Au surlendemain d’un déluge de feu sur les localités proches de la bande de Gaza et quelques heures après la démission courageuse, et je pèse mes mots, du ministre de la Défense que j’ai vilipendée dans mon précédent blog du 28 Octobre dernier, il faut bien malheureusement nommer les derniers événements par leur nom.

Premier fait : le gouvernement actuel se réduit dans les faits à la seule personne du Premier ministre. De facto, il occupe 4 postes ministériels fondamentaux: Premier ministre, Affaires Étrangères, Défense, Santé, sans compter en sous-main le poste des Communications. Et de plus, il se fout de l’avis de tous les autres ministres, dès lors que cela ne l’empêche pas de se maintenir au pouvoir.

On peut m’objecter qu’il n’occupe pas le siège de la Défense ou pas encore. Mais cette assertion est totalement fausse car dans l’heure qui a suivi la démission de Liberman, Netanyahou a publiquement déclaré qu’il ne pouvait dévoiler au public les raisons qui imposaient un cessez-le-feu. Argument commode et qui revient dès que l’on ne veut pas se justifier, mais acceptons-le.

On peut alors poser le principe que le ministre de la Défense en sait tout autant que Mr Netanyahou mais que son analyse est différente d’où sa démission selon le principe bien connu  depuis la phrase célèbre de JP Chevènement, ministre de Mitterand entre 1981 et 1983: « un ministre ça ferme sa gueule ou s’il veut l’ouvrir ça démissionne ».

Mais la vérité est ailleurs et au grand jour. Et il suffisait d’écouter Mardi 13 Novembre 2018, la radio Galei Tsahal à 12h. Alors que le cabinet de sécurité est en pleine réunion, et que celle-ci durera encore plusieurs heures, un reporter de la radio affirme en direct que les journalistes de Al Jazzira, postés à ses côtés face à la frontière de Gaza, plient déjà bagages et affirment qu’il ne se passera plus rien ici.

En un mot, alors que le cabinet de sécurité discute, Mr Netanyahou a déjà convenu avec les intermédiaires égyptiens et qataris d’un cessez le feu. Il en a décidé seul, avec l’avis de l’échelon militaire, et le cabinet de sécurité achève sa réunion sans même avoir voté. Liberman a alors compris qu’il n’est  décidément qu’un pantin avec un titre mais sans aucun moyen. Et tous les autres ministres participants, et qui n’ont pas pipé mot sur l’absence de vote au sein du cabinet de sécurité, de même.

Le gouvernement se réduit donc bien à un seul homme, Mr. Netanyahou, comme dans toute bonne dictature qui se respecte. Et ceci est inacceptable et même inconcevable dans une démocratie : ridiculiser ceux qui vous ont élus et leurs représentants tandis que l’ennemi pavoise car il connait déjà le résultat des courses. Bibi aura juste à paraître à la télévision le soir même ou le lendemain pour feindre l’émotion et la solidarité avec ceux qui ont souffert.

Second fait : le territoire israélien a subi une partition acceptée par Mr Netanyahou. La ligne de partage se situe au Nord dans le quartier sud d’Ashkelon et à l’Est à 20 kilomètres de la frontière gazaouie. Aucun des 450 projectiles tirés par le Hamas n’a dépassé ces lignes et il est extraordinaire de constater que ces barbares y arrivent, preuve, s’il en fallait, qu’ils savent très bien ce qu’ils font et qu’ils le font avec l’accord tacite de Mr Netanyahou, et je pèse bien là encore mes mots, pendant que Bibi, lui, s’apitoie sur le sort des pauvres malheureux du Sud.

Le deal est simple : comme Tsahal a opéré dans la bande de Gaza, en contrepartie le Hamas opérera en Israël dans la même mesure Et on revient après à une accalmie précaire et temporaire. Point. En d’autres termes on accepte la souffrance physique de près de 100 000 citoyens israéliens et la détresse psychologique de milliers d’enfants et de personnes âgées au nom d’une stratégie cynique, formulé  au jour du cessez-le-feu par Yoav Galant, sous-ministre, ancien adjoint au Chef d’Etat Major (et recalé pour prendre sa place, ce qui se comprend à la lumière de cette déclaration) : pour Tsahal le moment n’est pas propice mais la guerre est inéluctable et adviendra quand nous le déciderons. Sous- titres : en attendant vous courrez aux abris et vous souffrez en silence.

Oui, je sais que, n’ayant pas servi dans Tsahal, et sans aucun ami ou membre de ma famille haut gradé dans l’armée ou les services de sécurité, je ne sais pas tout, voir que je ne comprends pas grand chose mais il m’est parfaitement clair que nulle stratégie politique, nul  plan militaire, nulle décision sécuritaire ne peut se prendre sans considérer la vie et le bien-être de chaque citoyen quel que soit son lieu de résidence.

Sauver une vie revient à sauver l’humanité entière, nous dit le Talmud. Mr Netanyahou doit comprendre que sacrifier une vie revient aussi à sacrifier tout un peuple. Et quand de plus il n’utilise pas le levier d’acceptation d’un cessez-le-feu pour exiger le retour des dépouilles des soldats disparus, il insulte les familles de tous les soldats d’Israël.

Troisième fait : la politique politicienne a de beaux jours devant elle en Israël.

Alors qu’il ne se passe pas habituellement un jour sans que l’on entende sur les  tous les médias nationaux les ministres Likoud, Regev Katz ou Erdan, depuis le début de la semaine c’est le silence radio. Et pour cause, puisque les sondages indiquent que les deux tiers des Israéliens sont mécontents de l’action de Mr Netanyahou ces derniers jours. Donc profil bas.

Idem du côté de Habaït Hayehoudi, de Koulanou ou du Shass, où sont passés les Benett, Shaked, Kahlon ou Dhery ? Nulle part sauf à manoeuvrer en coulisses pour exiger le poste de la défense, ou organiser les fuites des réunions ministérielles, et produire les déclarations off aux journalistes pour dire le plus grand mal des uns et des autres, ou même traiter publiquement un candidat à la Mairie de Jérusalem de Satan (venant d’un ministre harédi, on mesure bien les valeurs de sa foi)

Les héroïques habitants de Sdérot, Otef Aza ou Ashkelon, car il faut bien de l’héroïsme pour continuer à y élever et espérer un avenir pour leurs enfants, ont finalement compris que le salut ne viendra ni de Bibi, ni de Monsieur Netanyahou ni d’aucun autre ministre de ce gouvernement.

Et nous qui vivons dans le confort, à distance, devrions aussi en être persuadés. Définitivement.