En méditant sur l’Holocauste, nous devrions nous souvenir que nous pouvons l’empêcher de se reproduire.

Le 27 janvier est la Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste. C’est une occasion de réfléchir sur les raisons de la haine éternelle vouée aux juifs et à Israël par le monde. Selon moi, comprendre les causes de l’antisémitisme et prendre les moyens appropriés peut vraisemblablement empêcher une répétition de la tragédie.

Je suis né et j’ai grandi à Vitebsk, une petite ville de Biélorussie, un an après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Une petite rivière traverse la ville tranquille, pittoresque et largement juive, et une grand-place connectait les rues au centre de la ville.

Pendant la guerre, les nazis ont occupé la ville et l’ont transformée en camp de travaux forcés. Les juifs qui n’avaient pas réussi à fuir furent massacrés. Dans mon enfance, la lourdeur des conséquences de la guerre pesait sur la ville. L’Holocauste a fait partie intégrante de mon enfance, et même si je ne l’ai pas vécu personnellement, j’ai porté cette tragédie en moi.

Comme dans n’importe quelle famille juive, j’ai reçu une bonne éducation. À l’âge de 17 ans, j’avais déjà postulé à la prestigieuse Université de Leningrad (aujourd’hui Saint-Pétersbourg). Là, pour la première fois, j’ai été confronté directement à l’antisémitisme. Je me suis vu refuser l’entrée à l’université à cause de mes origines. Cependant, ma détermination a pris le dessus et j’ai finalement été accepté.

Je savais que l’antisémitisme existait dans mon pays, mais de le sentir directement à mon encontre m’a bouleversé. J’ai donc décidé de faire mon alyah et de déménager en Israël. Pendant quatre ans, j’ai été un refusenik (un juif à qui l’immigration d’Union soviétique en Israël était refusée). Quand j’ai finalement reçu mon visa en 1974, je suis sorti de l’URSS en moins de 48 heures.

Quel est le sens de ma vie ?

Quand je suis arrivé en Israël, j’étais un jeune et curieux scientifique. J’ai cherché du travail dans mon domaine de compétences qui était la bio-cybernétique, mais en même temps, je continuais à me questionner sur l’antisémitisme. La haine envers les juifs dans le monde me tracassait et me poussait au questionnement sur le sens de la vie en général.

Tout naturellement, je me suis tourné vers la science pour obtenir des réponses. Je suis resté les mains vides. La science répond à des questions commençant par « Comment ? », mais non à celles qui commencent par « Pourquoi ? »

Je ne me sentais pas particulièrement enclin vers le mysticisme ou les sciences occultes, j’ai donc évité les enseignements orientaux et les différentes techniques psychologiques. Cependant, la quête de réponses m’a poussé à chercher la vérité.

Je me suis engagé dans le judaïsme orthodoxe. J’ai assisté à de nombreuses conférences et séminaires, suivi l’enseignement de différents rabbins et lu des centaines de livres. Je ne comprenais toujours pas quel était le sens de la vie, mais je commençais à sentir que la réponse à mes questions résidait quelque part dans le judaïsme.

Un soir pluvieux de 1979, je me suis rendu avec un de mes amis à Bnei Brak, une ville orthodoxe proche de Tel-Aviv, en espérant trouver un maître de Kabbale. À un croisement de la rue principale, j’ai demandé à la seule personne en vue, sous la pluie, si elle savait où je pouvais rencontrer un kabbaliste dans les environs.

À cette époque, les juifs orthodoxes n’osaient même pas prononcer le mot « Kabbale », encore moins connaître un endroit où ils pourraient l’étudier, ou pis encore, guider d’autres gens vers de tels endroits. Cependant, cet homme a répondu nonchalamment : « Tournez à droite et allez jusqu’au bout de la rue. Dans la dernière maison de la rue, tout près du verger, on enseigne la Kabbale. »

J’ai suivi ces instructions et j’ai trouvé ce que je cherchais, la sagesse qui répond à toutes les questions sur le sens de la vie. Dans cette maison vivait Rabbi Baruch Shalom Halevi Ashlag (RABASH), le fis aîné du plus grand kabbaliste du 20e siècle, Rav Yéhouda Leib Halevi Ashlag, auteur du Soulam (Échelle) commentaire sur le Zohar, lequel lui avait valu le nom de Baal HaSoulam (Auteur de l’Échelle).

J’ai étudié avec RABASH pendant douze ans. Il m’a appris tout ce que je sais du sens de la vie, de la signification de l’existence juive et de l’antisémitisme. Jusqu’à ce jour, les notions que je partage dans le monde entier, par le biais de mes articles et publications, sont celles qu’il m’a enseignées, et que lui-même avait apprises de son père, Baal HaSoulam.

Quelle est la raison de l’Holocauste ?

Nos sages ont résumé ce que j’ai découvert dans la Kabbale par ces mots : « Nulle calamité ne survient si ce n’est pour Israël. » (Yevamot, 63a) Des dirigeants juifs réputés ont fait circuler ce message, comme ils l’ont pu, tout au long de l’Histoire. Ils l’ont fait pour nous rappeler que le seul remède qui puisse nous protéger est le pouvoir de la connexion.

