Le massacre de la Mosquée de Bir-Al Abed dans le nord du Sinaï, qui a fait des centaines de morts récemment est sans doute le fait de djihadistes rattachés au groupe Etat Islamique.

Cette attaque fort bien planifiée n’est que la plus récente et mortelle d’une longue série d’actes terroristes sur le territoire égyptien visant surtout la police ou l’armée mais aussi des cibles coptes au Caire et Alexandrie. Sans oublier l’attentat contre un avion russe en 2015, qui avait fait des centaines de victimes innocentes.

Les autorités égyptiennes semblent impuissantes face ce phénomène qui s’étend dans le pays, en dépit d’une implication accrue de l’armée et de la police. Le Président Al Sissi a décrété une date butoir de 3 mois pour éradiquer le terrorisme dans le Sinaï et donné carte blanche à ses troupes pour y arriver. Cela se traduira sans doute par des attaques indiscriminées contre des villages, des bombardements aveugles et une répression accrue.

Ces opérations auront pour effet probable d’aliéner davantage la population locale traditionnellement laissée de côté par les autorités centrales et considérée comme des citoyens de deuxième classe. Depuis des décennies les tribus nomades doivent se débrouiller pour survivre, expertes de trafics en tout genre avec la bande de Gaza, notamment.

Le gouvernement égyptien a bien essayé de les sédentariser pour les contrôler, sous prétexte d’améliorer leurs conditions de vie, mais sans grand succès. Dans la foulée des derniers évènements, Al Sissi a annoncé la construction d’écoles et davantage de services. Il en appelle aussi à une union tribale contre les terroristes.

Dans ce contexte, Al Sissi, qui a pris le pouvoir en 2013 après que l’armée eût renversé le gouvernement élu du Président Morsi se révèle une copie de ses prédécesseurs, issus des forces militaires.

Face à son incapacité de confronter efficacement les problèmes du pays, il s’en remet aux vieilles recettes dictatoriales: emprisonnement des « opposants », torture et disparitions ainsi que pressions ou interdictions faite aux ONG occidentales et égyptiennes.

Le bilan en matière des droits de la personne est si mauvais que même l’administration Trump l’a critiqué, retenant de l’aide financière américaine.

Face aux difficultés économiques croissantes, Al Sissi doit quémander de l’aide financière auprès, notamment, de l’Arabie Saoudite. Il a même dû lui céder la souveraineté de deux iles en Mer rouge, Tiran et Sanafir. Pour faire tenir ses généraux tranquilles, il passe de nombreux contrats d’achat d’armement. On peut soupçonner que de généreuses commissions sont versées.

On rapporte maintenant un rapprochement entre l’Egypte et la Russie. Une entente aurait été réalisée permettant à l’aviation militaire russe de profiter de bases sur place. Une première depuis plus de 40 ans. Un véritable réalignement stratégique ou un moyen de faire pression sur Washington et les bailleurs de fonds ? Faudra voir.

On peut penser que l’opposition violente contre le régime continuera. Évidemment le renversement du gouvernement par les djihadistes est impensable car c’est l’armée qui contrôle le pays, depuis Gamal Abdel Nasser. Mais les perspectives d’avenir sont peu encourageantes.

Le tourisme, source majeure de revenus, n’est pas à la veille de reprendre et les autres ressources du pays (canal de Suez, gaz/pétrole) servent à financer un complexe système de subventions dont dépend une population sans cesse grandissante et jeune.

À moins d’un autre printemps arabe égyptien, il y a peu de chance de voir un changement au Caire. Des élections présidentielles sont prévues pour début 2018 mais il y a fort à parier que tout sera fait pour que les éventuels candidats contre Al Sissi ne puissent se présenter ou que leur campagne soit contrecarrée.