Qu’il est triste aujourd’hui d’avoir à se battre sur des thèmes fondamentaux, et ce, en France oui, mais en Israël tout autant.

On a pris pour acquis ce qui ne l’était pas. Les droits de l’homme, de la femme, la démocratie, entre autres. Il est temps de réapprendre à nos enfants quels combats sont essentiels à mener, et par là-même, aussi à « décoder » les double, voire triple discours. A leur fournir des armes intellectuelles, la connaissance et le sens de l’analyse. « Que cherche cette personne quand elle dit ça, sert-elle vraiment la cause qu’elle prétend défendre ? »

Invité chez Laurent Ruquier dans l’émission « On est pas couché » du 5 mars dernier, Edwy Plenel, patron de Mediapart, y vient pour la promotion de son livre « Dire nous ».

Décryptage d’un discours technique et sémantique

Dire nous’ : un titre à l’apparence totalement innocente. Mais avec qui, « dire nous ? ».

Monsieur Plenel commence d’emblée par une première déclaration-choc: « La France est devenue une exception européenne avec une extrême-droite installée au centre du débat public au point de se préparer à la conquête du pouvoir ». Il réduit ainsi un mouvement mondial à un problème franco-français, quitte à « oublier » la Pologne, l’Autriche, la Hongrie, l’Italie…

Il passe ensuite au processus de victimisation pour finir par l’angélisme, en insistant longuement sur les contrôles au faciès, sur leur gravité et leur injustice (je précise ici que je ne dis pas que ces contrôles n’existent pas – ce n’est pas là mon propos) : « Au nom de l’Etat français au XXIe siècle, il est normal quand on cherche des étrangers de contrôler des Noirs et des Arabes ? ».

Puis Edwy Plenel rappelle qu’il se bat pour le multiculturalisme. Mais en quoi constitue sa vision du concept ? « Le multiculturalisme, c’est la réalité de nos sociétés. Nous sommes d’origine, d’horizon, de culture différente. Quand j’entends le Président de la République dire : ‘Je ne connais qu’une communauté : la communauté nationale’, je dis que c’est céder à tous ces monstres parce qu’on est français ET breton, français ET musulman, français ET antillais, français ET algérien, français ET plein d’autres choses. »

Donc Monsieur Plenel veut ramener dans le champ public ce qui relève de la sphère privée (la foi, la religion, l’origine « régionale ») pour l’institutionnaliser, et que chacun puisse être reconnu dans toutes les facettes de sa culture ou de son identité.

Edwy Plenel est gêné par le fait qu’être Français, tout simplement « englobe » tous les français, quelles que soient leurs origines. Il y a là, insinueusement, une attaque à la laïcité. Une laïcité à rejeter pour mettre en exergue les cultures.

« Une démocratie c’est une culture. Il y a des incidents, il y a des risques » affirme-t-il.

Or une démocratie n’est justement pas une simple « culture ». Elle ne dépend pas d’une culture. C’est un choix délibéré pris dans un contexte historique au prix de multiples combats, c’est un mode de fonctionnement pour la vie de la cité, de la société, absolument vitale. La démocratie n’est pas un luxe. Nous voici face à un dénigrement, l’air de rien, du modèle démocratique.

Retour à la technique de l’angélisme : « Ton origine contre mon origine, ta couleur de peau contre ma couleur de peau, ta croyance contre ma croyance, ton genre ou ton sexe contre le mien. Je refuse cela, je refuse que l’on nous mette en guerre les uns contre les autres. Et vous n’entendez-pas que c’est ce poison-là que de la présidence Sarkozy à la présidence Hollande on laisse se répandre ? »

Sorti de l’angélisme, il s’attaque aux politiques (attaque plutôt justifiée je l’avoue). Et là, patatras, le pas est franchi vers l’odieux, la phrase « sans retour ». Plenel ose s’attaquer à la minute de silence faite en France après les attentats !!! « La Cop 21, c’était au moment des massacres. Nous étions tous mobilisés (…) Et que fait François Hollande ? Il fait une minute de silence (…), avec tous les drames du monde entier. Daesh tue d’abord des musulmans. Daesh massacre dans le monde entier. Les catastrophes climatiques font des désastres ».

Voici un exemple de comparatisme relativiste visant à la dédramatisation du terrorisme. La France n’aurait pas le droit de célébrer la mémoire de ses morts, parce qu’il existe d’autres morts ailleurs. Telle est l’argumentation ! Il y a là quelque chose qui relève du négationnisme : nos attentats, en France, ne sont pas si graves puisqu’il y a pire.

