé faire, au lieu d’un texte d’opinion, un court portrait qui pourra servir de toile de fond pour bien comprendre.

Israël : une démocratie bien vivante

Tout d’abord, les élections israéliennes se déroulent comme tout se fait en Israël : avec un mélange d’intensité, de confusion, de passion, de questionnements existentiels et de personnalités variées.
La démocratie israélienne est très vivante – et ses batailles, féroces. Les politiques y tombent facilement dans l’hyperbole et il est trop facile pour un observateur étranger de « prendre pour du cash » les accusations qui sont lancées dans le feu de l’action.

C’est la même chose côté média. Alors que le journal le plus lu en Israël, le Israel Hayom (« Israël aujourd’hui ») est pro-Netanyahou, le journal le moins lu en Israël, mais le plus lu à l’extérieur, le Haaretz (« le Pays ») mène une campagne incessante contre le premier ministre actuel. Et les attaques y sont féroces, voire vicieuses.

Israël: un système proportionnel

Il est essentiel de noter que le système politique israélien est basé sur le modèle proportionnel pur. Ainsi, si un parti a, par exemple 15% des votes, il aura 15% des sièges à la Knesset (Parlement israélien). Le plancher pour faire son entrée dans l’enceinte parlementaire est 3.25%. Depuis l’indépendance, aucun parti n’a été capable de former le gouvernement à lui tout seul. En d’autres mots, tous les gouvernements israéliens ont été des gouvernements de coalition.

En Israël, on ne vote pas pour le premier ministre ou pour un député. On vote pour un parti. Le bulletin déposé dans l’urne par les électeurs n’a que le nom du parti choisi.

À tous ceux qui, ici, promeuvent le système proportionnel, le contre-exemple que je donne est Israël. Il est difficile pour quelque parti que ce soit de mettre en œuvre le programme sur lequel il a été élu puisque toute décision gouvernementale doit être acceptée par les partenaires de la coalition gouvernementale de laquelle il fait partie.

Des dizaines de partis qui se présentent (comme les Verts renommés pour cette élection – en français québécois – «Je m’en câlisse» ou le Parti pirate), les sondages récents indiquent qu’une douzaine aura des sièges à la Chambre.

Les deux partis principaux (le Likoud de Benyamin Netanyahou et le Parti travailliste d’Isaac Herzog) oscillent entre 23 et 26 sièges chacun. C’est dire que le principal parti gouvernemental n’aura qu’à peu près 20% des sièges au Parlement.

Deux camps principaux: Likoud et le Parti travailliste

Le Likoud de centre-droit est contesté sur sa droite par le parti Beit Hayehudi (« Maison juive »), dont le leader, Naftali Bennett, est plus jeune et plus moderne. Plusieurs électeurs semblent ressentir une fatigue par rapport à Netanyahou. Les publicistes israéliens font preuve de beaucoup d’originalité pour attirer les jeunes, comme en font foi, par exemple, la publicité de « Bibi-sitter » du Likoud et celle de Bennett, selon laquelle Israël doit arrêter de s’excuser toujours et pour rien.

Le Parti travailliste (qui se présente sous le nom de «Camp sioniste» pendant cette élection puisqu’il a fait alliance avec l’ancienne ministre Tzipi Livni) espère attirer les gens dont les priorités sont les questions de niveau de vie. Il compte, bien placés sur la liste, deux amis : une des leaders du mouvement social de l’été 2011, la jeune Stav Shaffir (dont un discours sur son projet de société est devenu viral sur internet) et un économiste de renom (marié à une Montréalaise d’origine, elle-même vice-présidente de la Banque centrale israélienne), Manuel Trajtenberg.

Les enjeux géopolitiques occupent cependant une bonne partie du débat. Après tout, Israël est dans une région difficile, c’est le moins qu’on puisse dire. Les négociations sur le nucléaire avec l’Iran, la guerre civile en Syrie voisine et ses conséquences, la montée de l’État islamique, la croissance du Hezbollah, l’Irak qui se désintègre, sans parler de la situation avec le Hamas à Gaza, des négociations au point mort avec l’Autorité palestinienne et d’un leadership américain faible servent de toile de fond à cette élection.

Les citoyens arabes israéliens ayant évidemment le droit de vote, la liste arabe est créditée d’à peu près 10% des voix (c.-à-d. une douzaine de sièges) et les autres partis, de moins de dix sièges chacun.

Le parti gagnant ne prendra pas nécessairement la tête du gouvernement

Il est possible que le parti qui gagnera le plus de sièges ne puisse former le gouvernement – ou même en faire partie. Par exemple, le Parti travailliste peut théoriquement obtenir plus de sièges que le Likoud, mais ne pas être capable d’attirer dans une éventuelle coalition assez de partis pour atteindre 61 sièges (c.-à-d. la majorité).

Tout ça pour dire qu’alors qu’au Québec et au Canada, le jour de l’élection est la ligne d’arrivée du processus politique, en Israël, ce n’est qu’une étape. On ne connaîtra qui forme le gouvernement que lorsque les tractations de coulisses seront terminées.

Un référendum sur Bibi

La campagne semble devenir une espèce de référendum sur la gouverne de Netanyahou. « C’est Bibi ou les autres ». Netanyahou, le Premier ministre qui a occupé cette fonction le plus longtemps outre le Père fondateur David Ben Gourion, réussira-t-il son pari de se maintenir au pouvoir?