UNESCO

Réunion organisée pat le Centre Russe pour la Shoah et le Centre Simon Wiesenthal le 2 juillet 2015

Discours d’introduction de Didier BERTIN – Traduction de l’anglais

RESPONSABILITÉ DES ALLIÉS OCCIDENTAUX DANS L’AMPLEUR DE LA SHOAH

Mesdames et Messieurs,

Tout le monde connait la responsabilité des nazis dans l’exécution de la Shoah et il est temps maintenant, en particulier depuis que l’OSS et le MI-6 ont commencé à divulguer leurs dossiers secrets depuis environ le début des années 2000, de prendre la mesure de la responsabilité des Alliés occidentaux dans l’ampleur de la Shoah.

Un piège anti-juif fut organisé avant la guerre par les pays les plus civilisés qui facilita sensiblement la réalisation de la Shoah comme nous allons l’expliquer.

Les pogroms de l’Empire russe à la fin du XIXème siècle ont entrainé la fuite de près de 2,5 millions de Juifs pour la plupart vers les États-Unis et pour quelques-uns en Palestine et au Royaume-Uni (150 000).

De nouveaux pogroms eurent lieu à partir de 1903 et pour éviter l’arrivée d’autres réfugiés juifs au Royaume-Uni, le premier ministre Arthur Balfour fit voter « l’Aliens Act » (loi sur les étrangers) le 18 Avril 1905.

Balfour fut le chef du Parti conservateur et inaugura en 1912 le premier congrès sur l’eugénisme à Londres qui mettait à l’honneur les idées de Francis Galton contre toute immigration. Balfour n’est malheureusement connu que pour avoir exprimé en 1917 l’accord du gouvernement britannique dans lequel il n’était que ministre des Affaires étrangères, pour créer un foyer juif en Palestine.

Les États-Unis fermèrent également leurs frontières par la « loi sur les quotas d’urgence » de 1921 renforcée en 1924 par la Loi sur l’immigration (Johnson-Reed Act).

La race supérieure Aryenne fut un concept créé par le français Arthur de Gobineau et introduit en Allemagne par Ludwig Schemann. Le gendre de Richard Wagner l’Anglais Houston Stewart Chamberlain écrivit que la race Aryenne de Gobineau était la race allemande. Ses idées furent adoptées par Hitler dans « Mein Kampf » et l’opinion de Hitler sur les Juifs exprimée en 1925 rendait très prévisible le risque d’extermination s’il prenait le pouvoir comme cela arriva en 1933.

Les lois anti-juives de 1935 en Allemagne et l’annexion de l’Autriche en 1938 déclenchèrent la fuite de nombreux Juifs. Afin de contrôler ce flux de réfugiés le président Roosevelt organisa la désastreuse Conférence d’Évian en 1938, qui ferma le piège anti-juif.

30 pays étaient présents et 29 d’entre eux refusèrent d’accueillir les réfugiés juifs. Parmi eux, nous pouvons mentionner le Canada, les États-Unis, le Royaume-Uni et la France ; seule la petite République Dominicaine accepta d’accueillir des réfugiés juifs.

Le Royaume-Uni réduisit substantiellement l’immigration des juifs en Palestine en contradiction avec l’objectif de son mandat de 1922 et prit ainsi une lourde responsabilité dans l’ampleur de la Shoah. Les États-Unis et le Canada se comportèrent honteusement en 1939 en obligeant le navire St Louis à revenir en Europe avec ses réfugiés juifs allemands.

La Shoah commença avec l’invasion de l’URSS en Juin 1941 au cours de laquelle les « Einsatzgruppen » exécutèrent par balles 1,1 million de Juifs au cours des 6 derniers mois de l’année. Le Royaume-Uni et les États-Unis étaient au courant du déclenchement de la Shoah.

Les services secrets britanniques purent déchiffrer immédiatement les messages codés allemands avec la machine Enigma grâce au travail de mathématiciens polonais qui réussirent avant la guerre à décoder les messages allemands.

Les Britanniques furent informés de l’extermination réalisée par les Einsatzgruppen et donc du début de la Shoah et interceptèrent par la suite les messages statistiques d’extermination envoyés de Dachau, Buchenwald, Auschwitz et de sept autres camps.

Parmi les documents déchiffrés on doit noter le mémorandum de la conversation entre Hitler et le Grand Mufti de Jérusalem, le 28 Novembre 1941. Hitler y expliquait que le but de l’Allemagne était l’extermination des Juifs en Europe et il utilisa pour cela le mot allemand « Vernichtung » (destruction) qui est sans ambigüité.

Les Britanniques et les Américains considéraient que l’extermination des Juifs se terminerait avec la victoire sur l’Allemagne sans tenir compte de l’effet du taux élevé d’extermination sur une petite population. Ils étaient donc indifférents au sort des Juifs.

