Diplomatie sur Twitter : les petits états peuvent améliorer leur image par les réseaux sociaux, d’après les chercheurs de l’université de Tel-Aviv

D’après une étude du Dr. Elad Segev et d’Ilan Manor du Département de communication et de l’Institut de recherche sur l’Internet de l’Université de Tel-Aviv, les petits pays peuvent améliorer leur image et leur statut diplomatique grâce aux réseaux sociaux, au point que leur popularité devienne plus grande que celle des grands Etats.

La recherche a été présentée lors de Conférence sur la diplomatie numérique qui s’est tenue en mars à l’Université de Tel-Aviv, en coopération avec le ministère israélien des Affaires étrangères.

Les réseaux sociaux changent la donne de la diplomatie. Pour vérifier cette hypothèse, les chercheurs ont construit un modèle englobant les comptes Twitter de 74 ministères des Affaires étrangères à travers le monde et 54 ambassades aux Nations Unies.

Ils ont découvert que ce réseau pouvait devenir un outil de promotion très efficace pour les pays moins riches et moins puissants. A titre d’exemple, les comptes Twitter des ministères des Affaires étrangères de la Pologne, de la Norvège, de la Slovénie et de l’Ukraine sont plus populaires que ceux de leurs homologues du Japon, d’Inde, d’Italie, du Mexique ou du Brésil.

De même les ministères des Affaires étrangères de Norvège, d’Islande, de Suède, de Pologne et d’Israël comptent parmi les dix principaux carrefours d’information diplomatique sur le réseau, avant l’Allemagne, le Japon, la France et l’Italie.

Comment ces pays sont-ils parvenus à occuper une place centrale sur le réseau ? Selon Ilan Manor, trois facteurs importants transforment un Etat relativement périphérique en un centre vital sur Twitter: la quantité d’activité – plus vous twittez (ou « gazouillez » en français) et partagez d’informations, plus d’organismes diplomatiques vous ‘suivront’. Le deuxième facteur est le nombre de connexions sur Internet: si vous ‘suivez’ les autres, ils vous suivront à leur tour. Le troisième facteur est la taille de l’économie du pays, qui s’avère elle aussi affecter la centralité sur le réseau.

Une activité très importante

Selon les chercheurs, l’activité sur Twitter est considérée comme très importante par les ministères des Affaires étrangères dont la plupart sont actifs sur le réseau et suivent leurs utilisateurs à la fois pour promouvoir leur politique et pour recueillir des informations. Les comptes Twitter de l’Autorité palestinienne, de l’Ethiopie, de l’Ouganda et du Rwanda sont parmi les plus importants et les plus populaires du réseau social des Nations Unies. Ces pays utilisent Twitter pour diffuser des informations sur leurs activités, et réussissent à mobiliser un soutien pour leur action.

« La Jordanie, par exemple, a concouru l’an dernier pour obtenir une place au Conseil de sécurité des Nations Unies. En règle générale un pays qui se présente au Conseil de sécurité fait beaucoup de lobbying et essaye de construire son image de marque « , a déclaré Ilan Manor dans une interview au journal HaEretz. » Beaucoup d’ambassades à l’ONU font leur campagne sur Twitter, pour se présenter et proposer leur plate-forme. En outre, elles publient la liste des Etats qui les soutiennent afin de dissuader les pays concurrents d’entrer dans la course ».

L’inconvénient de cette activité est le détournement possible des hashtags, comme ce fut le cas de celui lancé par la femme du président américain, Michelle Obama, à l’occasion de l’enlèvement de 240 jeunes filles par le mouvement djihadiste Boko Haram, #bringbackourgirls, détourné en une campagne contre les attaques de drones menées par son mari le président Obama, dans le cadre de la guerre contre le terrorisme (sous la forme #WeCantBringBackOurDead)

« Dans le cas d’Israël, il s’agit d’un gros problème car presque tous les Hashtags sont détournés » remarque le chercheur, qui explique cependant qu’au cours de la dernière opération à Gaza, l’ambassadeur israélien Ron Dermer avait décidé de se lancer dans un Questions-Réponses sur Twitter, bien qu’il était certain d’être très rapidement la cible d’attaques de toutes sortes et de voir le hashtag du débat détourné.

« Il a quand même réussi à répondre à des questions, et a montré qu’Israël avait une politique claire, et était ouvert à la critique ». Un débat semblable a également eu lieu sur la page Facebook en arabe du ministère israélien des Affaires étrangères, qui a de nombreux suiveurs dans le monde arabe.

En fin de compte, concluent les chercheurs : « Twitter et Facebook ne sont pas une solution miracle, mais un autre instrument dans la boîte à outils des diplomates et des ministères des Affaires étrangères, qu’ils peuvent utiliser pour atteindre certains de leurs objectifs ».

Cet article a été publié sur le site : Les amis français de l’Université de Tel Aviv