Ses liens avec Tariq Ramadan, le Qatar et l’islam politique

Sur le plateau, le cœur du problème est soulevé. Edwy Plenel parle de Tariq Ramadan en les termes suivants: « Il y a une diabolisation (…) parce qu’il est un intellectuel suisse (…) brillant, parce qu’il est beau, parce qu’il parle bien ». Donc si une personne est belle et parle bien, elle mérite selon lui, de par ces deux attributs, tous les éloges. « Pour certains des islamophobes, c’est devenu une cible ». Il y a là utilisation de ce que j’appelle l’« arsenal victimaire » : « diabolisation » puis « islamophobe » puis « cible ».

Nous voilà ainsi dans une inversion totale de la réalité: un Frère Musulman, un islamiste devient victime de racisme !

Edwy Plenel prône ici, tout simplement, une « tolérance » envers les islamistes, ni plus ni moins. Il veut les intégrer dans le paysage politique français, et ce au nom de la démocratie bien sûr, qu’il a gentiment renvoyée au statut de « culture » un peu plus haut.

Après avoir fait l’apologie du sectarisme, « Frère » Plenel se lance ensuite dans la promotion de l’islamisme, en proposant à Laurent Ruquier d’inviter Tariq Ramadan sur le plateau. Edwy Plenel poursuit sa technique de dédramatisation des attentats en prétendant que ces derniers relèvent d’une simple « question de police » (??).

Monsieur Plenel rêve en fait d’une ghettoïsation de la société française, à la britannique, ou à l’israélienne peut-être, allons plus loin. Des quartiers habités par pays d’origine ou par religion. Le mot « français » n’engloberait plus tous les français, justement. Sous couvert d’une niaiserie apparente, ses propos sont d’une dangerosité redoutable.

Qui est précisément Tariq Ramadan

Pour rappel, Tariq Ramadan, prêcheur européen de haine, a déclaré: « Les dessinateurs de Charlie sont des lâches attirés par l’appât du gain » ; « Nous sommes d’accord pour l’intégration, mais c’est nous qui allons mettre le contenu » ; « J’accepte ces lois tant que ces lois ne m’obligent pas à faire quelque chose contre ma religion » ; « La France est une culture maintenant musulmane. La langue française est une langue de l’islam. »

Il parle de « former l’identité musulmane de façon non négociable » et, bien sûr, il prétend représenter les Musulmans. Il a même demandé la nationalité française depuis peu, pour adopter par la suite une posture victimaire et accuser la France d’ « islamophobie » si celle-ci lui est refusée. «Demander la nationalité française est ma réponse à la classe politique», a-t-il lancé.

L’islamiste soudanais Hassan Al-Tourabi, mort récemment, a beaucoup influencé Tariq Ramadan. Il avait ainsi parié sur son poulain en déclarant: « Tariq Ramadan est l’avenir de l’Islam ». Tariq Ramadan porte aussi la « parole » nauséabonde et obscurantiste de l’islamiste Qaradhawi en Europe. Un charmant imam tout à fait pacifique qui a déclaré : « Tout au long de l’histoire, Allah a imposé aux [Juifs] des personnes qui les puniraient de leur corruption. Le dernier châtiment a été administré par Hitler. Avec tout ce qu’il leur a fait – et bien qu’ils [les Juifs] aient exagéré les faits -, il a réussi à les remettre à leur place. C’était un châtiment divin. Si Allah veut, la prochaine fois, ce sera par la main des Musulmans. » (Traduction : Middle East Monitoring Research Institute).

Monsieur Plenel ne représente pas les Musulmans qu’il prétend défendre

Comme le fait remarquer Mohamed Louizi, un jeune français musulman qui s’est émancipé des Frères Musulmans et de l’UOIF (Union des Organisations Islamiques de France, gangrénée par l’islamisme à coup de pétrodollars qataris), un précédent ouvrage de Monsieur Plenel, Pour les Musulmans, a été diffusé gratuitement… au Qatar !

« Bizarrement, aucun livre gratuit de cette série, ne traite du jeu trouble du Qatar et de son rôle dans ledit « printemps arabe » et dans le financement et le soutien permanent aux « Frères Musulmans » et aux groupes djihadistes. Aucun livre ne traite de la monarchie qatarie et de ses entorses aux droits de l’homme. Même un certain Tariq Ramadan n’a pas le privilège dont bénéficie désormais … Edwy Plenel !” (Article de Mohamed Louizi « Mediapart, La qatarie ? » 11 juin 2015). Rappelons que Mediapart est dirigé par Monsieur Plenel. Mais supprimer les articles de Monsieur Louizi serait compliqué éditorialement parlant.

