Le Salam festival est organisé depuis un certain nombre d’années tous les ans à Bruxelles.

Beaucoup d’associations musulmanes y sont présentes, et ce fut pour moi l’occasion d’expliquer comment les divers communautés de ce Royaume peuvent vivre ensemble.

Ainsi, j’ai parlé de l’importance de l’égalité des sexes, de la primauté de la nationalité et non de la religion.

Je vous propose de lire le discours que j’ai prononcé à l’occasion de ce Salam Festival.

Chers amis,

Tout d’abord je tiens à vous remercier de m’avoir invité à m’adresser devant vous au Salam festival.

Avant tout, souvenons-nous qu’aujourd’hui est un jour où nous commémorons les attentats de Toulouse où des enfants ont été assassinés. Assassinés car juifs.

Même si je ne suis pas religieux, je tiens à vous parler en tant que juif car :

Nous devons nous parler.

Nous devons arrêter de de nous regarder en chiens de faïence, et surtout nous devons nous faire confiance.

Le sujet de ce festival est la paix, sujet vaste mais si compliqué lorsqu’on suit les actualités du monde.

Avant de le faire la paix entre les communautés, chacun doit faire la paix avec soi-même.

Ceci est valable aussi dans chacune des communautés car le spectacle des différentes communautés est désolant. Nous ne voyons que guerres internes.

Le terme qui définit la paix en hébreu est shalom mais regardons vraiment ce que veut dire ce mot.

Shalom vient de la racine chalem que l’on peut traduire par entier. Ce qui veut dire que si je veux faire la paix je dois d’abord être entier avec moi-même donc me connaître et seulement à partir de ce moment, moment de plénitude je pourrai me tourner vers les autres pour faire la paix.

Vouloir la paix avec l’autre est noble mais avant de le faire chacun doit faire la paix avec soi-même. Ceci est valable aussi dans chacune des communautés car le spectacle des différentes communautés est désolant. Nous ne voyons que guerres internes.

Quelques exemples :

Dans la relation inter judaïsme

Dans le judaïsme : un rabbin orthodoxe qui oserait entrer dans une synagogue libérale serait tout de suite rappelé à l’ordre, voire puni par sa hiérarchie.

De plus en plus de juifs ne voient le monde que par la lorgnette des Livres saints et ne veulent pas tenir compte des progrès de notre planète

Dans la relation inter musulmane

Au sein de l’islam, le schisme entre chiites et sunnites cause tous les jours la mort de centaines de personnes. A une échelle moindre, les différentes obédiences musulmanes en Europe ne se parlent pas.

Je souhaite vous donner un exemple plus personnel mais qui montre comment les guerres internes peuvent nuire. Il y a quelques semaines, je discutais avec un ambassadeur de Palestine dans un pays du Golfe.

Tout en refaisant le monde avec lui, je lui proposais certaines solutions pour aboutir à un début de paix. Il m’a répondu qu’il était d’accord avec certaines de mes propositions mais que si le fatah acceptait, le problème serait le Hamas qui lui refuserait car il est en guerre avec le fatah.

Alors que faire alors pour éviter tout cela ?

Ma philosophie est simple : si la religion peut aider à amener la paix, les religieux pour la plupart ne peuvent apporter que conflits. La raison en est simple : tous les courants religieux orthodoxes n’acceptent pas de faire une lecture critique de leur dogme et nous savons que sans lecture critique aucune pensée ne peut avancer.

Asseoir un imam, un moine, un curé et un rabbin à la même table est une chose facile et nous savons que cela se passera bien, ils seront polis, ils nous diront que les textes sacrés ne parlent que de paix etc… mais mettre des personnes « du peuple » à la même table est une autre chose car chacun dira la vérité à l’autre. On ne parlera pas de généralités mais de problèmes que chacun ressent.

Si nous devons discuter du vivre ensemble, de grâce, laissons les simples citoyens débattre et ensuite invitons les dignitaires religieux à discuter

Il y a une très belle théorie dans le judaïsme : cette théorie nous explique que Dieu s’est retiré du monde pour laisser la place aux hommes afin qu’ils dirigent notre planète.

Si Dieu s’est retiré du monde les dignitaires religieux peuvent aussi le faire, du moins momentanément.

Pour discuter de paix, pour discuter ensemble, il faut :

– Accepter les idées des autres ;

– Accepter que l’autre ait une idée différente de la mienne ;

– Mais surtout ne pas condamner l’autre car il ne partage pas mes idées.

– Pour discuter de paix, il faut laisser une place entière aux femmes.