Rabbi Kalman Kalonymus a écrit dans le Maor va Shemesh (Lumière et Soleil) : « Quand il y a amour, unité et amitié entre tous en Israël, nulle calamité ne peut leur arriver. » Pareillement, Rabbi Shmuel Bornsztain a écrit dans Shem Mishmuel (Un nom de Samuel) : « Quand Israël est comme un seul homme dans un seul cœur, ils sont comme des murs de fortification contre les forces du mal. »

Rabbi Yehudah Aryeh Leib Alter, l’ADMOR de Gur, a lui aussi souligné dans Sefat Emet (La langue de vérité) : « L’unité d’Israël engendre de grandes délivrances et élimine tous les calomniateurs. »

De grands leaders ont aussi souligné la connexion entre Israël, la paix et le monde. Rav Kook a déclaré dans Orot Kodesh (Lumières de Sainteté), vol. 2 : « En Israël se trouve le secret de l’unité dans le monde. » Rabbi Nachman de Breslev a écrit dans Likouté Halachot (Recueil de Conseils) : « L’essence de la correction se trouve dans l’unité, l’amour et la paix en Israël. » Il est aussi écrit dans le Midrash (Tanchuma, Devarim (le Deutéronome) : « Il n’y aura pas de rédemption pour Israël jusqu’à ce qu’ils s’unissent comme une gerbe de blé. »

Plus je me plongeais dans les textes, plus je réalisais qu’un message tout simple les reliait : aime ton prochain comme toi-même, l’amour fraternel et la responsabilité mutuelle sont les clés de la sécurité et de la prospérité d’Israël.

 L’état du monde et son sort dépendent d’Israël

Grâce à mes études, j’ai appris que l’unité d’Israël détermine plus que l’état et le sort du peuple juif. J’ai appris que lorsque nous nous unissons au-dessus de nos conflits et disputes, nous libérons une force positive qui existe dans toute la nature, sauf au sein de l’humanité. Cette force maintient l’équilibre dans toute la nature, et son absence entraîne le déclin de la société humaine dans les ravages narcissiques que nous voyons tout autour de nous. Dans son « Introduction à l’étude des Dix Sefirot », Baal HaSoulam a appelé cette force « la lumière réformatrice » et a expliqué qu’elle pouvait équilibrer notre nature égocentrique et ainsi guérir la société humaine.

Abraham le Patriarche fut le premier à découvrir et à révéler cette force à d’autres. Il a enseigné à ses disciples et à ses descendants comment s’élever au-dessus de leurs différences de manière à générer cette force positive, ce pour quoi il symbolise jusqu’à ce jour la miséricorde et la compassion.

Moïse, lui aussi, aspirait à révéler au monde ce pouvoir correcteur. Dans son livre, Le Commentaire de Ramchal sur la Torah, le grand Ramchal a écrit : « Moïse souhaitait compléter la correction du monde à ce moment-là, mais il n’a pas réussi à cause des corruptions qui se sont produites en chemin. »

Notre unité particulière au pied du mont Sinaï, quand nous nous sommes engagés à être « comme un seul homme dans un seul cœur », nous a valu non seulement notre humanité, mais aussi la tâche d’être « une lumière pour les nations ». Cette « lumière » que nous étions chargés de diffuser est la méthode même de s’unir au-dessus des différences, pour libérer la lumière réformatrice et créer l’amour et la paix là où la haine régnait auparavant.

Durant des siècles, nos ancêtres se sont battus pour maintenir leur unité au-dessus de leur égoïsme croissant. Mais il y a deux mille ans, ils ont succombé à la haine sans fondement et ont été exilés de la terre. Depuis lors, nous avons perdu la capacité d’être une lumière pour les nations parce que nous avons perdu notre unité. C’est alors que l’antisémitisme, tel que nous le connaissons, est né.

Aujourd’hui, la haine croissante envers les juifs doit nous rappeler notre tâche. Nous préfèrerions en être excusés, mais nous n’avons pas d’autre option. Ce n’est que si nous ranimons l’amour fraternel que nous avons cultivé il y a des siècles, et que nous partageons avec tout le monde la méthode pour y arriver, que le monde cessera de nous haïr et de nous blâmer pour tous ses problèmes.

Qu’on le veuille ou non, notre unité détermine l’état du monde et son destin. Grâce à notre unité, nous lui permettons de s’unir en y déversant la force positive et unificatrice dont il a désespérément besoin. Inversement, notre séparation enlève à l’humanité ce pouvoir et suscite en lui la haine envers les juifs. C’est ce qui provoque l’agression des nations envers nous et la raison pour laquelle ils nous perçoivent comme la source de tout mal.

Dans son essai « La responsabilité mutuelle », Baal HaSoulam écrit :  « La nation israélienne a été établie comme un conduit (…) dans la mesure où ils se purifient [de l’égoïsme], ils transmettent leur pouvoir au reste des nations. »

Souvenons-nous de l’unité

La Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste commémore bien plus qu’une tragédie. C’est pour nous l’occasion de réfléchir à la cause de l’antisémitisme et de nous rappeler que nous avons une méthode de connexion, une façon d’empêcher les atrocités de se reproduire.

Aujourd’hui, nous, les juifs, sommes sans doute une nation divisée. Mais maintenant que l’antisémitisme s’intensifie partout dans le monde, nous devons nous efforcer de nous relier au-dessus de nos différences et de déchaîner la force positive qui nous unira, unira le monde et déracinera toute haine. Maintenant, le temps est venu pour nous d’être « une lumière pour les nations », d’apporter l’unité à Israël, la paix et la tranquillité au monde grâce à notre exemple.