Dans son dernier article « Je me désabonne » (Mediapart toujours), Mohamed Louizi ajoute: “Que l’islam politique ait le droit de cité dans une quelconque démocratie, par ses propres instruments de propagande, cela est son droit. Mais que Mediapart devienne, par le fait d’une minorité dirigeante un instrument de cette propagande fréro-salafiste anti-laïcité et anti-République, cela me paraît inadmissible et insoutenable à tout point de vue. Car lorsque l’on reprend les éléments de langage des « Frères Musulmans » (islamophobie) pour empêcher tout débat serein, l’on est plutôt au service des « frères » contre les intérêts communs de la communauté nationale et aussi des citoyens de foi et/ou de culture musulmane ».

Tout est dit. Monsieur Plenel ne « défend » en vérité pas du tout les musulmans. C’est même exactement le contraire : il les attaque de plein fouet. Je m’explique.

D’abord, le discours d’Edwy Plenel rappelle fortement le relativisme culturel et ce que j’appelle la « théorie du de la domestication ». Les musulmans « domestiqués » ne pourraient pas devenir de vrais hommes, maîtres de leurs destins. Ainsi il faudrait renforcer la « tolérance », même envers l’islamisme, parce que, finalement, ils ne seraient capables de rien d’autre.

Discours fataliste, misérabiliste, et tellement insultant pour ceux qui se battent pour les libertés au sein du monde arabe. Son discours reviendrait à dire que certains peuples seraient faits pour la démocratie et les droits, et d’autres (les « peuples-poubelles », les « sous-hommes ») seraient fait pour le totalitarisme, l’extrémisme ou les dérives uniquement. Monsieur Plenel soutient, tout comme les prétendus « scientifiques » qui s’en sont pris de manière éhontée à Kamel Daoud, une théorie racialiste des sociétés. Mais il n’est pas le seul.

Israël, aux mains de la droite alliée à l’extrême-droite

J’en viens ici à Israël. En effet, j’entends beaucoup en Israël, de ces discours racialistes. Oui, dans la rue, dans le bus, à la sortie des écoles et parfois même de la bouche de ministres, particulièrement ceux d’extrême-droite, qui salissent l’image d’Israël au quotidien. Sans compter Monsieur Netanyahu, Premier Ministre, qui honnit la démocratie et toutes les règles inhérentes à celle-ci. Qui préfère faire alliance avec des petits partis ultra-religieux ultra-conservateurs minoritaires plutôt que faire une alliance avec le centre-gauche qui pourtant recueille des suffrages tout à fait honorables aujourd’hui.

A tous, chers Israéliens, je voudrais vous dire qu’il est temps de faire machine arrière. Dans les paroles mais aussi dans les urnes quand l’heure sera venue. Israël mérite bien mieux que de voir un livre être retiré de son programme scolaire. Israël mérite bien mieux que les propos racistes éhontés tenus par certains. Israël n’a pas à avoir honte de sa gauche et de son centre, taxés de « traîtres ».

Au nom de quoi faudrait-il être de droite ou d’extrême-droite pour être l’unique dépositaire du judaïsme, de l’Histoire juive ou de l’histoire d’Israël? Je remarque de plus en plus au sein de la communauté francophone une extrême-droitisation. J’en suis effrayée. Je n’ignore pas non plus la dramatique montée du Front National en France, qui menace encore aux prochaines élections. Il y a du travail de tout côté, et il faut en prendre pleinement conscience.

Mais je rejette complètement le discours que j’entends qui ordonne aux musulmans d’être jetés soit aux dictatures, soit aux islamistes. Je ne crois pas non plus à une vision angéliste, tout aussi dangereuse (écoutez les propos de Kamel Daoud ou lisez-le), car cette vision nie tous les problèmes mais aussi leur gravité. Je dis juste qu’une vision manichéenne d’un conflit, de gens ou d’un fait est trop simpliste pour correspondre à une quelconque réalité. Et je dis non, d’une seule voix et en bloc, au terrorisme, à l’islamisme et à l’extrême-droitisation de nos sociétés.

Sources :
L’interview d’Edwy Plenel du 5 mars dernier dans On n’est pas couché

Mohamed Louizi, Article « Mediapart, la Qatarie »

Mohamed Louizi, article « Je me désabonne »

Sur Tariq Ramadan, le site internet IkhwanInfo (Observatoire de l’islam politique et des Frères Musulmans)