C’est désormais devenu un acteur incontournable du conflit israélo-arabe. On le voit partout, on nous montre à l’envi des vidéos de ses batteries en pleine action. Son concepteur a été honoré, le ministre à l’origine du projet en a fait sa principale source de fierté.

« Iron Dome ». « Kipat Barzel ». Le fameux système de défense « Dôme de Fer », conçu pour repérer, intercepter et détruire les projectiles de courte et moyenne portée, tels que les roquettes Qassam ou Graad. Suffisamment intelligent, nous dit-on, pour anticiper le point de chute du projectile, et donc délaisser ceux qui sont censés tomber dans des zones inhabitées pour ne se concentrer que sur ceux qui vont tomber dans des zones urbaines/peuplées.

Il faut dire que le système coûte une petite fortune. 50 millions de dollars pour une batterie. 40 000 dollars pour un seul missile intercepteur. Quand en face, les projectiles du Hamas coûtent à peine une centaine de dollars. Mais qu’est-ce que quelques dizaines de millions de dollars au regard d’une vie sauvée, n’est-ce pas ?

En réalité, ce système est totalement représentatif de la mentalité israélienne, particulièrement celle de son armée et de son gouvernement. Il ne s’agit ici ni plus ni moins de se doter d’outils, dont on peut certes saluer la prouesse technologique, mais qui vont surtout servir d’alibi. Le but ultime, servi par ce Iron Dome, c’est de maintenir un status quo intenable. Iron Dome a quelque chose d’obscène, à mes yeux.

Le message qu’il envoie, c’est « On est Tsahal, l’armée de la Start-Up nation, regardez comme on est vraiment super intelligents et comme on est capable d’inventer toujours plus de trucs totalement dingues pour contrer tout ce que vous pouvez inventer ».

Répétons-le, ça ne mange pas de pain, d’un point de vue purement technique, la prouesse est remarquable. D’un point de vue politique, philosophique, moral, en revanche, c’est affligeant. On investit des sommes délirantes en Recherche et Développement pour se construire une table toujours plus grosse et toujours plus solide pour se cacher dessous.

On en vient maintenant à développer un système contre les cerf-volants. Contre des cerfs-volants. (Pourquoi pas un système aussi pour intercepter les cailloux ? Ou les crachats ?) Pour ne surtout pas risquer de devoir prendre la moindre décision politique qui mènerait à casser le status quo.

Car on sait qu’il n’y a pas 50 options. Mais aucun politicien israélien actuel, quel qu’il soit, qu’il appartienne au Likoud ou à Avoda, à Israel Beitenou, Beit Yehoudi ou à Meretz, ne prendra jamais la responsabilité de modifier ce status quo, dans quelque sens que ce soit. Parce que les politiciens israéliens actuels sont des gestionnaires, et n’ont aucune envie de planifier, d’anticiper ou d’avoir à improviser. Après le désastre consécutif à l’évacuation de Goush Katif en 2005, il n’y a que deux options pour Gaza, en dehors du Status Quo :

  • soit on considère que c’est un territoire israélien, auquel cas il faut le reprendre, par la force, avec tout ce que ça implique de conséquences militaires, puis politiques une fois le territoire reconquis
  • soit on considère que ce territoire n’est pas israélien, auquel cas il faut lever le blocus et libérer ses espaces aériens et maritimes

Simple, à priori. Mais voilà, maintenant, il y a Iron Dome. C’est l’outil dont avaient besoin les politiciens israéliens pour pouvoir faire perdurer le sacro-saint Status Quo, sans avoir à prendre leur responsabilité. Son taux de réussite est suffisamment acceptable pour que le Cabinet de Sécurité décide tranquillement de laisser Gaza sous le tapis.

On peut fièrement exhiber au journal de 20 heures les vidéos des roquettes interceptées, et ainsi prouver au peuple que le gouvernement met tout en oeuvre pour régler leur problème de roquettes qui pleuvent sur leurs maisons.

Iron Dome, c’est l’outil qui nous permet de ne penser aucune solution au-delà du court terme. Qui permet d’envisager sereinement les (ré)élections.

Absurde et obscène.