En mai 2011, j’étais en Terre Sainte, et c’était la fête en Israël, le jour de l’indépendance.

Les drapeaux s’étendaient et s’étalaient des fenêtres aux balcons et sur tous les édifices dans une liesse proche de notre 14 juillet et de celle de la fête de la musique.

Une communion joyeuse et familiale qui faisait suite à celle douloureuse du jour d’avant : Yom ha Zikaron, jour de deuil national en mémoire des soldats et des hommes tombés sous les balles et les bombes terroristes pour la défense d’Israël.

Des minutes de silence dans le coucher du soleil et dans le lever du lendemain matin pour un hommage aux jeunes gens morts pour la sécurité des autres, mais, au-dessus du silence des hommes dans le coucher et le lever du soleil, il y avait, stridente, la sirène qui habituellement et quotidiennement est celle qui prévient la population des roquettes et des attaques, et qui là s’élevait comme un requiem.

C’était si grave et si beau, que j’ai eu à la fois honte de toucher à la beauté dans un instant si tragique, mais aussi un sentiment d’amour intense, une réconciliation avec la vie dans ce qu’elle a de plus puissant.

« Oh vous frères humains » là, voulait vraiment dire quelque chose et prenait tout son sens. Il y avait tant de reconnaissance, d’amour et de respect dans le silence perforé de ce pays debout pour saluer ses enfants disparus que mon âme de maman, de soeur et de femme, s’est déchirée à l’unisson de la leur…

Dans un monde où la montée des extrêmes est grande avec l’antisionisme et l’antisémitisme, j’ai eu envie de vous parler des miens, de dire un peu ce qu’ils sont, ce que je suis sans doute, que vous compreniez peut-être cette impérative nécessité de la mémoire et des commémorations que trop souvent on nous reproche et qui reviennent évidemment…

Les enfants morts d’Israël demeurent dans la mémoire de tous, respectés et aimés, présents toujours dans un amour unifié, alors qu’en France on vient d’adopter une loi qui permettra de prélever des organes sur les défunts, autoritairement, sans autorisation et consentement éclairé des familles, en cas d’absence de directives précises du disparu, comme si une fois mort, les hommes n’étaient plus de vraies personnes, perdaient leur statut d’humain et qu’on pouvait les dépecer et utiliser leur chair et leur corps, en oubliant et niant, ce qu’il y a d’universel en eux dans leur mort comme dans leur vie : le divin et l’âme.

Et ça c’est impossible en Israël. N’est pas le peuple élu qui veut !