Formellement, Israël a un ministère des Affaires Étrangères, avec un siège, des ambassades, des diplomates qui se la mènent douce à travers le monde. Mais dans la pratique tout se dirige sans patron attitré, car le poste de ministre des Affaires Étrangères est vacant.

Il est occupé par le Premier ministre Netanyahu, lequel coiffe également trois autres chapeaux: ministre des Médias, de l’économie et de la Coopération régionale. Trop de vestes pour un seul homme.

Cette situation quelque peu bizarre ne provient pas forcément d’une avidité exagérée de pouvoir, mais est due à une constellation politique au sein de la coalition, ayant investi un gouvernement déjà gonflé, de sorte qu’il était inconcevable de distribuer les portefeuilles vacants, et gonfler davantage le Conseil des ministres.

Rien d’étonnant donc de voir un ministère des Affaires Étrangères pratiquement sans politique extérieure.

C’est ainsi que l’image de marque d’Israël dans le monde est au plus bas, Jérusalem se contentant à essayer de limiter les dégâts face à l’hostilité et les campagnes virulentes contre tout ce qui touche Israël.

Pas d’initiatives diplomatiques sophistiquées pour chercher de nouveaux soutiens politiques, sauf une vague tentative d’approche vers l’Extrême Orient. Certes, l’on parle dans les coulisses d’éventuel rapprochement avec des pays musulmans modérés, mais la discrétion s’impose.

Et lorsque je mentionne le besoin d’initiatives je ne vise guère le champ tant débattu des relations avec les Palestiniens. Car c’est un dossier très vulnérable qui est du ressort de la Défense et de Tsahal plutôt que de la diplomatie..

Certes, Netanyahu a une adjointe au ministère des Affaires Étrangères en la personne de Madame Tzipi Hotovely, mais elle manque d’expérience et des connaissances requises pour ce vieux monde de la diplomatie. Ce qui rappelle aussi le temps du précédent patron de la diplomatie israélienne, Avigdor Libermann, dont certaines déclarations et attitudes avaient scandalisé les chancelleries.

Même son de cloche, démontrant une maladresse dans le choix des mots et des gens chargés de les exprimer, se manifeste récemment avec le choix du nouveau patron de l’information (propagande) étatique, visant l’étranger. Ce choix par Netanyahu soulève un mécontentement général, car le Docteur en Philosophie Ron Betzer s’est distingué par des déclarations (selon lui humoristiques) accablantes, accusant Obama d’antisémitisme, et allant jusqu’à se moquer du président d’Israël Rivlin. Au point où cette nomination est provisoirement remise en cause.

L’opinion publique n’est pas dupe. Elle est consciente de la maladresse de la diplomatie de Jérusalem. En effet, un sondage récent mené par un organisme neutre pour l’année 2015, démontre que la majorité (60 %) désapprouve le fonctionnement du ministère des Affaires Étrangères tandis que 78 % estiment que cette maladresse affaiblit la sécurité du pays.

Aussi, 45 % estiment que la diplomatie doit affronter surtout les menaces au pays, contre 31 % donnant la priorité à l’amélioration des rapports avec les Etats Unis, dont le soutien est primordial (selon 41 %), suivi de la Russie. Les résultats du sondage démontrent une chute libre de l’appréciation du fonctionnement de la diplomatie (60% contre 34% l’année dernière).

Hélas, il semble que ce n’est que le début.