Au lendemain de l’annonce dramatique de la procédure d’inculpation visant le Premier ministre Binyamin Netanyahou, l’impression générale était que la campagne menée depuis des années contre lui et contre sa famille venait enfin de déboucher sur un résultat concret et que sa chute n’était plus qu’une question de temps.

Mais au-delà des titres racoleurs de la presse, qu’en est-il véritablement des accusations qui pèsent sur lui ? Netanyahou est-il vraiment l’homme corrompu que décrivent les médias israéliens – souvent repris par la presse internationale – faisant fi de la présomption d’innocence et de tous les principes du droit au nom desquels ils prétendent s’exprimer ?

1) Le mensonge du droit : « summum jus », summa injuria

Du point de vue strictement juridique, comme l’a écrit le professeur Dershowitz, autorité en la matière, représentant éminent de la fraction de la gauche juive américaine restée fidèle à Israël (et soutien traditionnel du parti démocrate aux Etats-Unis), « les relations entre le monde politique et les médias – et entre les politiciens et les rédacteurs en chef – sont trop nuancées et complexes pour être soumises à la main de fer du droit pénal ». « Renverser un Premier ministre dûment élu sur le fondement de l’application sans précédent d’une loi pénale large et extensible met en danger la démocratie »(1).

Mais les arguments juridiques, aussi fondés soient-ils, n’épuisent pas le débat autour des procédures visant le Premier ministre. Celles-ci mêlent en effet de manière inextricable le droit, la morale et la politique politicienne. L’habillage juridique n’est, ici comme ailleurs, qu’un outil au service d’une croisade politique, comme l’ont démontré les manifestants qui se sont réunis, semaine après semaine, devant le domicile du procureur de l’Etat Avishaï Mandelblit, pour l’appeler à inculper Netanyahou, par une campagne de pression sans précédent et contraire à tous les principes de l’Etat de droit et de la démocratie.

Si les opposants à Netanyahou avaient véritablement pour préoccupation première la justice et la morale –  et cette critique vise tout autant les responsables de la police et de la justice qui se sont acharnés contre lui ces dernières années – alors ils ne pratiqueraient pas la politique du “deux poids deux mesures” de manière aussi éhontée. Car la corruption politique n’est pas un phénomène nouveau en Israël.

Où étaient ses pourfendeurs, durant les affaires qui ont égrené la vie politique israélienne pendant des décennies, depuis “l’île grecque” d’Ariel Sharon, la “Mitsubishi” de Gonen Segev (aujourd’hui emprisonné pour trahison au profit de l’Iran) et jusqu’aux affaires mêlant Ehoud Olmert ? A l’époque, ils ont “rempli d’eau leur bouche”, dans le meilleur des cas, quand ils n’ont pas soutenu les dirigeants incriminés – Ariel Sharon notamment – au nom de leurs intérêts politiques étroits et de leur idéologie. Pour promouvoir les accords d’Oslo ou le “retrait” de Gaza, tous les moyens étaient bons. La fin justifiait les moyens.

2) Le mensonge de l’argument moral

Ce même double standard moral est apparu ces derniers jours, quand la gauche israélienne a lancé une nouvelle campagne contre Netanyahou, accusé de s’être “allié aux kahanistes”… En réalité, il n’y a là aucune alliance, mais le simple jeu normal de la politique, qui a amené les partis de la droite religieuse à s’unir, pour éviter de rejouer le scénario de 1992, quand la dispersion des voix de droite avait conduit à la défaite électorale, suivie par la catastrophe des accords d’Oslo.

Contrairement à ce qu’écrit le correspondant du journal Le Monde, faisant feu de tout bois contre Netanyahou, celui-ci n’a pas “abattu l’interdit qui isolait les héritiers du rabbin Meir Kahane”. Cette affirmation comporte deux erreurs au moins. La première est que le parti Otsma yehoudit n’est frappé aujourd’hui (2) d’aucun interdit par la commission électorale, ni par la Cour suprême (la même Cour qui avait invalidé la liste Kach en 1988). Au contraire, son dirigeant Michaël Ben-Ari a déjà siégé à la 18e Knesset, dans les années 2009-2013 et il s’y est fait remarquer comme un député professionnel, qui entretenait des relations amicales dans tous les partis.

Quant à un prétendu interdit moral visant les héritiers du rabbin Kahana, ceux qui crient aujourd’hui au scandale et prétendent incarner la “conscience morale” de la politique sont restés étonnamment muets, lorsque des députés arabes soutenaient ouvertement les attentats du Hamas et le Hezbollah au sein même de la Knesset…

Rappelons que lorsque la députée Zoabi monta à bord du Marmara, navire affrété par une organisation terroriste turque proche des Frères musulmans, et que la Knesset vota la levée de son immunité parlementaire, le procureur de l’Etat décida en 2011 de clore l’enquête la visant. En 2014, elle fit l’éloge des terroristes assassins de trois adolescents israéliens. La commission électorale décida de l’exclure des élections à la Knesset de 2015, décision qui fut annulée par la Cour suprême (3).

3) L’intérêt supérieur de la nation

En fin de compte, l’électorat israélien, dans son immense majorité, n’est pas dupe des argumentations juridiques et morales tendancieuses. Il sait bien que la question véritable, la seule qui importe, est de savoir si Netanyahou est digne de rester en fonction, et si un autre candidat valable est en mesure de le remplacer.

A cet égard, la réponse demeure aujourd’hui la même qu’il y a six mois ou trois ans. Netanyahou est – de loin – le seul candidat qui peut aujourd’hui diriger Israël. Ses accomplissements politiques et diplomatiques en font un des meilleurs Premiers ministres qu’a connus Israël depuis 1948.

Comme l’écrit avec clairvoyance Caroline Glick, il existe un écart considérable entre l’image de Netanyahou véhiculée par les médias israéliens et sa personnalité véritable. C’est en effet Binyamin Netanyahou qui a “transformé Israël en puissance économique et militaire” et a utilisé cette puissance économique pour “asseoir une nouvelle stratégie diplomatique” qui a permis le “retour d’Israël en Afrique, après quarante ans d’absence” sur le continent noir.

Netanyahou, conclut Glick (4), est le “dirigeant le plus important qu’a connu Israël depuis Ben Gourion” et aussi le plus sous-estimé.Le principal reproche qu’on peut lui faire aujourd’hui, alors que son destin politique et celui d’Israël sont en jeu, à quelques semaines des élections, est de n’avoir jamais préparé sa succession, préférant écarter tous ceux qui pouvaient s’épanouir et grandir dans son entourage.

(1) https://www.jpost.com/Israel-News/Alan-Dershowitz-publishes-open-letter-to-A-G-defending-Netanyahu-581888 C’est moi qui souligne.

(2) Au moment où nous écrivons ces lignes, la Commission électorale a validé la candidature de Michael Ben Ari, après que  le procureur de l’Etat se soit exprimé en faveur de l’invalidation de sa candidature.

(3) Dans la même décision, la Cour suprême autorisa le député de droite Baruch Marzel à se présenter.

(4) http://carolineglick.com/considering-netanyahus-transformational-leadership/