J’ai été invité au Capitole à Washington par la Fondation Lantos pour la remise du prix des Droits de l’Homme et de la liberté à Vian Dakhil, qui est la seule députée Yezedie du Parlement irakien.

Voici mon discours :

Mesdames et messieurs les membres du jury

Chère Vian Dakhil,

Chers amis,

Tout d’abord, je tiens à vous remercier de m’avoir invité à participer à la remise du Lantos Human rights prize à une femme que j’admire infiniment pour son courage.

Vous me direz qu’il est tout à fait normal d’être admiratif de Vian mais malheureusement nous savons tous que ceux qui protègent les minorités, ceux qui se battent pour la paix sont plus en danger que ceux qui n’ont que la haine à la bouche.

En tant que juif , je ne peux me taire devant ce génocide, je ne peux laisser faire un crime contre l’humanité

Chère Vian, c’est un grand honneur de vous rencontrer, vous qui est la seule représentante de la communauté Yezedi au parlement irakien.

Le 5 aout 2014, vous avez ému le monde lorsque vous avez imploré, les larmes aux yeux, vos collègues d’agir contre les exactions dont sont victimes les Yezedis .

Depuis, je sais combien vous travailler, combien vous prenez des risques pour votre communauté mais malheureusement le monde laisse faire.

En tant que juif , je ne peux me taire devant ce génocide, je ne peux laisser faire un crime contre l’humanité .

Mon peuple a connu le silence lors de la Shoah, mon peuple connaît maintenant les négationnistes qui veulent faire croire que la Shoah n’a pas existé.

Pour toutes ces raisons, je me bats pour que les juifs du monde entiers soient aux côtés des Yezedis.

Certains hommes politiques n’ont comme réponse à ce massacre qu’une solution : construire des murs.

Ont-ils lu la Convention de Genève relative au statut des réfugiés signée en 1951 et ratifiée par 145 Etats membres des Nations Unis qui défini les réfugiés  de la façon suivante  : « est réfugiée toute personne qui a demandé l’asile et est reconnue par un Etat comme ayant fui son pays en raison de menaces sérieuses pour sa vie. »

Ont-ils lu une note d’octobre 2013 consacrée à la Syrie par  le Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR) qui déclarait reconnaître comme réfugié :

Toute personne fuyant le pays et correspondant à des profils parfois très spécifiques (opposants, journalistes…) mais aussi tous les enfants pouvant être menacés par des actes de violence, les femmes risquant d’être violées ou mariées de force.

Dans le monde libre, où les journalistes sont indépendants, peu écrivent sur le sort des femmes Yezedis. On peut se demander pourquoi ?

En Europe, où l’émancipation des femmes a toujours été un combat, peu d’organisations féminines s’occupent des Yezedis. On peut se demander pourquoi ?

En France, pays des Droits de l’Homme, pays où les manifestations sont si nombreuses, nous sommes très peu à descendre dans la rue pour condamner le massacre des Yezedis. On peut se demander pourquoi.

Malheureusement je n’ai pas de réponses à ces questions.

Avec certains, nous parcourons le monde entier pour convaincre que malgré nos différences nous devons vivre tous ensemble. Certains nous disent que nous sommes naïfs mais Martin Luther King était-il naïf lorsqu’il écrivait que « Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, ou nous mourrons ensemble comme des imbéciles »

Chère Vian, à ceux qui disent ou écrivent comme je l’ai entendu ou lu que le problème yezedi est d’abord un problème religieux et ensuite un problème politique, en bon juif, je citerai un rabbin :

Le rabbin Askenazi écrivait il y a quelques années « Il faut être sérieux : ce n’est pas parce que nous sommes croyants qu’on peut croire à n’importe quoi »

Vian, Je terminerai en vous disant que vous êtes un exemple pour l’humanité, que vous êtes une juste parmi les Nations.