Les jeux sont presque faits et les électeurs, après cette longue période de campagne électorale, ont fait leur choix et aucun nouvel argument ne pourra les détourner de leur décision.

Je pense avoir écrit suffisamment sur la question pour ne pas me lancer dans les redites. Mais de nouveaux faits, glanés à Paris, sont venus à ma connaissance et m’imposent de reprendre la plume. Il est vrai que cela ne fera pas plaisir à tout le monde mais mon propos aujourd’hui est de prendre date.

Contrairement à ce qui a été écrit ou dit, je n’ai aucune haine envers Meyer Habib et il n’y a aucun acharnement de ma part. Je n’ai jamais connu ce sentiment détestable même lorsque des attaques personnelles étaient dirigées contre moi par ses amis aux ordres.

On pourrait même dire que, venant du même pays et nos pères ayant collaboré dans le même métier, on aurait dû s’entendre. Mais nos divergences sont strictement et uniquement politiques, sans aucune animosité de ma part. Nos voies politiques ont bifurqué, que ce soit en France ou en Israël, le jour ou une politique trop libérale a laissé sur le bas-côté de nombreux pauvres ; oui le terme est exact.

Loin de moi l’idée de faire aujourd’hui un cours d’économie. Les Francophones ont le même porte-monnaie que moi et ils savent les difficultés qu’ils rencontrent.

Nous aimons ensemble Israël et il ne viendrait jamais à l’idée de l’un d’entre nous de militer contre notre pays. Mais on peut avoir des idées politiques différentes sans qu’il soit nécessaire de recourir à l’insulte comme le font à longueur de journée ses soutiens qui sont tellement intoxiqués qu’ils semblent écrire sous la dictée d’un gourou.

Nos divergences sont claires mais le principe de la démocratie permet l’expression de toutes les sensibilités, sinon autant faire renaître l’ex-URSS.

La religion nous sépare parce que je veux vivre dans un État laïc qui permet aux religieux de pratiquer, comme ils le veulent, leurs traditions à l’intérieur des synagogues ou à l’intérieur des mosquées et des églises. Ce n’est pas bon que les religieux se chargent de politique.

Cet appel permanent aux dignitaires religieux, dont certains contestent l’existence de l’État d’Israël tant qu’il n’a pas été créé par le Messie, est totalement anachronique. Quel est le rapport entre les rabbins et l’Assemblée nationale française ? C’est une source de discrédit.

On élit un député à l’Assemblée nationale et non un chef religieux. Nous ne sommes pas encore en Iran où les mollahs régentent tout de la vie civile. Laissons les rabbins en dehors de nos chicanes, ils garderont ainsi leur auréole de dignitaires écoutés pour les questions cultuelles. Par ailleurs un député français doit avoir de la tenue ; on ne choisit pas un troubadour qui gratte la guitare dans la rue à Netanya.

Le député doit être le député de tous les citoyens français de la circonscription, Juifs, Musulmans et Chrétiens. Axer une campagne sur le tout religieux juif brise l’unité des Français qui ont pourtant des revendications communes mais laïques, en Italie, en Grèce et en Turquie.

Ne représenter que la moitié de l’électorat, déjà fortement démobilisé, ne donne aucune légitimité à un député qui ne rassemble pas. Si de surcroît on élit un député de l’opposition au gouvernement Macron, il ne lui sera fait aucun cadeau. Il est une tradition connue que les gens au pouvoir servent d’abord ceux de leur camp avant de s’intéresser aux autres de l’opposition.

Le député sortant qui a passé quatre années dans les bancs de l’opposition en a fait la triste expérience. Aucune de ses propositions n’a reçu l’aval du gouvernement de l’époque. Réélu, cela sera pareil.

Le député de la 8e circonscription doit avoir une tenue irréprochable sur les travées de l’assemblée. L’invective vis-à-vis du Premier ministre de la France donne une mauvaise image désastreuse de la communauté, comme si elle était composée de râleurs, d’impolis et de gens de mauvaise éducation.

Enfin se promener avec une kippa à l’Assemblée a été une faute grave dans un pays qui veut défendre la laïcité. Et pourquoi pas demain un député barbu en babouche et en djellaba islamique.

D’ailleurs Habib n’a pas rendu service à Claude Goasguen que je connais personnellement parce qu’il a été pendant 15 années mon député. Il a toujours été élu au premier tour à plus de 70 % des voix. Cette fois-ci, il est en ballottage très défavorable. L’effet Macron n’est pas seul en cause.

Le XVI° arrondissement est effectivement habité par 10 % de Juifs, mais le reste sont des catholiques fervents traditionalistes qui vont le dimanche à la messe et qui n’ont pas aimé que leur député se promène en kippa à l’Assemblée, même par solidarité avec les Juifs. Il en paie le prix.

Enfin tout député, ministre ou sénateur français, en voyage en Israël doit être reçu avec l’honneur dû à son rang. Il appartient au député représentant les Français de faciliter ses contacts avec les hautes autorités israéliennes, par courtoisie certes et par intérêt politique ou économique.

Quand le ministre des Finances Emmanuel Macron s’est rendu en visite en Israël en septembre 2015, Meyer Habib n’est pas intervenu auprès de son « ami », malgré une demande faite dans les règles de la diplomatie. À l’époque il ne s’agissait pas pour lui de s’aliéner le soutien de Nicolas Sarkozy ou de François Fillon qui s’engageaient dans le combat présidentiel.

C’était la moindre des politesses que d’ouvrir le chemin au ministre envoyé de Paris. Le président Macron en a gardé une rancœur qu’il servira en plat froid le moment venu. Bien sûr il n’était que ministre de l’Economie à l’époque, mais ministre quand même. Il doit exister une solidarité entre ministre et député à l’étranger.

Netanyahou n’a pas reçu Emmanuel Macron parce qu’il aurait subi le veto de celui qui se considère toujours comme le conseiller israélien pour les affaires françaises. Habib n’a pas levé le petit doigt et pourtant il prétend : « j’assume totalement ma proximité avec le Premier ministre israélien ».

En revanche Meyer Habib a fait preuve de plus de zèle pour accompagner le Rav ultra-orthodoxe et ministre de la santé, Yaakov Litzman, lors de sa visite à Paris. Certes on ne pouvait pas prévoir l’ascension fulgurante de Macron mais on doit un certain respect à son ministre en déplacement et ne pas sélectionner à bon escient ses actes politiques.

En tant que Français, Meyer Habib aurait dû, comme il a su le faire à l’Assemblée, s’élever avec vigueur contre le boycott de son ministre.

Cet article n’a pas pour but de faire de la retape. C’est trop tard et les électeurs, surtout franco-israéliens, sont têtus parce qu’ils sont envoûtés et qu’ils ne raisonnent plus sur des faits mais sur des considérations cultuelles. Ils ne lisent pas les programmes ; ils ne mesurent pas l’absence de réalisations concrètes.

Ils ferment les yeux sur l’impossibilité par notre député d’empêcher des votes à l’Unesco parce qu’ils pensent à tort qu’un seul député, parmi 577, a le pouvoir d’influer sur la politique étrangère de la France qui ne se fait pas au Parlement mais à l’Élysée.

Ces lignes serviront de témoignage pour prouver, si le malheur arrivait, qu’il y avait au moins 26 % de citoyens français lucides en Israël.

https://benillouche.blogspot.fr/2017/06/drory-habib-la-derniere-ligne-droite.html