Oui je crois que la paix viendra de la Femme, de la maman et c’est pour cela qu’elles doivent avoir une pleine égalité avec les hommes.

A ce sujet je voudrai vous raconter une autre anecdote.

Dans son autobiographie, Henry Kissinger raconte que lorsqu’il était ministre des affaires étrangères des Etats-Unis il rencontrait des chefs d’Etat et de gouvernement. A chaque fois qu’il s’adressait à un chef d’Etat ou de gouvernement homme, ce dernier lui demandait de l’argent pour des armes tandis qu’à chaque fois qu’il parlait avec un chef d’Etat ou gouvernement femme, cette dernière lui demandait de l’argent d’abord pour l’éducation et la culture et ensuite pour des armes.

Discuter de la paix, c’est bien mais il faut surtout faire des actions. Il faut que les différentes communautés travaillent ensemble.

Discuter de la paix, c’est bien mais il faut surtout faire des actions. Il faut que les différentes communautés travaillent ensemble.

Je sais que cela n’est pas facile mais une solution existe : avoir un objectif commun

Pour illustrer cette proposition, permettez-moi de vous donner un exemple.

En me promenant à Bruxelles, j’ai remarqué que vous aviez de beaux parcs mais comme partout dans le monde, de nombreux détritus les enlaidissent.

Cela est une occasion pour que tout le monde se rapproche avec un objectif commun : nettoyer ces parcs.

Il suffit qu’une association laïque invite des associations de jeunes de toutes les confessions. Ces jeunes pourront porter un tee-shirt où l’on pourra lire : je suis un jeune bruxellois qui veut que MA ville soit propre. Alors vous verrez deux effets positifs.

Ces jeunes vont commencer à discuter entre-eux.

Les habitants diront que ces jeunes sont des bruxellois comme les autres.

Je vous parlais d’un dénominateur commun.

Dénominateur commun est une des solutions à une paix entre les différentes religions. J’en vois un qui changera beaucoup de mentalités.

Chaque jeune doit dire mais surtout être convaincu, et ça c’est le rôle des éducateurs, des parents et même des chefs religieux, qu’il est d’abord Belge et ensuite de confession x ou y.

L’éducateur ou plutôt l’éducation a un rôle primordial si nous voulons vivre ensemble en harmonie.

Si je ne connais pas l’autre, si je ne connais pas l’histoire de l’autre alors j’en aurai peur.

Prenons deux cas concrets. A Bruxelles comme dans les banlieues parisiennes, de plus en plus d’enfants sont dans des écoles religieuses.

Ces enfants musulmans ne vont connaître que des musulmans. Ces enfants juifs ne vont côtoyer que des enfants juifs.Ces enfants catholiques ne vont avoir que des amis catholiques.

Cela veut dire, pas de métissage, pas de rencontre ; chacun chez soi enfermé dans un bunker.

Et comme je vous le disais, lorsqu’on ne connait pas l’autre, on en a peur. C’est la nature humaine.

Le deuxième cas concret est positif.

Il y a environ trois semaines, je recevais à Paris un groupe de jeunes de Mollenbeck. Jeunes qui pour certains étaient voisins de terroristes. Jeunes qui n’avaient jamais rencontré de juifs.

Ils ont rencontré les dirigeants du judaïsme français, ils ont rencontré un rabbin et ont pu assister à un office . D’ailleurs à la fin de l’office certains m’ont dit : « C’est bizarre, il n’y a pas trop de différence avec l’Islam !! »

Ces jeunes ont été reçu par un ministre au Sénat.

Ils se sont rendu sur les lieux des attentats pour y déposer des gerbes : l’épicerie Hyper cacher et le Bataclan.

Afin qu’ils se rendent compte du mal que peut faire un endoctrinement, nous avons visité le mémorial de la Déportation.

A leur retour, j’ai reçu des mails de leur parents. Ces mails disaient une seule chose : merci, merci de leur avoir ouvert certaines portes.

Pour conclure je souhaite vous passer un message :

L’histoire nous a appris que lorsqu’on s’attaque à une minorité, les autres minorités seront elles aussi agressées quelque temps après, c’est pour cela que les juifs les musulmans les chrétiens, les bouddhistes, et les athées modérés (qui sont la majorité dans chaque groupe) doivent s’unir pour combattre le racisme et l’antisémitisme.

Je vous le redis, la paix entre les peuples ne viendra :

– Que si chacun de nous est ouvert

– Que si chacun de nous accepte la critique

Mais surtout si chacun de nous apprend à écouter l’autre, à comprendre l’autre.

Merci de m’avoir écouté

Eric Gozlan

Eric Gozlan lors de son discours