Aux États-Unis, les services de renseignement étaient le COI à partir de 1941, qui était au courant des meurtres de masse depuis août 1941 puis l’OSS à partir de 1942 qui devint la CIA après la guerre. Abraham Duker et Charles Irving Dwork tous deux membres de l’OSS firent un dossier sur la Shoah à mesure de son exécution.

Ce dossier appelé « Duker-Dwork Collection » se trouve dans les Archives nationales des États-Unis. Duker et Dwork furent choqués par le manque d’intérêt de l’OSS pour la Shoah, mais étant tous deux Juifs, ils craignaient d’être accusés de porter aux Juifs une trop grande attention.

Au début d’août 1942, Gerhart Riegner représentant du Congrès juif mondial à Genève, envoya par câble aux gouvernements britannique et américain des informations sur la Shoah suivies par un rapport de 30 pages. Une enquête fut demandée sur ce rapport par Sumner Welles, un conseiller du président Roosevelt, qui confirma l’exactitude du rapport.

Une conférence de presse sur la Shoah eu lieu à Washington en Novembre 1942. Malheureusement, la presse occidentale ne montra pas d’intérêt particulier. Au contraire Robert Borden Rams membre du Département d’État se plaignit que cette conférence de presse fut préjudiciable à la cible principale : la « Victoire sur l’Allemagne ».

En Octobre 1942 Jan Karski un résistant polonais travaillant pour le gouvernement polonais en exil, recueillit des informations sur l’extermination des juifs en Pologne afin de les transmettre aux alliés occidentaux. En 1943, il transmit l’information à de nombreuses personnalités au Royaume-Uni et au États-Unis et en particulier au ministre des Affaires étrangères britannique Anthony Eden et directement au président Roosevelt.

En France le maréchal Pétain signa un armistice en Juin 1940 qui facilita l’offensive allemande. La France fournit annuellement environ 50% de son PIB à l’Allemagne et garantit la paix sur son territoire permettant ainsi de déployer plus de troupes allemandes sur d’autres fronts. Le soutien important de la France à l’Allemagne permit l’extension de la guerre causant la perte de millions de vies.

L’attitude horrible de la Grande Bretagne fut illustrée en 1942 par l’interdiction faite au navire Struma d’accoster la Palestine entrainant son naufrage avec ses 769 réfugiés. En Novembre 1947, le Royaume-Uni s’abstint de voter pour la partition de la Palestine et, en mai 1948, le général britannique John Bagot Glubb commandant les troupes jordaniennes attaqua violemment Israël.

Les Américains libérèrent l’Algérie en Novembre 1942, mais laissèrent au pouvoir d’anciens dirigeants pétainistes permettant ainsi au général Giraud de présenter un décret empêchant les Juifs de recouvrer la nationalité française confisquée en 1941.

Heureusement le général De Gaulle se débarrassa de Giraud et René Cassin pu rendre la citoyenneté française aux Juifs. Les Américains ne délivrèrent pas non plus les soldats juifs confinés par ordre du maréchal Pétain dans le camp de travail appelé Camp Bedeau dans le sud oranais.

En 1947, les États-Unis votèrent pour la création d’un État juif, mais imposèrent un embargo sur toutes les armes à Israël. Il semble donc qu’à cette époque le Royaume-Uni et les États-Unis ne craignaient pas de provoquer une seconde Shoah en Palestine. De 1947 à 1949 la plupart des armes furent fournies à Israël par le gouvernement tchécoslovaque.

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En conclusion les alliés occidentaux négligèrent volontairement le sort des Juifs pour prétendre se concentrer sur la guerre contre l’Allemagne, mais paradoxalement, ils ne jouèrent pas un rôle majeur dans cette guerre en Europe. Les chiffres et les faits montrent que l’Allemagne fut vaincue par l’Armée rouge comme cela est symbolisé par le Monument de la Victoire inauguré en 2012 en Israël.

Les victimes de la guerre dans le camp des alliés en Europe et celles de la Shoah s’élevèrent à 37 millions de personnes dont environ 26 millions de civils et de soldats de l’URSS et de 6 millions de Juifs qui représentèrent ensemble 86,5% des victimes du camp allié en Europe.

Les pertes des troupes américaines et britanniques en Europe ne représentèrent que 5,5% des pertes totales des armées alliées, comparativement à 88% pour l’armée Rouge.

L’Holocauste et l’antisémitisme européen vidèrent l’Europe de sa population juive de 12,1 millions en 1880 à 1,5 million en 2010. Ce processus se poursuit encore aujourd’hui avec l’antisémitisme islamiste.

Merci de votre attention.

Didier Bertin – 2 Juillet 2015