Une heure après le massacre de Jérusalem, et comme après chaque carnage perpétré par leurs fous d’Allah, les groupuscules palestiniens ont loué « les actes héroïques des résistants, réaction naturelle aux crimes de l’occupant ».

Dans la laideur moyen-âgeuse de cette formule, je décèle une étincelle de clairvoyance : le caractère « Naturel » de ces actions.

Il est effectivement Naturel pour un homo-sapiens de massacrer ceux qui empiètent sur son territoire. Naturel de trainer par les cheveux une femme infidèle et de la décapiter avec son amant sur la place du village.

Naturel de prendre un œil pour un œil, une dent pour une dent, mille enfants pour un enfant. Naturel de crier vengeance par le sang. Naturel de croire en la suprématie de sa tribu. Naturel de voir le monde par le prisme dialectique « des siens » et « des autres ».

La Nature produit le choléra, l’arsenic, Ebola, et le Droit Naturel.

Cette notion est rigoureusement identique à celle de Droit Divin – Deus sive Natura, pretendait Spinoza – puisqu’elle se veut définir l’ensemble des prérogatives absolues de l’Humain qui découlent de sa Nature, et comme lui, bien évidemment, son étendue dépend de celui qui le revendique.

Les pères de la nation américaine y font appel dans leur déclaration d’indépendance pour justifier les droits inaliénables de tous les hommes à « la vie, la liberté, et la poursuite du bonheur ». Il n’est par contre pas précisé si ce Droit s’étend aux Indiens spoliés et massacrés par millions ou aux esclaves enchainés et arrachés à leur Afrique natale.

L’homosexualité est immorale car contre-nature ; la suprématie aryenne, la société des castes hindouistes, les droits des prêtres Juifs sur l’impôt, l’atome Iranien – tous trouvent leur source dans un Droit octroyé par la Nature ; mais à certains seulement, car la Nature est capricieuse, et les modalités des droits qu’elle octroie, impénétrables.

La sélection naturelle a taillé nos cerveaux pour optimiser nos chances de reproduction, pas celles de bien-être. Il en est de même pour les idées (les memes, comme les appelle Dawkins), ce sont les plus aptes à s’ancrer dans l’esprit sans efforts qui prennent le dessus, et peu importe leur nocivité.

Utiliser la « Naturalité » d’une idée comme critère de désirabilité est probablement le pire des mécanismes dont nos esprits sont dotés. Ce qui rend une idée désirable, c’est dans quelle mesure elle peut contribuer au bien-être humain et au progrès de nos sociétés. Parfois les deux coïncident, souvent pas.

Alors aujourd’hui, même si ça fait mal aux tripes, et que c’est contre-nature, il va falloir que l’intelligence prenne le dessus.

Ne pas céder aux reflexes naturels et tribalistes de haine, d’appels à la vengeance, ou « d’exigence de la part du gouvernement » de faire ce qu’il est naturel de faire, parce que notre nature nous joue des tours de plus en plus dangereux.

Je n’ai pas la prétention de savoir ce qu’il faut faire pour régler ce conflit. Je propose simplement de contempler l’humain, et sa propension systématique à invoquer la Nature pour justifier la laideur de ses actions.

De s’interroger avant d’hurler, de douter de nous-mêmes et de notre capacité à être clairvoyants quand le souci de notre avenir nous l’impose. C’est parce que l’heure est grave que la raison doit triompher, alors que c’est son heure de plus grande vulnérabilité.