David Allouche écrit pour Young-Diplomats

Analyse: Vingt-cinq pour cent de l’économie palestinienne dépend de facto d’Israël. Sans la connexion à Israël, que l’Autorité Palestinienne (AP) assure, la Cisjordanie se transformera en un deuxième Gaza.

Il y a une risque non-négligeable que la vague de terreur de ces derniers jours pousse l’Autorité Palestinienne, qui ne vit que grâce aux aides extérieures, à la dissolution. Cette dissolution de l’Autorité Palestinienne serait catastrophique pour Israël, d’un point de vue sécuritaire et politique.

Si l’Autorité Palestinienne perd le contrôle de la Cisjordanie, la politique, la sécurité et le fardeau économique reposeraient alors sur les épaules d’Israël, un problème qui ferait clairement d’Israël une puissance occupante et légitimerait ainsi les campagnes diffamatoires de groupes anti-israélien telles que celle du BDS.

Il y a 20 ans, lorsque le gouvernement israélien a remis le contrôle d’une grande partie de la Cisjordanie à l’Autorité palestinienne, il y avait moins de 10 000 personnes travaillant dans des institutions gouvernementales palestiniennes. Pour l’essentiel des  travailleurs dans les systèmes d’éducation et de santé, ils furent logiquement encadrés par quelques experts Israéliens.

Aujourd’hui, plus de 150 000 personnes travaillent dans les bureaux de l’Autorité Palestinienne, à ce nombre il faut rajouter les fonctionnaires et les retraités civils, qui comprennent environ un million de personnes. Le budget du gouvernement palestinien est d’environ 16 milliards de shekels (environ 3,52 milliards d’euros). Une partie importante de celui-ci provient de dons en provenance de pays à travers le monde.

Si l’Autorité palestinienne est démantelée, qui va payer pour tout cela? Qui dirigera les bureaux et les services? Sans oublier les coûts énormes de sécurité, dirigée par un déploiement accru de l’armée israélienne.

La dépendance économique à Israël, est la raison principale pour laquelle Mahmoud Abbas hésite encore à renoncer aux accords d’Oslo et à établir un « Etat palestinien sous occupation », qui signifie la dissolution de l’AP. La raison en est bien connue: l’économie palestinienne est totalement dépendante de l’économie israélienne. Sans Israël, la Cisjordanie se transformerais bientôt en une seconde bande de Gaza, sans leadership et avec l’un des taux de chômage les plus élevés au monde. Tout cela conduirait inévitablement à une aggravation de la situation sécuritaire.

Une bonne illustration de la dépendance économique des Palestiniens à Israël peut être trouvé dans les données sur plus de 1000 usines israéliennes opérant en Cisjordanie. Il y a 14 zones industrielles en Cisjordanie. La plus grande et la plus célèbres est  Mishor Adumim, près de Jéricho, qui dispose de près de 330 usines; la seconde zone industrielle est celle de Barkan en Samarie avec 160 usines; la zones industrielle Atarot sur la route Jérusalem-Ramallah; ainsi que les petites zones proches et au sein des communautés juives.

Toutss, sans exceptions, sont des usines low-tech et des ateliers qui utilisent les avantages de la Cisjordanie: le travail bon marché et beaucoup de conditions financières avantageuses telles que des loyers et des taxes foncières à des taux attrayants. Ces usines comprennent le conditionnement des aliments et des textiles. Mais aussi des activités plus diverses tel que des garages, des maisons d’édition, des fabricants de meubles. Les industries lourdes et porteuses d’emplois telles que l’industrie du métal, les usines de plastique et les fournisseurs de matériaux de construction.

L’économie israélienne a fortement évolué ces dernières années ; progressivement les produits high-tech et les industries de produits de pointe, notamment en informatique et en sécurité ont remplacé les industries traditionnelles comme celle du textile.

Les villes de l’industrie textile, comme Ofakim et Dimona dans le sud d’Israël, ont vu leurs usines internationales de textile délocalisées dans les territoires palestiniens et ensuite vers la Jordanie, l’Egypte et la Turquie. Toutes ces usines ont ensuite quitté la région, pour délocaliser vers la Chine et le reste de l’Asie du Sud-Est. En effet le coût de la main-d’œuvre s’est révélé dans les années 2000 bien plus faible en Asie qu’au Moyen-Orient. De plus comme les produits importés de Chine sont moins chers, même les acheteurs Palestiniens privilégient les produits chinois aux produits locaux.

Les industries traditionnelles restent néanmoins le principal moteur de l’économie palestinienne. Il y a environ 30 000 palestiniens qui travaillent dans les zones industrielles israéliennes en Cisjordanie, tandis que 20 000 autres travaillent directement dans des villes juives dans la construction, le transport, l’approvisionnement et l’agriculture.

Une industrie de sous-traitance

Il y a également le commerce indirecte israélo-palestinien, qui fournit de l’emploi à de nombreuses personnes en Cisjordanie, en particulier dans les industries du textile et de l’ameublement. Une partie considérable des meubles vendus dans les magasins israéliens ont été effectivement produits en Cisjordanie (principalement dans la région de Naplouse) sous l’entière responsabilité des entreprises israéliennes. Ils sont stockés dans les entrepôts et les usines israéliennes en Cisjordanie, afin d’éviter les contrôles de sécurité et les imbroglios administratifs lors du transfert de marchandises des camions palestiniens aux camions israéliens.

Il y a aussi toute une industrie de sous-traitance du travail effectué par les palestiniens d’Israël. Si l’on ajoute les 100 000 palestiniens qui travaillent en Israël (avec ou sans permis), et l’industrie de la pierre palestinienne qui fabrique et envoie directement à Israël, il y a en fait  au moins 200 000 palestiniens qui vivent du commerce avec Israël. Selon les estimations de la chambre de commerce israélo-palestinienne, ces palestiniens qui font du commerce avec Israël, représentent plus de 25% de la main-d’œuvre palestinienne et produisent environ 20% du PIB de l’Autorité Palestinienne.

La plupart de ces travailleurs palestiniens ne disposent pas d’une alternative. La vague de violence pourrait remettre en cause les arrangements de sécurité autorisant les palestiniens de Cisjordanie à venir travailler en Israël.

Pire encore, les attentats Palestiniens pourrait pousser les israéliens, pour endiguer la vague d’attentat, à « boucler » les territoires palestiniens. Le résultat serait catastrophique et conduirait a la destruction de la fragile économie de la Cisjordanie, ce qui transformerait inévitablement cette région en un deuxième Gaza, avec les conséquences sécuritaires que cela implique.